Le cahier d’Edu – Regrets et héritage

Mémoire d’un jeune con, chronique d’un football perdu.

lionelmessifcbarcelonavchelseafcuefaqfxirq7mfi4x

Meilleur joueur du monde ?

On est en 2015, j’ai 21 ans. Ma naissance était déjà triste; j’ai vu le jour l’année où l’OM a gagné sa première étoile, à croire que le destin m’avait déjà condamné à une aventure footballistique pour le moins compliquée.

Cela s’est confirmé quand mon cœur a commencé à battre pour un club au scapulaire qui me réserverait des années plus tard les plus douloureux coups de couteaux de mon existence. Bref.
Seulement la vingtaine et déjà frustré par le ballon rond.

Le foot n’a jamais été autant médiatisé, aussi diffusé. Matin, midi et soir, ce sport est toujours plus présent sur le moindre de nos écrans. Les semaines se suivent et se ressemblent; ça galère la semaine et ça termine le week-end en roue libre : devant BeInSport pour les plus chanceux, et sur des streamings obscurs pour les plus valeureux. Mais paradoxalement tout ce pour quoi on aime ce sport semble nous échapper, la magie, le spectacle, la technique. La faute à qui ? La faute à quoi ?

Février 2006. l’Europe fait (véritablement) la connaissance de Leo Messi. Lors de sa rentrée en jeu à Stamford Bridge, Messi tourmente toute l’équipe des Blues, poussant même Del Horno à un inévitable carton rouge suite à un pétage de boulon dû aux trop nombreuses humiliations distillées par le nain argentin. Mais Del Horno et les Blues ne sont que les premiers d’une série interminable de grands blessés, que ce soit au niveau des reins ou encore des chevilles. Crochets saignants, feintes de corps, sombreros, petits ponts, rateaux… La palette technique de Messi est époustouflante, à tort ou à juste titre -à vous de faire votre avis-, il est tout de suite comparé au Pibe. En plus de cette vista extraordinaire, la « Pulga » porte bien son nom; il court partout, matraque les défenses balle au pied et ne donne pas sa part aux chiens lorsqu’il s’agit de s’attaquer à la première relance adverse…

2008, Cristiano Ronaldo vient de gagner son premier Ballon d’Or. Il remporte la Premier League, la Ligue des Champions, inscrit 46 buts. 46 buts ? Ce n’est pas beaucoup comparé à ce qu’il plante maintenant non ? C’est même décevant non ? Je me rends pas trop compte… Ah bah en fait non. C’est probablement la meilleure saison de Cristiano Ronaldo. Cristiano Ronaldo est au sommet de son art, il a les titres, les statistiques et le spectacle, toute l’Europe se gargarise devant les facéties du portugais ; ses dribbles chaloupés, ses inspirations géniales font de lui un joueur unique, un joueur fantasque qui ne laisse pas indifférent, il a ainsi droit à un nombre incalculable de groupies… et surtout de détracteurs…

Malheureusement, depuis ces belles années, les choses ont bien changé.

On pourrait presque penser que ces images font partie du siècle dernier.
2014 c’est crochet extérieur de Messi, frappe enchainée enroulée imparable petit filet opposé. Ce scénario est routinier. D’ailleurs remplacez Messi par un vieux chauve néerlandais répondant au nom d’Arjen Robben et le deal marche presque aussi bien. Routinier comme les sprints flashés à + de 35 kilomètres/h de Cristiano Ronaldo ou Gareth Bale, ou encore les détentes NateRobinsonesque de notre portugais au gel numéro 1.
Où est passé le romantisme ?

article-2131185-0404A5CB0000044D-402_468x396

Le romantisme qui nous faisait penser Camp Nou avant Gran Madam’s ?

Leo Messi, Cristiano Ronaldo, l’histoire d’une lutte légendaire entre les deux meilleurs joueurs du monde. Oui. Enfin c’est ce que l’histoire racontera surement plus tard. Pour moi c’est surtout l’histoire d’une lutte symbolisant toute la décadence du football actuel. L’histoire de deux joueurs qui ont mis de côté leur magie, leur créativité, dans la quête du titre honorifique de meilleur joueur de la planète. Deux joueurs extraordinaires, c’est évident, personne ne dira le contraire, mais quelle trace auront-ils laissé dans ce sport une fois qu’ils auront raccrochés les crampons ? On aura sûrement tous à la bouche leurs statistiques incroyables, leurs saisons à plus de 80 buts, leur performances physiques d’un autre monde et leur extrême domination de ce sport. Quoique, domination, c’est vite dit…

Messi et Ronaldo ont d’ores et déjà des palmarès qui figurent parmi les plus beaux de l’histoire de ce sport mais au jour d’aujourd’hui qui font-ils rêver ? Messi n’est même pas le joueur numéro 1 dans son propre pays, les critiques à son égard sont de plus en plus nombreuses, son absence de charisme toujours aussi handicapante aux yeux de tous, tout comme le semblant de dictature qu’il mène au sein du Barça et de l’Albiceleste.

