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Dans une saison aussi risible qu’inquiétante, la victoire au Camp Nou (1-2) des merengues est certainement arrivée au meilleur moment. Blessé dans son ego, le Real s’est reposé sur sa plus grande force pour revenir dans le match et gagner : sa fierté. En ce qui concerne le jeu, tout n’a pas été parfait en effet. Mais le Real de Zizou n’aurait jamais pu proposer ce que le Real de Carlo a montré au Camp Nou l’année dernière. Le Real a compensé cela par une force de caractère évidente : la réaction dans la difficulté, le tempérament, la solidarité. La première fois cette saison. Ainsi, ce Clasico gagné n’est pas important pour l’avenir de la Liga, mais il l’est dans l’aspect psychologique des madrilènes. Rares sont les fois où nous avons pu apercevoir l’orgueil madridista, pourtant une composante qui caractérise parfaitement le club. Cette saison, le Real n’a pu baser sa confiance que sur très peu de certitudes. Tout a commencé lors de la fin de saison dernière quand Florentino Perez décide de virer Carlo Ancelotti pour engager Rafa Benitez. Le premier hic tant le football du coach espagnol ne correspond pas à celui du club. S’en est suivi une multitude d’événements dont le Real se serait bien passé : le transfert de David De Gea raté, l’affaire Cheryshev, la défaite 0-4 contre le Barca… Voilà pourquoi ce Clasico arrive à un très bon moment. Comme une lueur d’espoir.

L’irrégularité madrilène, l’explication du retard en championnat

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Pour rattraper son erreur – celle d’engager Rafa Benitez –, Florentino Pérez signe Zinédine Zidane comme coach en Janvier 2016. C’était son objectif depuis de très longues années. Soyons honnêtes, les premiers atouts de Zizou ne sont pas sportifs, ils sont médiatiques. De par toute son aura et sa popularité, l’ancien numéro 5 madrilène balaie toute crise possible. L’arrivée de l’ancien international français fait le plus grand bien à tout le monde, que ce soit au public comme au vestiaire. C’est un ouf de soulagement. L’air respiré dans la capitale est tout de suite plus sain.

Sur le terrain, le Real est toujours aussi déséquilibré et friable défensivement. Mais il semble avoir retrouvé des couleurs en attaque. À domicile, le Real corrige tous ses adversaires… Ou presque. En effet, l’Atletico de Madrid viendra s’imposer (0-1 grâce à Antoine Griezmann) au Santiago Bernabeu pour le premier gros choc de coach Zizou. Le premier test est donc un échec. L’autre gros point noir est le visage des madrilènes à l’extérieur. Un nul au Betis (1-1), à Malaga (1-1) et une victoire à Las Palmas, certes, mais sur le fil. Ces faux-pas à l’extérieur caractérisent certainement un manque de maturité collective et de maîtrise tactique cruciales pour gagner un championnat. Gagner un championnat est une tâche très compliquée tant la régularité demandée est essentielle, surtout quand votre principal concurrent au titre s’appelle le FC Barcelone. Quand le Barca est en danger, le Barça gagne. Quand le Real est bousculé, il ne perd pas forcément, mais il ne gagne pas non plus. Toute la différence entre les deux équipes en championnat est décrite par toute la certitude et l’incertitude qu’elles dégagent : le Barca est sûr de sa force, sûr de ses qualités individuelles mais surtout de sa maturité collective, alors que le Real a peu de bases pour construire ses certitudes. Cette saison (comme l’année dernière), les attaques madrilènes se sont caractérisées par une possession stérile, où le porteur du ballon est peu accompagné avec très peu de mouvement. On regarde littéralement le coéquipier qui a le ballon au lieu de lui proposer des solutions grâce à nos déplacements. Globalement, quand Madrid avance d’un pas, il recule de deux. La Liga étant perdue depuis plusieurs mois, il ne reste que désormais la Ligue des Champions pour se mettre à rêver. Et à vibrer. En Avril, il serait d’ailleurs temps.

