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Depuis le début de la saison, la Ligue 1 a accueilli un nouvel entraîneur étranger et méconnu en France malgré le travail impressionnant qu’il avait déjà accompli outre-Rhin. Vous l’aurez donc compris, c’est bien de Lucien Favre que nous allons parlez puisque son OGC Nice réalise un début de saison assez incroyable. Il y a évidemment une part de chance là-dedans, l’entraîneur suisse le dit lui-même d’ailleurs, toutefois quand on connaît son parcours en Allemagne et ce qu’il a su mettre en place ce n’est pas franchement un hasard de le voir réussir ainsi. Avec l’aide précieux d’Ibrahima Traoré qui l’a connu au Hertha Berlin au tout début de sa carrière puis au Borussia Mönchengladbach, nous allons vous montrer que cette réussite est loin d’être anormale.

De la capitale en passant par Mönchengladbach

Commençons par le commencement. Après avoir travaillé pendant sept années en Suisse successivement au Servette FC puis au FC Zurich, Lucien Favre se dirige en Allemagne et c’est la capitale qu’il rejoint puisqu’il est nommé entraîneur du Hertha Berlin en juin 2007. Lorsqu’il arrive à la tête du club, ce dernier finit la saison à une correcte sixième place sachant que le club a changé d’entraîneur en avril (Falko Götz, limogé après une série de huit défaites et remplacé Karsten Heine jusqu’à la fin de la saison). A l’époque Die Alte Dame se trouve être relativement instable et navigue entre le haut et le milieu du tableau. Qui plus est en ayant seulement le 13e budget du championnat on ne peut pas se permettre de faire des achats clinquants ou autres fantaisies. Mais Lucien Favre n’a pas besoin de ça, il sait parfaitement travailler avec ce qu’il a.

Lorsqu’il débarque quelque part, le technicien sait ce qu’il a faire précisément, que ce soit au Hertha Berlin, à Gladbach ou maintenant à Nice. Et Ibrahima Traoré est bien placé pour nous le confirmer : « Quand il arrive dans un club, il essaye d’abord de mettre en place une idée générale, de faire passer son système et comment il veut faire jouer son équipe ». Rien de bien surprenant jusque là même si ce travail se révèle être d’une importance capitale. Après la tâche se complique et le travail s’intensifie, surtout à l’arrière : « Il va bien travailler sur l’aspect défensif. Défensivement il va essayer d’avoir une équipe solide et compacte qui n’encaisse pas beaucoup de buts ». Ce qui faisait d’ailleurs la force de Gladbach qui encaissait très peu de buts sous les ordres de L. Favre… Mais pour arriver à ce résultat il faut avoir une équipe vraiment solidaire qui travaille ensemble : « Tous les joueurs sont concernés, même les attaquants doivent défendre, les ailiers sont ceux qui défendent le plus dans ses équipes. » Et Ibo Traoré est bien placé pour le dire justement.

C’est ce qui s’est passé successivement au Hertha Berlin puis au Borussia Mönchengladbach. Mais ça s’est plus fait sentir du côté des Fohlen sachant qu’il y est resté près de 4 ans. La défense était vraiment le point fort de cette équipe qui se révélait très difficile à magner. Elle est parvenue à s’affirmer comme une valeur sûre de la Bundesliga alors ce que le club était aux portes de la seconde division quand le Suisse est arrivé. Le travail accompli a été titanesque alors quand on a osé dire que Juninho était mieux placé que lui lorsqu’Hubert Fournier est parti de Lyon ça nous a bien faire rire (nous en rigolons encore aujourd’hui). Le Gladbach de Favre était l’une des meilleures équipes de Bundesliga sur les dernières années et ce n’est pas sa triste fin qui va changer quelque chose.

Maintenant si l’on regarde bien, tout ceci est actuellement visible du côté de l’OGCN, surtout en Ligue 1 puisque le club n’a encaissé que 8 buts jusque-là soit 1 de plus que le PSG sans avoir un Marquinhnos ou un Thiago Silva mais plutôt Dante… Nice parvient à très bien défendre sans avoir de très grands défenseurs, et c’est ce qui fait la force des équipes de Lucien Favre. Sans strass ni paillettes, ce qu’il construit reste redoutable. Alors certes il récupère une base saine, qui se connaît et est solide grâce au travail de Claude Puel, toutefois il ne faut pas sous-estimer son travail.

