Benzema, l’homme à abattre

« COMMUNION ! »

Le mot est fort et placé en opposition avec une présence de Karim Benzema. La Une de L’équipe laisse peu de place au doute quant à la prise de position du journal et entre ainsi dans une volonté de pression sur le sélectionneur et l’opinion publique. Mais pourquoi Benzema est-il devenu l’homme à abattre ? Comment un joueur de son talent peut il être autant ciblé et non désiré par la presse sportive française ?

L’image écornée d’un garçon qui paye cher ses erreurs

France's Karim Benzema celebrates after scoring againts the Netherlands during their international friendly soccer match at the Stade de France in Saint-Denis near Paris, March 5, 2014. REUTERS/Benoit Tessier (FRANCE - Tags: SPORT SOCCER) - RTR3G379

Karim Benzema ne dispose pas du soutien d’une partie de l’opinion publique, dictée en partie par les polémiques médiatiques constantes et l’impression d’un joueur peu concerné par l’Equipe de France. Benzema n’en est pas à sa première polémique, son parcours en Equipe de France étant semé d’embûches.

Immense promesse française, Benzema est sélectionné par Domenech dès l’âge de 18 ans, et inscrit son premier but dés sa première sélection contre l’Autriche sur une passe de son pote Nasri. Dominant déjà la Ligue 1 très tôt, Benzema est voué à être le futur patron de l’équipe de France. Néanmoins le processus met du temps, Thierry Henry conservant une place qui lui revient de droit malgré un déclin sportif. Ajoutez à cela des débuts difficiles au Real Madrid et le voilà privé de la Coupe du Monde 2010 au profit de Gignac et Cissé.

Un mal pour un bien au vu de l’affaire Knysna ? Oui et non, car malgré sa non-présence au sein de ce fiasco, Benzema est souvent associé dans l’inconscient collectif à cet épisode symbolisant le comportement irresponsable des footballeurs. Très vite, une vidéo de son interview à 18 ans sur RMC refait surface, ses origines lui offrant le dilemme de beaucoup de jeunes footballeurs : l’Algérie ou la France ? Le jeune Benzema, très peu à l’aise dans sa communication commet l’erreur de dire maladroitement que la sélection Française a été choisie même s’il aime l’Algérie car le facteur sportif fait la différence… une interview qui le poursuivra toute sa carrière, comme si aimer son pays d’origine était une tare, en oubliant que oui, sportivement la sélection française offre plus de garanties que la sélection algérienne. Le garçon n’a jamais dit ne pas aimer la France mais les interprétations vont vite en sa défaveur.

Tout cela va être pimenté par le sacrilège suprême pour un footballeur : il ne chante pas la marseillaise ! Comme Platini, Barthez ou Zidane ? Oui, mais aujourd’hui la marseillaise est devenu le symbole de cette tendance stupide au patriotisme exacerbé. Symbole d’une société en quête d’identité, ce qui n’était pas important 15 ou 20 ans auparavant est devenu primordial. On demande à un footballeur de chanter la marseillaise, si possible de pleurer pendant celle-ci, et même d’avoir Napoléon en photo de profil sur twitter.

Benzema n’est donc pas l’archétype du joueur coqueluche des français malgré le fait qu’il soit le meilleur joueur de cette équipe. Cela va encore s’empirer avec l’affaire Valbuena, puis celle où il apparaît comme témoin. En dehors des conclusions judiciaires, dont le dénouement est entre les mains de la justice, cela a été une mise à mort médiatique de Benzema. Des éléments du dossier qui «fuitent» étrangement dans la presse, des unes accusatrices et bien montées afin de faire passer Benzema pour Pablo Escobar dans une affaire où il n’est « que » témoin et tout est mis en œuvre pour un lynchage en règle. Même Manuel Valls, premier ministre, réclame de l’exemplarité pour les footballeurs et ne veut pas de ceux-ci en Equipe de France. Il est vrai que le méchant Benzema, simple footballeur devrait prendre exemple sur la classe politique en termes d’exemplarité. Mais dans ce cas qu’en est-il d’Harlem Désir et Jean-Marc Ayrault ? Quoi qu’il en soit, ses affaires témoignent au moins du caractère douteux et nuisible de l’entourage de Karim Benzema, trop fidèle et trop « street » pour renier ses amis d’enfance. Benzema est le personnage honni des médias, présenté comme trop sulfureux, mais est-ce vraiment le cas ?