Retrouver la passion grâce à la Ligue des Champions

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Zizou a retrouvé toute l’ivresse de la Ligue des Champions contre la Roma pour les huitièmes de finale. Cette compétition qui lui a échappé durant plusieurs années, avant qu’il n’écrive son histoire contre une équipe allemande. Cela tombe bien, ce soir le Real Madrid se déplace en Allemagne pour affronter Wolfsburg pour le quart de finale aller de la Ligue des Champions. Avec tout le respect que l’on a pour les compagnons de Julian Draxler, le Real a eu beaucoup de chance de tirer cette équipe allemande. Cela doit permettre à Zidane et à son équipe de monter en puissance, d’engranger de la confiance et d’avoir plus de certitudes. En effet, le Real est quelque peu dans l’inconnu. On n’était pas forcément convaincus de ses chances en C1 avant le Clasico, et malgré la victoire, l’équipe madrilène n’est pas encore favorite. Loin de là. Elle doit énormément progresser : dans sa force collective, la transition défensive, son équilibre, son pressing… etc. Néanmoins, ce ne sont pas des choses qui s’appliquent au bout de quelques semaines, et la saison semée d’embûches du Real n’aide pas en cela. L’aspect positif est que Zinédine Zidane ne cache pas les faiblesses de son équipe. Il les souligne et les pointe clairement du doigt. Zizou essaie de corriger ses faiblesses, en témoigne le retour de Casemiro dans l’équipe première, un facteur (parmi tant d’autres certes) extrêmement important pour rêver d’Undécima.

«Si nous voulons espérer quelque chose lors des matches qui nous attendent, nous devons mieux jouer, c’est clair et net.En jouant de cette manière, nous n’irons nulle part. En jouant comme en seconde période, c’est non. Maintenant, je dois revoir la rencontre et je suis convaincu que nous pouvons livrer un autre match. Il faut reconnaître que Las Palmas a très bien joué, ils nous ont mis en difficulté, mais ce qui me contrarie c’est notre prestation. Je suis content du résultat et un peu préoccupé par notre seconde période. C’est vrai que nous avons perdu une quantité de ballons hallucinante. J’ai toujours dit que je n’étais jamais préoccupé quand nous avions le ballon, mais aujourd’hui, j’étais préoccupé quand nous l’avions.» Zinédine Zidane après la courte victoire (1-2) sur le terrain de Las Palmas

Retrouver son équilibre…

Le déséquilibre madrilène, parlons-en. C’est le principal mal du Real Madrid depuis maintenant deux saisons. Carlo Ancelotti avait réussi à construire quelque chose de plus ou moins appréciable, avec un 442 et un double pivot Luka Modric – Toni Kroos qui brillait par toute l’élégance technique qu’il dégageait. Néanmoins, on a vite vu les limites de ce milieu, en atteste la méforme de Toni Kroos qui a vécu une année civile 2015 très compliquée. Sa bonne forme avec la Mannschaft, comme à chaque fois qu’il joue plus haut sur le terrain n’est en rien anodine : Toni Kroos doit pouvoir s’appuyer sur une sentinelle derrière lui, il ne peut accumuler autant de responsabilités défensives. C’est un facteur essentiel pour la suite de la compétition tant l’équilibre est important en C1. On se rappelle de la recherche d’équilibre de Carlo Ancelotti lors de la saison 2013-2014 (et ce modèle tactique lors de la demie-finale contre le Bayern) qui lui permettra de glaner la Décima.

grâce à Casemiro ?

