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Sortant d’une saison catastrophique, Chelsea s’est renouvelé cet été en prenant l’un des tacticiens les plus connus sur la planète football : Antonio Conte. Avec de plus l’arrivée de plusieurs joueurs (N’golo Kanté, Marcos Alonso, Michy Batshuayi), l’effectif est taillé pour revenir dans le top 4. Sans coupe d’Europe et éliminé de la League Cup contre West Ham (1-2), ils peuvent désormais se consacrer au championnat. Débutant la saison avec un 4-3-3, les Blues ont connu un début mitigé dans le contenu du jeu, malgré 3 victoires d’affilées. Après une correction à l’Emirates Stadium (3-0), l’entraîneur italien a décidé de changer de philosophie tactique. Et franchement, les adversaires n’ont qu’à bien se tenir.

L’équipe d’Antonio Conte est-elle un concurrent crédible pour le titre ?

Le dispositif tactique :

Anciennement connu pour être une équipe « mettant un bus devant ses buts » et jouant en contre-attaque, Chelsea revient d’une saison sans aucune certitude dans les différents compartiments du jeu. La défaite contre Arsenal a permis de reconstruire l’équipe, avec un dispositif tactique que l’ancien sélectionneur italien connaît très bien.

Le 11 de départ contre Southampton
Le 11 de départ contre Southampton

Parlons premièrement du dispositif initial de cette équipe. Lorsque l’on choisit un dispositif à trois défenseurs centraux derrière, on n’occupe pas toute la largeur du terrain. Or, quand le ballon est sur le côté droit par exemple, il y a la nécessité d’avoir une couverture côté gauche. D’ailleurs, on sait que les problèmes ou les succès d’une équipe sont souvent le fait du joueur qui se trouve à l’opposé du ballon plutôt que celui qui est à proximité du porteur. Il va, soit entraîner un déséquilibre, soit une solution supplémentaire. Voilà pourquoi la ligne de quatre au milieu s’avère obligatoire pour occuper la largeur du terrain dans le système à trois.

Avec les joueurs mis à disposition, Conte a une variété de joueurs permettant de s’adapter.  Alignant une défense Azpilicueta-Luiz-Cahill, les profils sont complémentaires : Cahill jouant le rôle de stoppeur, Luiz qui couvre les espaces créés par les sorties des deux DC excentrés. Concernant Azpilicueta, c’est l’une des trouvailles de l’italien. En le replaçant dans l’axe, on remarque que l’ancien joueur de l’Olympique de Marseille a tout pour être un top défenseur central : qualité de relance, vitesse, présent aux duels, volume de jeu conséquent. La seconde trouvaille se situe plus haut sur le terrain : Victor Moses. Placardé au rôle d’indésirable durant des années à Chelsea, l’international nigérian a profité de ce changement tactique pour se faire une place dans le 11 de départ. On connaît très bien le joueur offensif avec ses qualités de percussion et de vitesse mais on remettait en cause ses qualités défensives. Mais ce fut une bonne surprise : ayant un volume de jeu élevé et un physique l’aidant dans les duels, l’ancien joueur prêté à Stoke City et à Liverpool est très utile à ce poste dans les deux phases de jeu. Au centre du jeu, on retrouve un duo Matic-Kanté assez complémentaire. Le premier est un joueur qui se projette vers l’avant, créant le surnombre mais se replaçant très vite à son poste. Après une saison à oublier personnellement, l’ancien joueur de Benfica a retrouvé son volume de jeu et son activité sur le terrain lui permettant ainsi un retour à son meilleur niveau. Pour son coéquipier, le public français le connaît déjà. N’golo Kanté, l’une des révélations de la saison avec Leicester, a signé du côté de Chelsea pour apprendre avec Conte, ce qui est déjà le cas. Jouant dans un rôle plus reculé devant la défense, il étale toutes ses qualités tactiques : anticipation, volume de jeu (je le répète je sais mais c’est l’une des qualités les plus importantes dans ce système), intelligence de jeu, c’est l’un des meilleurs ratisseurs de la Premier League. La complémentarité des deux milieux de terrain crée un équilibre dans le jeu essentiel pour l’équipe. Ne voulant pas retirer cet équilibre, Conte a été obligé de laisser un joueur tel que Fabregas sur le banc et le poussant limite à la sortie. Dans le côté gauche, un joueur type pour ce système est arrivé cet été de la Fiorentina : Marcos Alonso. Qualité technique et intelligence de placement sont ses principales forces, ce qui lui permet d’être déjà indispensable dans ce dispositif. Enfin, devant on se retrouve avec un trio HCP : Hazard-Costa-Pedro. C’est une ligne d’attaque qui associe plusieurs profils pouvant créer une meilleure alchimie. D’un côté, on a le génie et la folie retrouvée de l’international belge, qui ont fait de lui l’un des joueurs les plus forts à son poste. Au centre, on retrouve l’ancien joueur de l’Atlético Madrid dans ses meilleures conditions physiques, pouvant étaler toutes ses qualités. Et de l’autre côté, on a l’ancien joker du Barça qui prend la place de Willian (pour le moment), grâce à son volume de jeu utile dans le pressing et sa simplicité dans le jeu.

