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Tu es l’étoile filante que j’aperçois dans le ciel après un match du QSG, comme pour m’obliger à ne jamais oublier ton passage dans la capitale. Tu es le prophète portugais le plus connu de France, celui qui nous a fait croire pendant des centaines de minutes de folie que la légende du 9 portugais n’était qu’un mythe. Tu nous as prouvé qu’il était possible d’avoir le cœur rouge et vert, et de porter le plus beau des numéros sans pression. Et surtout, en faisant gonfler le compteur but.

J’aurais pu faire un article commun, un portrait sans identité, dans lequel j’aurais conté ton parcours, du Deportivo la Corogne jusqu’au PSG en passant par Bordeaux. Seulement, je ne t’ai pas connu pendant cette période. Non, en réalité je n’ai pas vibré avec toi. Une nuance qu’il faut saisir pour comprendre le lien qui nous relie. Car au delà de tout, c’est le plaisir que j’ai pris en te voyant marquer match après match, en te voyant faire lever un Parc anesthésié de nos jours qui prime. Ce plaisir-là, je ne l’ai pas encore retrouvé. Ni chez Zlatan, ni chez Cavani. Peut-être parce qu’ils font partie de cette classe portant le nom de « galactique ». Peut-être parce qu’ils vivent sur une planète que nous ne pourrons jamais connaître. Peut-être tout simplement parce qu’ils ne sont pas toi, et toi tu n’es pas eux. Oui, tu es Pedro Miguel Pauleta, le seul et l’unique portugais qui aurait pu tuer la France en finale d’un Euro sans reproche quelconque.

J’aurais pu faire un article des plus banals, où j’aurais mis en avant tes statistiques impressionnantes lors de ton passage dans l’hexagone. 109 buts rien que pendant tes années parisiennes, hors-norme non ? Mais cela n’aurait été que flatter ton ego inutilement, car ce que tu as accompli pour le club représente bien plus qu’un simple chiffre dans un tableau. Ce que tu as réalisé, personne ne l’a réédité et ne le fera jamais d’ici des années. Tu as réussi à nous offrir la reconnaissance d’une ligue entière, en nous permettant de titiller l’ogre lyonnais.

J’aurais pu faire un article dans lequel j’aurais présenté ton premier triplé contre le FC Nantes de Mickaël Landreau, cette fois sous le maillot de Bordeaux. Mais pourquoi évoquer une période durant laquelle je n’ai pas marché à tes côtés? Moi, je ne t’ai réellement connu qu’avec le maillot rouge et bleu sur les épaules, au pire avec celui de la Seleçao.

J’aurais pu faire tout cela, mais j’ai choisi de te parler directement, sans détour. Lorsque tu tournoyais dans le ciel parisien, les ailes déployées, c’était des rêves de succès qui volaient dans mon esprit. Lorsque tu frôlais en plein vol les tribunes en furie, j’aurais tout donné pour y être, pour moi aussi apercevoir l’aigle des Açores. Il paraît même qu’on te surnomme le cyclone des Açores au Portugal. Ça doit certainement être parce que depuis le début de ta carrière, tu as emporté avec toi tous les défenseurs que tu as affronté, ou même seulement croisé. Tu leur as fait découvrir l’enfer depuis le paradis qu’est le Portugal. Et pour eux, tu as encore eu la bonté de payer ce voyage jusqu’au Tartare.

Le Portugal d’ailleurs. Comment ne pas penser à toi lorsqu’on évoque la sélection nationale ? Comment oublier ton record, une fois détenu et encore perdu? Une habitude que tu as tenu à répéter lors de ta vie de joueur. Comme si tu étais voué à un destin d’anti-héros. Toujours placé, jamais vainqueur. Une vie dans l’ombre des projecteurs qui te va si bien, loin de cette excitation médiatique. Une vie que tu auras menée comme on te l’a appris dans ton pays : pleine d’humilité, de chaleur humaine et de partage. Le bling-bling, un mot qui rentrera dans une oreille et ressortira par l’autre, tout comme la gloire populaire que tu auras vécue à ta manière. Les réceptions commerciales, les publicités à outrance, tout un exercice trop loin de tes réalités pour qu’il ne puisse un jour t’atteindre et t’attirer. 

L’extase de la gloire, un stade que tu as frôlé ce soir de Clasico où tu as humilié d’un lob excentré le meilleur gardien chauve de l’histoire, Fabien Barthez. D’un enroulé dont seul toi possèdes la recette, comme le Krusty Krab et son hamburger, tu amènes ton club devant les portes du jardin d’Eden. Et par la même occasion, un peuple entier qui passera l’une de ses plus belles classiques d’un point de vue émotionnel. Au final, le tableau d’affichage indique un score de deux buts à un en notre faveur. Mais encore une fois, ce n’est pas une somme de chiffres que tu obtiendras. C’est quelque chose de bien plus spirituel, possédant une saveur particulière, une certaine dimension mystique. Ce soir-là, tu feras face à l’éternité, la défiant d’une célébration qui contribuera à te graver dans le marbre. Les bras ouverts vers l’infini, prêt à accueillir la mort pour lui donner goût à la vie. Voilà ce qu’est ce but face à l’ennemi marseillais : une tentation à laquelle on ne peut résister. Un pont bâti vers un monde nouveau que l’on se sent obligé de franchir pour goûter au bonheur, enfin.

Là où Zlatan et consorts représentent le « Dream Bigger » de QSI, toi tu es le porte-drapeau de cette époque pendant laquelle le Parc résonnait et vivait à travers ses tribunes. Je parle de ce PSG cosmopolite, qui ne refuse pas l’accès de son stade à certaines personnes en remettant en cause leur passé. Tu es le symbole de ce PSG qui a fait rêver sans pétro-dollars, de ce PSG qui a rendu plus belle chaque victoire, tant elle était un exploit en soi. Ce goût de l’irréel d’une victoire arrachée a été substitué par la superficialité d’un 5-0 en Ligue 1. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

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