Nouveau départ, peut-être pas si nouveau, sur la Côte d’Azur

Après avoir obtenu cette solidité défensive « c’est là maintenant que son projet va vraiment commencer ». Parce que oui, vous qui aimez déjà regarder Nice, vous risquez de l’aimer encore plus d’ici quelques semaines… Petit à petit tout devrait s’améliorer et la machine devrait être parfaitement huilée d’ici pui à force de travailler.

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(nicematin.com)

Encore une fois c’est l’actuel joueur de Gladbach qui en parle le mieux : « Il connaît mieux ses joueurs, il va pouvoir travailler sur leurs points faibles. Il ne va pas forcément se concentrer sur leurs points forts car il pense que c’est son don à lui, c’est donc à lui d’y travailler. C’est pour ça qu’il va surtout travailler sur les points faibles mais aussi le placement, l’équilibre de l’équipe etc. Il commence à travailler de façon globale avec tout le monde avant de se concentrer sur les points faibles de ses joueurs afin de les faire progresser. » Le travail réalisé est donc titanesque et il nécessite des heures et des heures de travail. Toutefois cela ne semble pas déranger le coach suisse qui est un « malade du boulot », et Ibo Traoré n’est pas le seul à le dire puisque c’est ce qui ressortait tout le temps en Allemagne quand on parlait de lui.

Alors à Nice rien n’a dû changer, encore moins ses méthodes qui ont déjà fait leurs preuves. Encore une fois nous passons dans les coulisses de son passage à Gladbach pour savoir ce qu’il se passait : « on faisait beaucoup de vidéos, on analysait énormément de vidéos. La plupart du temps on analysait plus nos erreurs afin de les corriger que ce que nous faisions correctement ».  Ce travail peut parraitre anodin toutefois il se révèle primordial pour assurer la progression constante de l’équipe comme on a pu le voir lors de ses quatre années passées en Rhénanie.

Toujours pendant ses deux ans passés au côté de L. Favre, l’international guinéen a dû aussi s’intégrer à la belle machine germano-suisse : « Il est resté longtemps à Gladbach, de ce fait quand nous [les nouveaux joueurs] arrivions, nous travaillions principalement les automatismes car nous étions perdus en arrivant dans une équipe déjà très bien rodée. Nous avons travaillé quasiment les mêmes automatismes pendant deux ans. Au bout d’un moment les courses doivent être coordonnées, chaque joueur doit savoir quel appel de balle il a fait, quel déplacement il doit faire aussi. Nous avons énormément travaillé cela sur des buts vides sans adversaire, en 11 contre 0, si bien qu’une fois sur le terrain nous étions comme une machine bien huilée, qui savait exactement ce qu’il y avait à faire. C’est un travail très long qui nous a pris beaucoup de temps ». C’est de là que lui vient sûrement cette réputation d’un entraîneur acharné et extrêmement travailleur qui ne lâche rien tant qu’il n’a pas eu ce qu’il voulait.

Alors en plus d’être un travailleur acharné « c’est un génie un peu fou ». Mais dans le bon sens bien sûr pour le joueur qui ne le connaît très bien et qui se souvient de petites anecdotes à son sujet : « c’est un vrai amoureux de football, il regarde des championnats que pratiquement personne ne regarde, il parle de certains joueurs dont on n’a jamais entendu parler. Il regarde absolument tout. Justement des fois dans le bus on le voyait sur son ordinateur qui regardait notre match directement après. On rentrait tard le soir parfois et le matin à l’entraînement on avait déjà l’analyse complète du match. Il ne s’arrête jamais ». Donc voilà ce n’est pas du hasard, pas non plus que de la chance comme beaucoup d’observateurs le disent et Lucien Favre lui-même avec sa langue de bois habituelle en conférence de presse. Le travail abattu est phénoménal et il paye logiquement.

