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Depuis la saison 2007/2008, la Serie A a connu une baisse significative de 19% des minutes jouées par les joueurs italiens en championnat. Afin de mettre fin à l’hémorragie qui infecte aussi la sélection nationale, les dirigeants ont adopté la politique des quotas. A partir de cette saison, les clubs transalpins devront se limiter à un effectif de 25 joueurs, parmi lesquels 4 devront être formés en Italie et 4 autres issus des centres de formation. Une mini-révolution en soi. La saison passée, seulement 8 clubs répondaient aux nouveaux critères imposés. Dans une interview donnée au journal Le Point, Jean Michel Aulas se positionne en fervent défenseur des quotas dans le football français. Une idée insufflée par Didier Quillot le nouveau président de la LFP. Depuis sa nomination, l’ancien directeur général d’Orange multiplie les pistes pour rendre la L1 plus compétitive. Après avoir participé à la venue de Frank McCourt à la tête de l’OM et délocalisé la finale de la Coupe de la Ligue en province, il souhaiterait s’activer sur un point : comment rendre le championnat plus concurrentiel ? L’instauration des quotas iraient en ce sens. Focus sur une mesure censée titiller le PSG.

Actuellement la mesure évoquée n’est qu’au stade de simple stipulation, bien qu’Aulas semble être confiant quant à son issue. Aucun chiffre n’a fuité, mais il n’est pas difficile de deviner que les quotas devraient ressembler à ceux imposés en Serie A et en Ligue des Champions (voir plus haut). Ces derniers vont s’ajouter au restrictions liées aux joueurs extra communautaire (4), comprendre par-là hors Union Européenne et accord de Cotonou. Dès lors, quel serait l’impact sur la L1 si une telle mesure venait à voir le jour ? Pour comprendre, il suffit de vous équiper d’un violon, de défaire votre braguette puis de vous détendre en écoutant avec attention la douce mélodie de l’urine rissoler sur les parois de l’instrument. Le constat est simple : la majorité des clubs français sont prêt à accueillir les quotas, PSG compris. Lorsque Aulas cite comme exemple la Serie A et la Premier League sur l’application de ces derniers, il omet un point primordial : la situation de ces championnats est totalement différente par rapport à la L1. La Ligue 1 ne connait pas la même crise identitaire par rapport à ces voisins : clubs avec peu voire pas de joueurs nationaux/locaux, renouvellement générationnel difficile… Finalement, un des (rares) intérêts de cette mesure réside dans la limite des joueurs dans l’effectif. Cette dernière entrainera, logiquement une meilleure gestion de la masse salariale, des transferts, bref plus de clarté dans la gouvernance des clubs.

L’enthousiasme du président lyonnais laisse penser que le projet de la LFP ne sera pas un simple copier/coller de la nouvelle législation italienne. Aulas et Quillot regardent sûrement l’évolution du Top14 avec un œil avisé. Le monde de l’ovalie français connaît des problèmes identiques à la Serie A et la Premier League. Pour que les troisièmes mi-temps se fassent de nouveau en français, les dirigeants de la LNR ont adopté au début de la décennie des mesures similaires aux quotas : les JIFF (Jeunes Issus des Filaires Françaises). Seulement, face aux mauvais résultats de l’EDF de rugby, les clubs qui ne respectaient pas les règles et ceux qui les contournaient, les dirigeants de la Ligue Nationale de Rugby ont dû sévir. Ils ont rendu la réforme évolutive : chaque année les textes deviennent de plus en plus restrictifs, et les sanctions plus fortes. Aujourd’hui, ceux qui ne respectent pas les JIFF se verront retirer 10% des Droits TV dus. Dans deux ans, ils se verront retirer des points en début de championnat. Les JIFF se démarquent des quotas instaurés dans le football européen par une nuance : les feuilles de match sont concernées par les restrictions.
Bien que s’inspirant des dispositions du rugby français, l’impact sur la L1 serait encore une fois minime : les joueurs qui composent les effectifs sont (très) majoritairement formés en L1. Pour qu’il y ait une véritable révolution, il faudrait que la LFP pousse le concept des JIFF encore plus loin et impose aux équipes de première division des joueurs formés au club sur les feuilles de match. Au-delà de ça, il faudrait aussi inciter les clubs à les faire jouer. Un système de récompense/sanction pourrait alors être mis en place. Les équipes qui ne respectent pas les quotas pourraient se voir sanctionner (10% des droits TV retenus, comme au rugby par exemple), alors que celles qui les appliquent pourront, sur la base d’un classement instauré selon des critères tels que le nombre de joueurs formés au club ayant été titulaires, entrés en cours de match, le nombre total de minutes jouées, ceux qui ont été sélectionnés avec les équipes nationales (espoirs compris) etc., se voir récompensés financièrement (par exemple redistribution des droits tv des clubs sanctionnés). Une telle mesure devrait alors inciter les clubs à investir plus dans les centres de formation, afin de ne pas s’affaiblir financièrement ou sportivement. De plus, ils devront s’efforcer de garder leurs meilleurs éléments afin de rester compétitifs sur la durée.

Seulement, cette réforme dans l’état actuel des choses serait tout sauf une révolution. Les clubs n’ont pas attendu Quillot pour favoriser la formation. En y regardant de plus près, plus de la moitié de la L1 joue avec trois joueurs ou plus sur la feuille de match, et la quasi-totalité avec au moins un joueur formé au club. Les raisons sont bien entendues liées à chaque club (ADN,projet Masia etc..), mais on peut s’apercevoir que beaucoup le font par défaut. La grande majorité des équipes françaises ne peuvent exister sur le marché des transferts européen, faute de moyens. La formation permet de compléter les effectifs, parfois de les améliorer, voire de les enrichir. De plus, cela ne réglerait pas le problème des départs, souvent à l’étranger. Les clubs vendent par nécessité, notamment vis-à-vis de la DNCG. Imposer des nouvelles restrictions que d’autres n’ont pas en Europe pourrait avoir l’effet inverse à celui escompté : une nouvelle perte de compétitivité. En France on a 99 problèmes, mais la formation n’en est pas une.

Au final, beaucoup auront vu une mesure anti PSG. Que nenni, c’est un dispositif pro OL. Aulas a eu l’audace de mettre en place un projet inédit en France pouvant rendre Lyon économiquement puissant. Exempts de tout loyer dans leur nouvel outil, les Gones possèdent aussi une académie de très bonne facture, qui alimente continuellement l’équipe fanion. Pour faire simple, c’est le club qui titularise le plus de joueurs formés au club. En souhaitant imposer des quotas, JMA peut donner l’impression qu’il souhaite dicter ces propres règles du jeu. On pourrait croire dans un premier temps que cette mesure vise Paris. Mais les parisiens investissent régulièrement dans leur centre, et aujourd’hui possèdent même des titulaires issus de ce dernier (Areola, Rabiot, peut être Kimbempe dans un futur proche). En réalité, avec l’arrivée des investisseurs chinois à Nice et surtout celle de McCourt à Marseille, l’accès à Ligue des Champions devient de plus en plus compliqué. Jean Michel Underwood ne va pas se laisser faire comme ça. Il n’a peut-être pas de pétrole, mais il a des idées.