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Promu de 2. Bundesliga cette année, Leipzig est une équipe qui est vivement critiquée quant à sa place dans l’élite. Avec un investisseur tel que RedBull et une histoire pour le moins contrastée, beaucoup ne veulent pas les voir en Bundesliga, à l’image des supporters adverses, qui boycottent les rencontres opposant leur club de cœur à Leipzig.

Mais cet article n’est pas là pour parler de l’historique de ce club contrairement à l’article de Chloe que je vous conseille fortement.

Actuellement invaincus comme le Bayern Munich et Hoffenheim, les hommes d’Hasenhüttl réalisent un excellent début de saison, hissant même le club à la 2ème place du championnat. Ce n’est pas surprenant au vu de leur effectif de qualité et du jeu proposé, leur ayant même permis de gagner contre le Borussia Dortmund de Tuchel.

Comment cette jeune équipe peut-elle créer l’une des surprises de la saison ?

Le dispositif tactique

Avec un statut de promu, on pouvait s’attendre à un jeu un peu stéréotypé de la part du club de la région de la Saxe : bloc bas, présence de 3 défenseurs dans l’axe avec des latéraux bas et deux joueurs offensifs qui doivent se débrouiller. Au contraire !

composition-dequipe

Parlons premièrement du dispositif initial de cette équipe. Lorsque l’on regarde cette image (11 de départ contre le Werder Brême), on remarque que Hasenhüttl a choisi un dispositif clair et simple : le 4-4-2. Ce système favorise l’équilibre de l’équipe et permet d’avoir des transitions très rapides entre les phases défensives et les phases offensives. C’est un système qui n’est pas figé, qui est ouvert à tous les profils. On peut avoir la possibilité de jouer avec des attaquants rapides, des attaquants de soutien ou encore des attaquants d’espaces.

Dans ce cas précis, on remarque que Leipzig a des joueurs possédant une variété de profils : Poulsen a le profil d’attaquant de soutien pour les attaquants d’espaces que sont Forsberg, Kaiser (ou le fameux Sabitzer) et Werner. De plus, il est également capable de prendre la profondeur. Cette variété est essentielle pour perturber les défenses adverses, pour qu’elles ne soient pas fixées à une seule façon de défendre.

Les joueurs de côtés sont essentiels dans ce système de Leipzig : Kaiser et Forsberg apportent un soutien à Poulsen et Werner. Ce dernier est l’élément qui est le plus libre dans le jeu : dézonant très souvent, l’ancien joueur de Stuttgart permet aux excentrés de pouvoir occuper les espaces libres qu’il crée.

Concernant le double pivot, on reste dans un profil logique et simple. On voit Demme devant la défense en tant que récupérateur, un Keita en « box-to-box » qui a un volume de jeu assez important et un Hasenhüttl qui veut en profiter.

Enfin, le jeune coach autrichien ne reste pas fixé à 11 joueurs types. L’effectif qu’il possède à sa disposition lui permet de permuter avec des joueurs tels que le fameux Sabitzer, Ilsanker, Bürke ou Selke -qui était considéré comme le futur attaquant de la nationalmannschaft.

Les phases défensives :

Bloc haut :

On peut s’attendre à ce que cette équipe puisse jouer avec un bloc bas qui attend son adversaire et qui va profiter des transitions pour créer le déséquilibre chez la défense adverse.

Et bah non ! Le culot, le vrai, il vient aussi d’Allemagne :

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Lors des relances de l’équipe adverse, on voit qu’ils prennent des risques. Sur cette situation de jeu, on observe que Trasch se retrouve dans une situation délicate : toutes les solutions courtes sont prises par un joueur de Leipzig, ce qui va l’obliger à soit faire une passe comme Iniesta, soit jouer long de ligne. La seconde solution va être choisie mais la qualité ne va pas être au rendez-vous, ballon perdu.

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Lors du match contre Dortmund, l’idée est la même malgré la qualité de l’effectif en face. Mais une variante est mise en place.

La présence d’un joueur de qualité tel que Weigl les a poussés à faire un choix par rapport à leur pressing. Se doutant que le ballon allait être monopolisé par les Borussens, ils ont décidé de bloquer la plaque tournante de leur équipe, qui est la jeune pépite provenant de Munich.

pass-combinaison

Lorsque l’on observe les différentes combinaisons de Dortmund, les passes ont été généralement latérales car toutes les solutions de passes dans les interlignes ou avec les relayeurs n’étaient pas possibles. Les deux combinaisons les plus marquantes ont été réalisées par les deux défenseurs centraux, prouvant que le pressing du côté de Leipzig a été efficace.