 

Un problème pour le groupe ?

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« Communion, l’équipe charme sans Benzema, pourquoi changer ? »

L’équipe du jour a transmis ses conclusions au gré d’une analyse très poussée basé sur les « sourires », la « joie » et les « câlins » après les buts. Le seul quotidien sportif français nous laisse pantois face à une telle justesse et une telle vision. Donc après cette belle victoire à domicile, le public était content et les joueurs aussi ? Ça nous change de l’ère Benzema, où aucune communion ne se laissait transparaitre, où chaque victoire se terminait par un silence assourdissant et des joueurs stoïques. Merci à Dédé Gignac ou Olive Giroud d’avoir apporté la lumière ?

Pourtant il me semble que chaque victoire en Equipe de France est source de bonheur pour le peuple français, que le stade fête chaque victoire. Vous vous souvenez ? C’était avec Benzema. Damien Degorre, auteur de l’article à charge sur Benzema, avait alors sorti un livre « La naissance d’une équipe ». J’imagine que peu de temps après, il y a à nouveau la naissance d’une équipe, apparemment ?

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Karim Benzema peut certes, avoir des ennuis médiatiques en dehors du terrain mais dans un groupe il n’a JAMAIS été un handicap ou un souci. Apprécié de la majorité de ses coéquipiers, KB9 a reçu un soutien médiatique à peine déguisé de ses partenaires en équipe de France quant à son absence. Très grand ami de Griezmann, il n’est pas un bad boy ou un mauvais garçon, a sûrement le défaut d’être en retrait des médias et ne pas aimer communiquer : ce qui le dessert beaucoup. Mais n’a jamais été un problème pour un groupe et aucun entraineur ne s’est jamais plaint de l’attitude d’un joueur discret.

La culture de l’instant et l’euphorie d’une simple victoire en amical a donc pris le pas sur la raison et l’objectivité. C’est dommage, d’autant plus qu’on ne parle pas ici d’un simple twittos ou d’un vulgaire polémiste à la Daniel Riolo mais bien de la une du premier média sportif français.

Le jeu et la tentation quant au renouveau offensif de l’EDF

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Mais si nous nous intéressions au sportif ?

Nous avons presque l’impression que le débat sportif est relégué au second plan (et quand il est abordé, il l’est de manière superficielle en se basant sur de vagues sensations). Il y a une réalité aujourd’hui : le potentiel offensif français a progressé et donne une impression bien supérieure à celui entrevu il y a un ou deux ans. Il est donc automatique d’invoquer l’absence de Benzema pour les médias français pour expliquer ce phénomène. Comment un attaquant de la qualité de Benzema, probablement top 4 européen  à son poste, peut être une tare pour l’équipe de France ? Le problème pourrait s’expliquer par un profil de jeu bouffant le ballon, ne facilitant pas la fluidité du jeu français, là où des attaquants au niveau plus modeste comme Giroud ou Gignac ont un jeu plus simple. Oui, mais il s’avère que justement, le profil de Benzema implique la volonté de s’associer constamment avec ses coéquipiers, un jeu simple et fluide et un altruisme exceptionnel pour un 9. De plus Benzema n’est plus cet attaquant qui décroche beaucoup trop : ses décrochages étant vitaux et importants pour le jeu d’une équipe car ils génèrent du mouvement et du jeu, mais il est également très présent dans la surface, marque très régulièrement et est devenu un redoutable joueur de tête à l’affut des centres. Il est, en ratio de buts marqués/minutes jouées, le meilleur buteur de Liga, sans tirer de pénalty. Au sommet de son art.