Le coach dont la Ligue 1 avait besoin

De nouvelles méthodes, une belle expérience en Allemagne, un entraîneur qui n’a pas peur des défis… Lucien Favre était sûrement la personne dont le championnat de France avait besoin au moment où certains clubs s’entêtent à recycler les mêmes personnages encore et encore sans avoir le moindre résultat. Avec son calme et son sourire il apporte un vrai vent de fraîcheur sans être un Jürgen Klopp : « Ce n’est pas quelqu’un de très expressif avec ses joueurs, il a une relation très professionnelle avec eux aussi mais c’est sa façon d’être. Ce n’est pas non plus une personne très émotive ». Et ce n’est pas la seule chose qui a marqué Ibo Traoré qui le connaît depuis bientôt dix ans maintenant : « Quand je l’ai connu au Hertha Berlin, je venais de monter avec le groupe professionnel à 18 ans et il me vouvoyait. Je trouvais ça incroyable. Et lorsque je l’ai retrouvé à Gladbach il me vouvoyait toujours comme les autres joueurs du groupe. Il est extrêmement professionnel mais ça ne veut pas dire qu’il ne rigole pas ! Il nous faisait des blagues etc. La dialogue est toujours possible avec lui, on pouvait parler de tout avec lui, sa porte était toujours ouverte dès qu’on avait un problème ou autre. Mais c’est sûr qu’il est moins communicatif dans la vie et sur un banc que Jürgen Klopp ». Donc non il ne vous fera pas un salto sur la touche mais au moins personne ne se plaindra en France.

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(express.de)

Humainement il semble être une personne incroyable qui sait très bien comment tirer le meilleur de ses hommes quel que soit leur âge ou leur tempérament. Même en ayant entre ses mains des joueurs réputés comme étant difficiles, ça fonctionne. Déjà à Mönchengladbach il avait dû travailler avec Max Kruse qui est loin d’être un ange puisqu’il est autant réputé pour ses frasques (qui l’ont amené à être viré de la Mannschaft) que pour son talent. Et autant vous dire que ça avait très bien fonctionné puisqu’avec Raffael, les deux joueurs formaient un duo redoutable qui a énormément fait souffrir les autres clubs de Bundesliga. Alors quand on sait cela on se dit qu’avec un Mario Balotelli il est fort possible que ça marche et pour le moment les performances de l’Italien le prouvent…

Lucien Favre a aussi une certaine prédisposition à travailler avec des effectifs jeunes puisque c’est ce qu’il a toujours fait en Allemagne et maintenant à Nice… Justement Ibo Traoré peut également parler de cela : « ce qu’il aime c’est prendre une équipe et pouvoir installer ses idées, et dans ses idées les jeunes joueurs comptent beaucoup. Il aime prendre des joueurs qui ne sont pas encore professionnels et en faire de vrais professionnels comme il l’a fait à Gladbach. C’est ce qu’il s’était passé avec Ter Stegen qui avait débuté en Champion’s League, mais aussi Herrmann, Jantschke, Korb etc… Après s’il sent que le joueur n’est pas prêt il ne va le pousser même s’il a des qualités, comme ça a été le cas avec Mahmoud Dahoud ici. Il y a deux ans il nous disait que Dahoud était le plus grand talent d’Allemagne mais il ne l’a pas fait jouer car pour lui il n’était pas prêt ». La patience est donc un trait particulier chez cet entraîneur qui adore travailler avec les jeunes, il ne va pas confondre vitesse et précipitation puisque la meilleure solution pour assurer un bon développement au joueur est de rester à l’ombre des terrains afin de travailler jusqu’au moment opportun.

Justement avec un effectif niçois très jeune et un centre de formation bien garni, Lucien Favre est dans un cadre parfait pour travailler comme il aime le faire depuis plusieurs saisons maintenant. Son but est de sculpter ces jeunes pépites jusqu’à les monter au sommet pour avoir de très bons joueurs sur la durée. Rien n’est laissé au hasard dans ce qu’il fait et la Ligue 1 finira par en avoir la preuve puisque sa réussite actuelle ne dépend pas que de l’héritage de Puel, de la chance ou autre. Quand on connaît ce qu’il a fait en Allemagne, ce n’est pas surprenant. Encore une fois il n’a sûrement pas eu le temps de tout mettre en place, la machine niçoise n’est pas encore assez huilée. Mais quand ça sera fait tout le monde pourra bien voir « la patte Favre » sur cette équipe qui, finalement, ressemble au Hertha Berlin ou à Mönchengladbach du fait qu’elle n’a pas énormément de moyens.

En attendant que tout s’organise correctement, on peut continuer à apprécier le jeu de l’OGC Nice qui ne cesse de tous nous ravir bien que ça ne fasse que commencer…