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Voyant que le match n’allait pas être une partie de plaisir, Tuchel a alors choisi de faire décrocher Rode en tant que troisième défenseur pour permettre de libérer de l’espace à Weigl et créer un surnombre à la relance.

Hasenhüttl en avait décidé autrement. Comme on le voit sur l’image, toutes les relances courtes ont été fermées, provoquant des longs ballons dans la profondeur et dans le dos de la défense pour Aubameyang. Résultat des courses : victoire 1-0 de Leipzig.

C’est une équipe qui prend le risque de presser ses adversaires dès la récupération du ballon, pour les provoquer à la faute. Mais cette idéologie de presser l’adversaire demande un physique qui suit. Tournant à une moyenne de 12 kilomètres par match, c’est l’une des équipes qui court le plus en Allemagne, mais ils ne le font pas pour rien.

Le bloc bas :

Malgré un pressing intense, ce n’est pas le seul rideau auquel l’adversaire va faire face.

compact-et-mobile

Sur cette action, les 10 joueurs de champ se retrouvent dans un carré restreint. Ce regroupement va automatiquement causer des difficultés au bloc adverse en les empêchant de jouer dans des espaces réduits. Contrairement à une mauvaise généralité, on ne voit pas juste une partie de l’équipe qui s’occupe du porteur et des solutions autour de lui. Tout le monde est concerné de tous les côtés. C’est une équipe prête tactiquement.

bloc-compact

Pour les amoureux de la tactique, ce genre d’image est tout simplement magnifique. Quand tu es entraîneur et que tu vois que ton équipe est organisée de la sorte, tu dois être tellement fier.

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Sur cette image, le bloc compact et mobile provoque des effets positifs défensivement lors d’actions concédées.

Toutes les situations d’action seront positives pour Leipzig : les combinaisons axiales sont verrouillées par la supériorité numérique dans la surface et pour les centres, la même chose, on se retrouve avec un 3 contre 7 pour se disputer le ballon. Quoi qu’il arrive le ballon sera gagné par ces derniers.

Les phases défensives du RB Leipzig sont sérieuses dans les deux cas de figure, avec des ambitions de pressing haut lorsque le bloc équipe est haut mais aussi un bloc compact et mobile lorsque ce pressing a été franchi.

Mais dès la récupération du ballon, on remarque que les joueurs ne se débarrassent pas du ballon pour rien.

Les phases offensives :

Les relances :

Avec des idées défensives très fortes, les principes offensifs sont d’aussi bonne qualité. Surtout lorsque l’on voit les premières relances.

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La relance La Volpe se met en place avec le décrochage d’un récupérateur provoquant une supériorité numérique.

De plus le positionnement des latéraux plus haut permet de trouver des solutions sur les côtés : lorsqu’on les trouve, le bloc adverse se déplace et va provoquer des retards de déplacement permettant des ouvertures d’intervalles pour des passes cassant le bloc équipe. D’où le positionnement de Demme un peu plus haut faisant office de relais pour les passes entre les lignes.

Les deux joueurs qui partent de la position excentrée pour rentrer dans l’axe ont un rôle d’électron libre : ils créent les espaces pour les latéraux mais créent aussi une supériorité axiale dans le jeu.

Les transitions :

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Après la relance, et des milieux qui se projettent ou essayent de casser les lignes, les situations offensives sont le souci principal de l’équipe de Hasenhüttl.

Avec un trio d’attaque qui a l’autorisation de se déplacer librement avec un Poulsen en soutien, une seule phase se crée avec des transitions rapides et efficace. On ne voit pas assez de phases d’attaque placée avec un décalage qui se crée par une succession de passes, ni des ouvertures de lignes dans le bloc adverse.

Une représentation des actions de Leipzig se voit grâce à ce match :

https://www.youtube.com/watch?v=4LhSgMoISAw

Ayant une base défensive très forte avec des idées qui se développent sur les matchs et des transitions efficaces, cette équipe est très redoutable, que les adversaires soient forts ou non.

Parfois ressemblant à l’Atlético de Simeone ou au Leverkusen de Schmidt, le RB Leipzig a une marge de progression assez importante. Des joueurs de qualité à chaque poste, un jeune entraîneur qui va encore apprendre par les confrontations, un investisseur de grande qualité… On peut s’attendre à voir ce club comme l’un des cadors de la Bundesliga ainsi qu’un participant régulier aux coupes européennes dans les prochaines années. Pour voir ce qu’elle a dans le ventre, il faudra attendre, malgré la victoire contre Dortmund, le match contre le Bayern. Mais pour le moment, vous devriez vous intéresser à cette équipe avant que ça devienne une hype.