Les phases défensives

Cette équipe s’adapte par rapport aux adversaires : lors de la rencontre face à Southampton (0-2), elle se place à bloc médian pour cadrer les joueurs et le bloc adversaire en empêchant toutes les situations de place.

relance

Analysons cette première image. Lors d’une relance de Southampton, on remarque que le bloc de Chelsea est bien en place avec la ligne de 4 milieux que l’on voit distinctement. Le comportement de Diego Costa sur cette image démontre que la philosophie est claire : l’équipe ne va pas chercher à démarrer un pressing pour empêcher Romeu de relancer tranquillement. On pourrait se dire que l’idée est simple, mais ce bloc d’équipe se comporte très bien et crée une énorme difficulté à l’adversaire.

Observons maintenant le comportement de Matic :

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L’international serbe enclenche un pressing qui va créer un décalage sur la ligne du milieu. Le coulissage va se créer par l’occupation de l’espace amenée par Kanté, ainsi que la sortie de David Luiz qui va empêcher Redmond de se retourner vers le but.

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La passe va être réalisée sur le temps de réalisation du coulissage mais le ballon va être directement perdu, dès que les deux mouvements précédemment cités vont être réalisés. On peut donc en interpréter que le double pivot a trouvé les automatismes adéquats permettant de bloquer les espaces libres que l’un ou l’autre crée.

Mais le positionnement du bloc et les conséquences changent lors du match contre Everton (5-0)

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Ayant une qualité moindre que Southampton en termes de relance, les Blues décident de chercher les joueurs de Koeman assez haut, pour les provoquer à faire une erreur et perdre le ballon directement. Dans cette situation, on remarque que toutes les solutions de relance courte sont bloquées par la sortie des joueurs de Chelsea, obligeant Williams à jouer avec son gardien.

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Résultat du pressing de Chelsea : jeu long de Stekelenburg qui va provoquer une perte du ballon dans un duel dans les airs. Concernant le bloc bas, on remarque que le surnombre axial du système est bénéfique sur les phases d’attaque concédées ou de centre comme lors du match contre Leicester (3-0)

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Le repli défensif de Matic et le repositionnement dans l’axe d’Alonso, suite à la course de Mahrez, provoquent ce surnombre axial sur le centre. Lors de ces situations, le club est toujours en supériorité et permet d’avoir une plus grande chance de gagner le duel aérien. De plus, la présence de Kanté à l’extérieur de la surface permet de créer une présence même dans les seconds ballons.

Les phases offensives :

Deuxième attaque du championnat (26 buts) derrière Liverpool (30 buts), Chelsea est devenue l’équipe qui utilise dans les meilleurs conditions ses armes offensives, alors qu’ils étaient bridés durant des années.

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Grâce à cette défense à 3 défenseurs centraux (et un Luiz en maestro), les effets offensifs se font ressentir dès la relance de Chelsea. Sur cette image, on voit que le surnombre est créé avec un 2 contre 3 permettant de trouver un décalage assez rapidement. De plus, on remarque que la présence de ces trois défenseurs permet aux deux milieux devant la défense de ne pas décrocher et de créer une présence devant eux. Plusieurs solutions sont possibles du coup : le porteur du ballon peut attaquer l’espace libre créé par le décalage, jouer dans l’axe avec la présence de Matic, ou jouer dans l’intervalle avec le décrochage d’Hazard. Et si le décalage des deux milieux axiaux se crée, une ligne de passe apparaît pour trouver Diego Costa dans l’axe.