Alors certes le film paraît un peu gros et monté de toutes pièces par ses détracteurs mais le nombre de rumeurs désobligeantes sur le génie argentin se font toujours plus nombreuses et pose légitimement des questions sur une « face sombre » du gendre idéal. Avec la sélection, cela se traduit par exemple par le choix d’écarter Carlitos Tevez de la sélection, Carlitos, l’Apache, l’attaquant numéro 1 d’Argentine, mais surtout LA véritable icône du peuple, (ce qui n’est pas le cas de Messi, devenu bien trop fade pour ce pays de passionné) ou encore le port du brassard alors que le vrai capitaine de cette sélection n’était personne d’autre que el Jefe Mascherano. Sûrement que le brassard faisait plus beau sur les campagnes publicitaires d’Adidas…

Et au Barça les rumeurs de brimades à l’égard de Villa ou encore Sanchez ont été très insistantes. Mais la plus grosse marque de dictature de Messi elle n’est pas dans les vestiaires, elle est sur le terrain. La Pulga ne court plus. La Pulga ne presse plus. La Pulga marche. Par contre la Pulga marque + et visiblement cela semble suffire, le but, c’est donc tout ce qui compte visiblement.

Quel malheur. Les années se suivent et les performances de Messi se font toujours plus caricaturales que celles de l’année précédente. Messi court de moins en moins mais Messi marque de plus en plus, mais Barcelone gagne de moins en moins et échoue toujours plus durement en Ligue des Champions. Élimination sur un penalty raté de penalty contre Chelsea en 2012, humiliation légendaire contre le Bayern en 2013, et sortie en quarts contre le « modeste » Atleti en 2014…

2014 devait être l’année de Messi. La Coupe du Monde dans le pays du foot, une saison en demie-teinte prétexté et autorisé justement par la tenue de cette compétition. Et au final, le nain a déçu. Alors oui il a brillé. Mais c’était en poules. Décevant en demi-finale, décevant en finale. Et au final une défaite amère.
Alors c’est ça le meilleur joueur du monde en 2014 ? Un joueur qui choisit ses matchs ? Un joueur qui n’arrive pas à faire la différence lorsque la pression monte ? Je parle de Messi, mais le problème est le même pour Ronaldo. Qui l’a déjà vu réalisé une vraie belle compétition internationale avec son pays ? Qui le voit briller en Ligue des Champions lorsque le niveau d’exigence s’accroît ?

Cristiano+Ronaldo+Manchester+United+v+Arsenal+qRlz0_JmFOAx

Le propre du grand joueur est de porter son club vers le haut, de lui faire gagner des titres. C’est ce qu’arrivaient à faire par le passé Messi (saison 2009) et Ronaldo (saison 2008), mais ce temps-là est révolu. L’échelle des valeurs s’est inversée, désormais ce sont les équipes/clubs qui mettent tout en œuvre pour faire briller leur star. Le joueur aussi bon soit-il ne doit jamais dépasser l’institution, et c’est malheureusement ce qui est arrivé au FCB. Messi a ses passe-droits, il peut jouer tous les matchs 90 minutes même lorsqu’il est exécrable comme cela a été le cas une grande partie de la saison qui vient de s’achever. Messi a le droit de toucher la balle autant de fois qu’il le souhaite, a le droit de ne pas presser, de ne pas se replacer, dans un club ou la philosophie du tiki –taka, du pressing à outrance est pourtant censée être plus forte que tout. Messi a aussi un droit de véto sur le recrutement, sur la gestion du club… Pour Ronaldo, la situation n’est pas encore aussi extrême au Real, mais lui aussi, bien que mis dans les meilleures conditions possibles pour briller, n’a jamais réussi à guider le Real Madrid vers sa Decima. Comble de tout, c’est son jumeau maléfique Bale qui l’a fait…
C’est bien ça que je ne comprends pas. Comme dit précédemment, ces deux joueurs sont incroyables, on n’a jamais vu une telle domination dans ce sport. Pourtant d’année en année lorsque le niveau augmente, ces joueurs se montrent de moins en moins décisif, de moins en moins efficace, pourtant en théorie, c’est lorsque le niveau augmente qu’ils devraient être à-même de montrer leur supériorité non ? Alors pourquoi n’y arrivent-ils pas ?

