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Quand les petites putes de paparazzis piochent dans les poubelles des peoples pour publier leurs fientes, nous prenons de la hauteur pour vous servir de l’info de qualité sur un plateau doré. Vous ne le méritez certainement pas. Mais, quoiqu’il arrive, nous sommes comme ça. L’art du service avant tout. Plaisir d’offrir. Joie de recevoir.

En voilà une introduction alambiquée pour en venir au sujet qui nous intéresse aujourd’hui : Clément Grenier. Quand on vous dit qu’ici on prend de la hauteur, c’est pas du vice. Et comme nous ne sommes pas du genre à faire dans la légèreté, pour en savoir plus sur celui qui il n’y pas si longtemps était encore l’un des espoirs les plus prometteurs de Ligue 1, nous avons décidé de visiter… son grenier.

Un joueur méfiant

Mais cela n’a pas été simple. Il nous a fallu tenter notre chance à plusieurs reprises pour convaincre le joueur. Presque autant de fois que Cavani pour réussir à la mettre au fond.

« Bonjour Clément ! Je m’appelle Peyo, j’écris pour Ultimo Diez.

C’est bien pour toi, mais j’en ai rien à foutre…

Ah d’accord, alors, en fait, sous tes airs de gendre idéal, t’es un vrai connard. J’en étais sûr.

Franchement, tu me prends la tête à m’appeler deux fois par jour là. Je connais pas ton journal. Moi je parle qu’à L’Équipe et au Progrès.

Ben justement, c’est l’occasion de nous découvrir. J’ai un super sujet à te proposer en plus !

Bon, vas-y j’t’écoute mais fais vite, j’ai rendez-vous chez mon psy dans 5 minutes.

C’est simple : comme tu t’appelles Grenier, j’aimerais bien découvrir ton grenier. Ce sera l’occasion de parler de toi et de voir où t’en es de ta carrière. Mais de manière décalée, histoire de se démarquer de ces gros morts de journalistes.

Putain mec, mais c’est génial, ton idée ! Il s’appelle comment déjà ton canard ? Hasta La Vista ?

Non Ultimo Diez.

Désolé, j’parle pas le portugais

Ah ok. Ben on fait comment ?

Passe samedi soir, ça me donnera une bonne excuse pour pas aller me faire chier au Parc OL une fois de plus. »

Retard et béquilles

Le samedi suivant, nous sommes au rendez-vous. A l’heure pile. Politesse des rois oblige. Nous sonnons à l’adresse que nous a indiquée Clément Grenier mais personne ne nous ouvre. Quelques secondes plus tard, vibrations dans la poche du jogging du Milan AC. C’est Clément Grenier. Il nous demande de patienter et s’excuse car il aura quelques minutes de retard. Une heure et demie après, le voilà. Mais, surprise, il se déplace avec des béquilles.

« Désolé, j’ai eu un problème, explique-t-il. Je suis parti un peu tard de Tola-Vologe et j’ai voulu bombarder avec ma caisse pour arriver à l’heure à notre rendez-vous. Mais en débrayant pour doubler un camion sur l’autoroute, je me suis claqué le mollet. »

Les béquilles, c’est moins pratique pour monter au grenier. Mais avec un peu d’organisation, nous nous en sortons. Contrairement à ce que nous avions imaginé, l’endroit est vraiment bien rangé. Le sol est propre, les poutres impeccablement vernies et l’espace n’est pas saturé par la poussière comme c’est souvent le cas. On sent que Clément prend soin de son grenier.

« Ouais, j’suis obligé de le garder nickel parce que c’est là que je conserve mon dossier médical », annonce-t-il en montrant une étagère de 3 mètres sur 2 remplie de rapports de médecins, de comptes-rendus d’opération, de radios et de scanners.

Un peu plus loin, sur la gauche, nous apercevons un immense sac. Il est rempli de maillots, de shorts de foot et de crampons Kipsta. Clément Grenier fait d’abord mine de ne pas savoir de quoi il s’agit. Mais tout cela n’est pas crédible. Face à notre insistance, il nous avoue que tous ses sponsors l’ont délaissé depuis qu’il n’apparaît plus sous le maillot lyonnais. Pour ne pas se retrouver sur la paille, il a dû revoir ses exigences à la baisse. Il a signé avec la marque de Décathlon qu’il représente désormais chaque week-end sur les tournois de jeunes dans toute la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il fait des démonstrations de jongles et offre des équipements aux mini-footballeurs. C’est triste mais c’est toujours mieux que rien.

Mauvaises blagues

Nous poursuivons notre déambulation dans le grenier de Grenier. L’occasion pour Clément de se livrer : « J‘ai mal vécu l’inter-saison. Quand Jean-Michel (Aulas, Ndlr) a fait publiquement savoir qu’il voulait se débarrasser de moi, je suis tombé de haut. » Nous le coupons pour lui demander s’il s’est blessé à cette occasion. Mais c’est visiblement un sujet très sensible pour lui. La blague ne le fait absolument pas rire. Il se tourne pour essuyer une larme pensant que nous ne le remarquerons pas. Mais cela n’échappe évidemment pas à nos yeux experts. Et nous ne nous gênons d’ailleurs pas pour vous le relater ici. #Professionnalisme

« J’ai eu un coup de fil de mon agent pendant l’été, poursuit le joueur. Il m’annonçait que la Roma, le Torino et Nice s’intéressaient à moi. J’étais super heureux ! Mais en fait, quand je l’ai rappelé le lendemain matin pour lui expliquer que ma préférence allait vers la Roma, mon agent n’a rien compris. Il m’a dit qu’il ne m’avait jamais parlé de ça et je pense qu’à ce moment-là il s’est posé des questions sur ma santé mentale. En fait, j’ai compris après que j’avais été la victime d’une mauvaise blague du petit-fils d’Aulas. Il s’était fait passer pour mon agent et moi je suis tombé dans le piège…. » Même si c’est tentant, nous nous abstenons cette fois de lui poser la question-blague sur une éventuelle blessure.

Surtout qu’au même moment, Clément Grenier s’écroule. Il est pris de sanglots interminables qui se poursuivent sur un hoquet de spasmes qui l’empêchent de parler pendant de longues minutes. Quand il parvient à retrouver son calme, il nous montre l’objet de sa détresse : un carton d’environ 2 mètres de long, collé contre un mur du grenier. Un énorme tampon « Attention Fragile » orne chacune de ses faces et lorsque nous nous approchons, nous constatons qu’il contient une reproduction grandeur nature de Clément Grenier. « C’est Corentin Tolisso qui me l’a fait envoyer en début de saison pour se foutre de ma gueule, gémit Clément Grenier. Ce connard l’a pris en photo et l’a montré à toute l’équipe dans les vestiaires à l’entraînement. Plus personne ne me respecte à l’OL. C’est horrible… »

Pour tout vous dire, nous trouvons la plaisanterie de Tolisso hilarante. Et nous ne parvenons pas à masquer nos rires. Ce qui replonge Clément Grenier dans une profonde détresse. Il se remet à pleurer à chaudes larmes et va se coucher en position fœtale dans un coin du grenier.


C’est le moment que nous choisissons pour nous éclipser discrètement. Toute cette sensibilité, digne d’un rugbyman, nous met mal à l’aise.

 

Photo credits : Lequipe.Fr

 

Cette histoire n’est le fruit que notre imagination tordue, toute ressemblance avec une personne ayant eu une carrière de joueur professionnel est purement fortuite.