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Suite à cette relance, le positionnement offensif de Chelsea est très simple mais efficace.

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Sur cette image, on remarque la position générale d’une attaque placée type pour les Blues avec quelques variantes. Dans un premier temps, on observe une liberté des pistons sur les côtés. Cette liberté se crée par le dézonage des ailiers leur permettant d’avoir un duel en un contre un pour pouvoir centrer. Dans l’axe, le trio a une liberté au niveau des déplacements avec un Costa capable de décrocher pour créer des espaces dans le dos, Pedro qui provoque des appels dans la profondeur. De plus, Hazard a la possibilité de se déplacer partout sur le front de l’attaque, le libérant de son côté gauche qui lui a été fixé durant des années. Concernant les deux milieux axiaux, on remarque que leur positionnement est plus haut, ce qui permet d’être à la fois une solution pour une passe décisive ou de projection sur les centres.

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En plus d’être un système permettant d’avoir une très grosse solidité défensive sur les actions concédées, il permet de créer aussi un surnombre dans la surface adverse comme on le voit sur cette image. Alonso qui vient d’une position excentrée se retrouve devant le gardien adverse. De plus, comme dit précédemment, on voit que Matic se retrouve lui aussi dans la surface grâce à sa projection.

Tout n’est quand même pas parfait

Cet enchaînement de matchs positifs dans le jeu et dans le résultat permet à Conte de se projeter plus loin cependant plusieurs aspects restent à retravailler.

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Sur cette séquence, on voit la conséquence d’un mauvais pressing de la part des excentrés. Sortant lors du premier pressing, Pedro se retrouve hors de sa zone, provoquant la sortie de Moses sur le joueur porteur de balle. En plus de cela, on remarque un déséquilibre numérique sur le côté gauche qui est un résultat de manque de concentration du numéro 10 des Blues.

passivite

De plus, on aperçoit que les joueurs restent parfois dans leur zone d’inconfort créée ses dernières années par la passivité défensive. Les joueurs ne sont pas attentifs sur certaines situations de jeu amenant des opportunités aux équipes adverses. Pedro n’est pas réactif au décalage provoqué par la passe d’Herrera, et reste de plus fixé sur ses appuis. Le positionnement initial dans ce genre de situation est de resserrer dans l’axe pour combler l’espace créé par le pressing de Kanté. On voit aussi que Hazard est en retard sur la passe qui était pourtant claire, ce qui va permettre à Valencia d’attaquer l’espace libre. De plus, ce retard sur le replacement va engendrer un retard sur le coulissage de Matic. Effet boule de neige.

L’effet du décalage se crée par le positionnement de la ligne défensive et des milieux : buste tourné vers le porteur de balle alors qu’ils courent vers leur propre but. Le décalage a été trouvé par les joueurs de Manchester alors que celui des Blues était bon avant cette passivité. Ce sont les effets négatifs qui ressortent des précédentes années.

Mais ce sont des aspects qui se créent avec la répétition des matchs et les automatismes qui, eux, seront encore plus marqués.

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Tableau de statistiques depuis l’introduction du 343
Tableau de statistique avant l'introduction du 343
Tableau de statistiques avant l’introduction du 343

Avec 5 matchs dans ce dispositif depuis la défaite contre Arsenal, Chelsea sort de ce « rush » avec 5 victoires, 16 buts marqués et 0 buts encaissés. Lorsque l’on compare avec les 6 précédentes rencontres, on remarque qu’il y a des améliorations sur tous les compartiments du jeu avec moins de matchs joués.  C’est une base solide pour la suite de la saison avec des satisfactions telles que Azpilicueta et Moses, qui ont été repositionnés. Chelsea met sa marque sur cette saison par une solidité et un sérieux, lui permettant de gagner avec la manière, contre des adversaires à l’image de Southampton, United ou encore Everton. Accompagné d’un groupe de qualité et avec d’éventuelles arrivées durant le mercato hivernal, le club d’Abrahamovic sera à prendre au sérieux jusqu’à la fin de la saison.

Mais pour marquer les esprits maintenant, le match qu’il faut gagner sera celui du 3 décembre à 13 : 30 contre Manchester City. Affaire à suivre.