De fait, l’histoire de Cristiano et Messi est un énorme paradoxe. Ils sont devenus de plus en plus fort chaque année, que ce soit sur le plan physique, et évidemment au niveau des statistiques mais au final leur pouvoir de décision a subit le sort inverse. A force de rechercher inexorablement l’efficacité, ces deux joueurs se sont enfermés dans des schémas d’attaque stéréotypés et sans imagination. Le crochet extérieur-frappe enchaînée et devenue la marque de fabrique de Messi, les mauvaises langues diront même qu’à l’heure actuelle il s’agit de sa seule arme, et les très mauvaises langues diront aussi que c’est aussi la seule arme de Robben. C’est à ça qu’on en est arrivé ? Faire des comparaisons entre Messi et Robben ? Pourtant intrinsèquement ces joueurs ont-ils quelque chose en commun ? Rien, ils ne devraient même pas jouer au même sport. Mais la transformation de Messi et la manière dont il a stéréotypé son jeu rendent inévitable ce genre de comparaison. Autre comparaison qui pouvait paraître insensé il y’a quelques années mais qui prend de plus en plus de poids ? Cristiano Ronaldo et Gareth Bale. Le premier est (était?) un génie. Le deuxième est plus proche du sprinteur que du joueur de foot. Mais aujourd’hui on pourrait se méprendre à confondre les deux ; leurs armes principales : vitesse et frappe dévastatrice… Ah Ronaldo… Trop tourmenté par son duel à distance avec Messi, Ronaldo a tout mis en œuvre pour devenir le numéro 1 (bis). Au fil de sa carrière et depuis sa signature au Real Madrid, Cristiano s’est forgé un physique exceptionnel, malheureusement au détriment de ses qualités techniques naturelles bien au-dessus de la moyenne.

Il y’a 5 ans qui aurait osé ne serait-ce qu’un instant ramener Cristiano à un simple athlète ? C’est pourtant devenue monnaie courante. L’importance de son physique dans la réalisation de ses performances a clairement pris le pas sur sa technique. Tout comme Messi, Cristiano n’a plus du tout la même créativité qu’à ses débuts, la même folie. Alors oui la recherche d’efficacité a payé pour ces deux joueurs, ils sont devenus ce qu’ils voulaient devenir : les meilleurs au monde… Mais ils l’étaient déjà avant d’entamer leur transformation physique et « footballistique », au final rien a vraiment changé, leurs statistiques n’ont cessé d’augmenter mais on est en 2014 et Ronaldo et Messi aussi bons soient-ils n’ont toujours pas réussi à porter leurs sélections vers les sommets, et pire encore, ils se montrent de moins en moins décisifs en Ligue des Champions une fois passé les phases de poules, ils n’arrivent même pas à tirer leurs propres clubs vers le haut. Le Real a remporté enfin sa Decima, mais Ronaldo ne fut pas l’acteur majeur de cette grande victoire, les premiers noms sont Di Maria, Modric… C’est même Bale qui a inscrit le but décisif de la finale… Ah Cricri a bien marqué son petit but lui aussi… Un penalty à la 118 ème quand le match était plié, et il a enlevé son maillot, montré ses abdos à tout le monde, il a crié… Quel crack, quel fuoriclasse, waaaahhhh… Un grand moment… de ridicule.

475b2a84-819f-420d-95cd-1ba6983c0f7d-460x276

Fuoriclasse ? vraiment ?

L’équation se révèle simple. Messi et Ronaldo sont devenus toujours plus fort mais au final dans leur recherche d’efficacité, leur palette s’est réduite. Et lorsque le niveau augmente, les différences ne peuvent plus se faire sur des schémas préconçus et trop souvent répétés. Lorsque le niveau augmente les crochets extérieurs de Messi ne marchent plus, les frappes lointaines de Cristiano non plus. Les équipes sont préparées et ont déjà imaginés leurs plans d’actions pour contrer les deux monstres. Les deux monstres sont devenus prévisibles. Et c’est bien ça qui les différencient des Zidane, Ronaldo Fenomeno.  Ils ont beau marquer, passer 10 fois +, eux pouvaient faire et surtout faisaient la différence quel que soit le match, et l’adversaire en face. Messi et Cristiano ont-ils déjà réalisé ne serait-ce qu’une pâle copie de ce qu’a pu faire Zidane en 2006 contre le Bresil et même pendant toute la compétition ? Ont-ils déjà réalisé le genre de prestation que celle que le Fenomeno a pu faire à Old Trafford contre un très grand Manchester United ou pendant la Coupe du Monde 2002 ?

