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En ce 11 novembre 2016, l’équipe de France retrouve son jardin préféré, son terrain de jeu, celui de ses plus grands fantasmes et de ses plus grands exploits. Presque trois ans après ce match fédérateur contre l’Ukraine, la France fait de nouveau face à son ambition devant des milliers de supporters. Pendant trois ans, l’histoire d’un groupe s’est écrite à l’encre du talent, à l’encre du renouveau. Pendant trois ans, cette équipe a surmonté tous les malheurs qui lui ont fait face. Et elle l’a fait avec brio, renouant des liens un temps perdus avec son public. Cette histoire, c’est la vôtre, c’est la nôtre, c’est l’histoire bleue.

Le 19 novembre 2013, la France se trouve dos au mur, dans l’obligation de réaliser une performance sans précédent pour faire passer l’orage qui stagne au-dessus d’elle tel l’épée de Damoclès. Défaite deux buts à zéro au match aller, la team de Didier Deschamps est attendue à Paris comme Valbuena au Vélodrome un soir de septembre 2015. Dans une marée si ce n’est un océan de drapeaux, le groupe fait son entrée dans son théâtre des rêves pour un match qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective. Et pour le plus grand bonheur de tout le pays, Mamad le Grand ne tardera pas à ouvrir son compteur buts d’une reprise de renard des surfaces sur un retour de frappe de Kaiser Franck. Quelques minutes plus tard, c’est le footballeur préféré de Rihanna, notre Benz national qui vient en rajouter une couche, bien qu’en position de hors-jeu. Alors peut-on critiquer le prétendu manque de patriotisme ou d’envie de ce joueur lorsqu’on le voit célébrer son but contre l’Ukraine ? Peut-on lui cracher dessus lorsqu’on le voit crier à pleins poumons et haranguer la foule du Stade de France ? Certainement pas car on aime le football, certainement pas car on aime sa nation de football. Revenue à hauteur, la France se lâche et finit par repasser devant. La qualification est là, le Brésil au bout du chemin.

Au pays du football, c’est une désillusion froide et sévère qui frappera nos petits bleus, éliminés en quarts de finale par des Allemands solides et froids de réalisme. La rigueur allemande sûrement. Des rêves sont alors brisés en plein vol, l’orgueil, lui, touché en plein cœur. L’image d’Antoine Griezmann, les yeux rougis, la tête basse dans le maillot, en est l’exemple le plus frappant mais aussi le plus concret. C’est à peu de choses près à cet instant précis que s’effectue une métamorphose interne de l’équipe, cette même métamorphose dont nous avions pu observer les prémices en cette soirée de novembre 2013. Des gosses sont alors devenus des hommes, des espoirs sont devenus des talents, des rêves sont devenus de réels objectifs.

Pendant presque deux années, cette équipe essaiera de se relever de cette défaite, enchaînant les matchs amicaux à la recherche de confiance et d’automatismes. Russie, Cameroun, Ecosse : deux victoires-fleuves et un match serré pour l’audience. Mais aussi et surtout des révélations et des confirmations. Une défense approximative, une attaque explosive capable de débloquer le moindre verrou (y compris celui d’Antonetti avec le LOSC contre Paris), et un Dimitri Payet des grands soirs de fête. La fête, voilà ce dont avait besoin notre pays dans un moment comme celui qu’il a traversé. La fête populaire, un moyen comme un autre de faire tomber les masques qui recouvraient les visages depuis quelques mois. Alors peu importe le nombre de buts encaissés tant que notre équipe en met toujours un de plus et ressort avec les trois points. Et peut-être bien peu importe les hommes, car beaucoup de héros de 2013 ne seront pas présents et n’inscriront pas une ligne de plus de l’histoire bleue.

Les premiers d’entre eux sont messieurs Benzema et Valbuena, écartés en raison du scandale qui a secoué la fédé et l’a obligée à réagir. Ce scandale vous le connaissez tous, il est donc inutile de le présenter à nouveau. Mais comment mettre de côté celui qui nous relança dans la course au mondial ? Sur le banc des absents, on retrouve aussi Mamadou Sakho, le sauveur inespéré, ou Franck Ribéry, pilier fondamental du succès. En défense, c’est une hécatombe : Sakho donc, mais aussi Varane, Zouma et consorts… Une équipe si différente de celle qui est arrivée jusqu’ici finalement.

C’est avec tout ça en tête que la France débute sa compétition, avec l’idée de viser haut malgré les obstacles. Comme le disait Oscar Wilde, « il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ». Le staff garde alors son objectif secret dans un coin pour le ressortir au moment voulu, et part au front. C’est dans cette optique que le 10 juin 2016, Dimitri Payet vient sauver la France d’un match piège tant la tension était palpable et à son paroxysme. Les yeux mouillés, il cède sa place et reçoit l’ovation du stade. Les deux derniers matchs de la phase de groupe seront tout aussi brouillons, et c’est avec davantage de doutes que de certitudes que le groupe préparera le match contre l’Irlande.
Un match au scénario dantesque, étant donné que les Français joueront à se faire peur pendant des dizaines de minutes qui paraîtront des heures. Comme souvent, le héros, si ce n’est le petit prince, porte le prénom d’Antoine et le numéro 7 des légendes.                                                       Les bleus sont à une marche du carré final, du carré V.I.P. Le match contre l’Islande ne sera pas une formalité car il n’y a plus de formalité à ce niveau-là, mais la facilité dégagée dans l’obtention du résultat nous poussera aux rêves les plus fous. Et si seize ans après l’histoire s’écrivait de nouveau ? Et si la France redevenait l’immense nation du sport roi qu’elle était il y a encore peu? Le peuple se rassemble enfin, une part d’âme à Marseille, l’autre devant l’écran.

Presque deux ans après, la France tient sa revanche. Dans un stade Vélodrome bouillant, Antoine Griezmann vient à bout de l’Allemagne presque à lui seul. Celui qui aurait pu perdre toute motivation au Brésil a donc su trouver les ressources nécessaires pour faire pencher la balance en sa faveur. D’un espoir du football, il passe à espoir de la France. Si la victoire doit passer par une personne, ce sera lui.
Malheureusement, l’épilogue ne se déroulera pas comme convenu, car il ne verra pas la France être sacrée à la maison. Non, comme un deuxième coup de poignard dans le dos, la France est battue par une équipe plus réaliste qu’elle. Encore une fois, elle devra se relever pour viser la Russie dans deux ans. « On ne perd jamais, on gagne ou on apprend »…

Au-delà du résultat final, c’est à coup sûr l’épopée, le voyage, qui resteront gravés. Tel une allégorie de notre pays, cette équipe se sera relevée pour marcher et sourire à nouveau. Elle nous aura donné du plaisir et offert des soirées de folie. Malgré un parcours sinueux, elle aura redoublé d’intelligence et de volonté pour réaliser son rêve. Pendant quatre semaines, elle était le jeu.

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