On peut se questionner sur le rendement statistique de Benzema en équipe de France, celui-ci étant mi-figue mi-raisin avec de bons passages malgré une équipe globalement faible et offrant peu de jeu durant sa période… mais également un trou noir de plus de 1000 minutes sans marquer, anormal pour un joueur de son rang. Il reste aussi très critiqué pour sa Coupe du Monde 2014 au Brésil où il termina pourtant meilleur buteur Français. Les critiques se basent sur ce quart contre l’Allemagne où la France n’était pas loin mais est resté muette et trop juste face au futur vainqueur. En France, beaucoup estiment que Benzema a raté ce match pendant qu’à l’étranger (et notamment en Espagne) il reçoit suite à ce match la meilleure note française. Pas auteur d’une grande performance il avait pourtant était très présent dans le jeu et avait crée pas mal de situations avec Griezmann, souvent trop juste face à Hummels et Neuer, impériaux ce jour là. Il est celui qui a le plus tenté avec 7 frappes sur les 13 tentatives françaises (dont celle contrée par un arrêt de robot de Neuer à la dernière minute) et a offert deux situations dangereuses à Griezmann. De plus, les accusations d’un joueur qui compte ses efforts ne sont pas recevables, il est le deuxième joueur ayant le plus couru de l’équipe seulement 300 mètres derrière Blaise Runner Matuidi.

Auteur d’une excellente phase de poule, Benzema n’a pas été décisif et n’a pas tenu son rang de « franchise player » par la suite, ce qui entache sa coupe du monde d’un bilan mitigé. Néanmoins il ne peut être tenu responsable de l’élimination française ou encore d’une Coupe du Monde où il serait « passé à côté ».  Si son bilan général en Equipe de France est fait de hauts et de bas, il est à noter qu’il est 8ème meilleur buteur de l’histoire de l’Equipe de France à seulement trois unités du 5ème et que Thierry Henry n’a pas non plus battu le record en ne marquant que face au Brésil et à l’Espagne. De plus il est également le 8ème meilleur passeur décisif de l’histoire, avec 16 passes, non loin du deuxième, un certain Zinedine Zidane (25 passes).

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Enfin, revenons donc au présent et intéressons nous au futur de l’attaque française à l’Euro. Avec l’émergence d’un potentiel offensif intéressant symbolisé par Griezmann, Martial, Fékir, Coman et l’avènement de Dimitri Payet (sans oublier Kanté au milieu), il serait dommage de ne pas voir ces purs joueurs de ballon s’associer avec Benzema. En effet lors de la dernière sortie de Benzema au stade de France contre le Brésil, il avait comme animation derrière lui, un milieu incluant Schneiderlein – Matuidi – Sissoko – Valbuena. On n’est pas loin du cauchemar pour un attaquant comme Benzema adorant combiner, s’associer et jouer avec ses partenaires. Bien évidemment suite à ce match il a été visé par la presse sportive (toujours aussi inspirée dans ses analyses).

Quoi qu’il en soit, si Gignac a offert un intérim intéressant dans le jeu au delà du but (là où Giroud a marqué mais se trouve toujours aussi peu à l’aise) ce n’était qu’un amical face à une équipe assez faible et offrant beaucoup d’espaces. Lors de l’Euro et des rencontres au couteau face à des équipes de qualité, il parait évident qu’avoir un attaquant de la trempe de Benzema sera d’une aide primordiale et « Monsieur LDC » a l’habitude d’être présent dans ces grands rendez-vous. Alors comment, en aimant le foot, ne pas être tenté de voir Benzema ENFIN associé à une vraie animation offensive et une puissance de feu devant ? Rien n’est succès garanti dans le foot mais pardonnez nous d’avoir la faiblesse de demander à voir ça…

Ultimo Diez a voulu prendre sa plume pour se lever contre cette indigne prise de position et acharnement sur Benzema de la part de la presse française. Si le débat quant aux affaires en cours et sportif peut être posé, l’orientation de l’opinion et les unes et articles à charge semblent tâcher d’une malhonnêteté et volonté de nuire à l’attaquant français. Nous parlons pourtant ici de l’acharnement de L’équipe et d’autres journalistes sportifs : non pas de fameux polémistes enragés sévissant sur RMC ou Canal +. Étant persuadés que Benzema a encore beaucoup à offrir à l’équipe de France, et d’autant plus avec cette équipe, nous n’avons pas la prétention de dire que notre analyse est plus fine, mais quand même… nous pensons avoir raison.

Formé à l'école des champions, capable d'éliminer comme Fékir et de shooter comme Curry.