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Pour se rapprocher de ce fameux équilibre, Zidane l’a bien saisi, cela passe par la titularisation de Casemiro. Rafa Benitez l’avait aussi compris, mais il s’est plié à la pression populaire lors du Clasico perdu au Santiago Bernabeu. Avec des joueurs peu enclins à l’écouter, son aventure madrilène s’est logiquement arrêtée. Zizou le sait : la relation entre l’entraîneur et les joueurs est essentielle pour réussir. À défaut de vaincre pour l’instant, il réussit à convaincre les joueurs. Pour vaincre, Zidane a vite réalisé que la présence de Casemiro devant sa défense sera cruciale pour la suite. Les statistiques le prouvent : le Real Madrid a gagné huits matchs auxquels Casemiro a participé depuis que ZZ est sur le banc (20 buts inscrits pour seulement 4 encaissés). Contre le FC Barcelone, le milieu brésilien a gagné 13 duels, soit plus que n’importe quel joueur durant le Clasico de fin Novembre. Toute équipe de football a besoin d’un joueur au minimum devant la défense qui s’occupe des tâches ingrates. Casemiro n’est pas le plus élégant, le plus technique, le plus habile certes. Mais il est efficace. Il va au contact, il récupère des ballons. Il soulage son équipe (et Toni Kroos) tout simplement. Ce Real Madrid est immensément déséquilibré et doit revenir aux fondamentaux du football, l’équilibre en est un. Il est d’ailleurs indispensable. C’est le liant entre la défense et l’attaque, c’est la base d’un collectif. Depuis de longs mois, le Real a beaucoup de mal quand il n’a pas le ballon. On remarque toute la difficulté des merengues dès la première seconde qui suit la perte de balle. Un pressing calamiteux – les joueurs madrilènes semblent être en perpétuel retard face au porteur de balle adverse – qui provoque ainsi une transition défensive exécrable. Ces caractéristiques défaillantes provoquent l’aisance de l’équipe adverse à avancer avec le ballon dans la surface de Keylor Navas. Rajoutons aussi le faible travail défensif de la BBC (si l’on ne prend pas en compte le dernier Clasico). Comment bien défendre dans de telles conditions, d’autant plus avec des individualités qui n’ont pas l’habitude de défendre ? C’est du suicide. C’est pour cela que la titularisation de Carlos Casemiro semble être une clé fondamentale pour le futur de l’équipe de Zizou sur la scène européenne.

Ainsi, dans une saison aussi morose et monotone, le peuple madridista n’a eu que très peu d’occasions de vibrer et de rêver. Le Clasico gagné au Camp Nou arrive à point nommé dans une saison où les chances de gagner des titres ont rapidement disparu. Étant sur une bonne dynamique, l’équipe de Zidane va devoir s’appuyer sur le football proposé après le but encaissé samedi et tout le caractère qu’elle a dégagé pour gagner en terre catalane. En avançant dans la même direction, comme un vrai groupe, en associant solidarité et orgueil collectif, peut-être que le Real Madrid arrivera à ses fins. Ne soyons pas dupes, la victoire finale en C1 cette année est un rêve idyllique tant les merengues ont pris du retard sur leurs principaux concurrents européens. Cette compétition dépend d’énormément de critères, et certaines équipes en remplissent plus que le Real Madrid. Mais la Ligue des Champions sait à quel point une équipe qui n’a plus rien à perdre se révèle quand elle est au bord du précipice. La Ligue des Champions sait toutes les épreuves qu’elle a dû offrir au Real Madrid, et le nombre de fois où elle lui a fait vivre des soirées inoubliables ancrées dans son histoire. À la Maison Blanche de rappeler à l’Europe sa relation avec sa plus belle compétition. Aux madrilènes de montrer qu’ils répondent présents quand on ne les attend plus. C’est comme ça qu’on écrit l’histoire et qu’on se forge un palmarès. Il y a des objectifs plus fous que d’autres, c’est ceux qui nous maintiennent en vie, pour l’envie d’y croire. Ce sont des rêves. À Madrid, la Ligue des Champions en est un. Et vu toute la passion et l’ivresse qu’a offert la Décima, nul doute que le peuple madridista souhaite encore s’enivrer de ce parfum. Au final, que serions-nous sans espoir ? Que serait l’Homme s’il n’écoutait jamais son cœur ? Que serait notre avenir si nous ne laissions jamais nos rêves nous transporter ?  Que serait le Real Madrid s’il dégageait de son football une sérénité, une certaine certitude et un scénario connu à l’avance ? Certainement pas grand-chose.