Zidane et Ronaldo n’ont jamais recherché l’efficacité à tout prix, ils n’ont jamais mis en balance leur génie contre de meilleurs statistiques… C’est là le tort des deux monstres actuels, ils ont eu une approche quasi-scientifique du foot, or, le football est tout sauf une science exacte. Alors certes sur le nombre de matchs, sur les stats, on ne peut pas donner tort aux choix faits par CR7 et Messi mais sur les faits, sur « l’histoire », ils sont aujourd’hui à l’heure où on parle, terriblement loin des Zidane, Ronaldo, voire même Ronaldinho… Malgré tous leurs ballons d’or, tous leurs titres, que retiendrons-nous de Messi et Ronaldo lorsqu’ils auront raccrochés ? Pour moi celle d’une domination terrible sur leur sport, mais d’une domination fade, sans saveur.

Alors forcément comment appréhender un football où les plus grands champions de ce sport n’assument pas leur rang dans les grands matchs ? Où les plus grands champions ne nous font même plus rêver, tendant toujours plus vers un spectacle plus physique que technique ? Et bien on se renferme sur des valeurs sûres, ça se fracasse des liens nocturnes sur des matchs sud-américains de Ronaldinho, Riquelme, ça tourne des compilations vieilles de 10 ans sur youtube… La tristesse… Enfin ça c’est pour les raisonnables… Parce que pour ceux qui assument la part de plus en plus importante du physique dans notre si joli sport, ce fameux terme « d’intensité physique », de « duels », de « combat », si propres à ce fabuleux championnat qu’est la PremierLeague, et bien vient l’apologie du style.

Alors oui on peut les comprendre. Les manieurs de ballons élégants sont de plus en plus rares actuellement et on se réjouit à chaque fois qu’un fuoriclasse naît, on se délecte de ses moindre grigri, de ses extérieurs du pied, de ses râteaux, de sa classe… Mais là où le bat-blesse c’est qu’on en vient à idolâtrer des joueurs moyens, ou simplement bons uniquement parce qu’ils sortent du lot par leur style. Il ne faut pas perdre de vue une chose, c’est que tout ce qui compte c’est le terrain.

Si un joueur aussi beau à voir jouer n’arrive pas à associer performance et style, alors il ne sert à rien. Un exemple : Javier Pastore

FBL-FRA-LIGUE1-CHAMPIONSTROPHY-PSG-BORDEAUX

Artiste incompris ou intermittent du spectacle ?

Si comme moi il vous arrive de vous perdre sur les réseaux sociaux, vous tomberez sûrement à un moment ou un autre sur ces groupies, qui vous expliqueront par A+B que si on aime le foot et bien il faut aimer Pastore. Ouais bah ouais. Ouais bah non. Non.

Pastore ou l’exemple type du mec glorifié et mis sur un piédestal parce que « stylé », parce que (supposé, parce que ses matchs ne le montrent pas) « talentueux ». Le cliché du sud-américain nonchalant qui fait bander les jeunes chiennes en chaleur. Pastore… Ses contrôles de balles soigneux, ses extérieurs du pied à tête chercheuse, son style argentin… Ah il est beau Javier. Ah il est beau… Mais ses performances le sont beaucoup moins. 3 ans qu’il est en Ligue 1 et 3 saisons médiocres. Quelques étoiles filantes à chaque trimestre afin de tenir en vie ses groupies mais rien d’autre. Paris aimerait bien le lâcher, mais personne n’en veut vraiment. Pastore n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de ses joueurs surcotés car sortant du « moule ». Pastore est le genre de joueur qui sera rangé dans la catégorie des Ozil, pourtant Ozil n’a rien à voir avec ces joueurs-là. Ozil est un véritable crack, probablement l’un des joueurs les mieux dotés de cette petite planète football. Mais ce dernier ne semble pas enclin à vouloir le prouver à la face du monde entier, préférant marcher nonchalamment la tête basse la majeure partie du temps…

2014 c’est donc la rencontre de deux extrêmes. D’un côté un football qui pousse toujours plus loin la dimension physique au détriment de la technique, et de l’autre, en réponse à cette évolution physique, une apologie du « style » en dépit des performances. Le football n’en finit plus de progresser, dans les moyens utilisés, dans la formation, mais comble de tout, aujourd’hui les amateurs de football ont bien du mal à trouver un joueur pouvant combiner performance – technique et charisme. 2014 n’a pas de Zidane, 2014 n’a pas de Fenomeno, 2014 n’a pas de Bergkamp ; et les Del Piero, Totti, Ronaldinho, Kaka, Pirlo, Riquelme n’ont maintenant plus beaucoup de matches à nous donner…

Edu.

Le Foot c'était mieux avec David Trezeguet.