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« Ô ville lumière, sens la chaleur de notre cœur, vois-tu notre ferveur quand nous marchons près de toi dans cette quête? Chasser l’ennemi, enfin pour que nos couleurs brillent encore… ». Le 13 novembre 2016, les ultras du PSG se rassemblent devant le Bataclan, accompagnés de banderoles « Fluctuat Nec Mergitur » afin de rendre hommage aux personnes disparues il y a à peine un an en ces mêmes lieux. A travers ce symbole, nous voyons de réelles âmes humaines, même si beaucoup aiment parfois dire le contraire de ces Hommes. Tout comme la ville de Paris qu’ils chérissent tant, ces ultras auront été battus par les flots, mais n’auront pas sombré. Comme le Phœnix, ils auront réussi à renaître de leurs cendres. Car de cette ville et de ce club, ils étaient le passé et seront le futur. Rencontre avec l’un des responsables de ce mouvement, le Collectif Ultras Paris.

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre projet, des objectifs à la gestion ?

Le projet, c’est de faire revivre une culture populaire dans les tribunes du PSG. Notre modèle est d’intégrer tout le monde, que ce soit les supporters dits « lambda » qui sont pas forcément dans tout ce qui est participation active à l’animation de la tribune, les familles, aussi bien que ceux qui sont plus considérés comme actifs en tribunes, des ultras, des supporters indépendants. Enfin voilà, essayer de fédérer un maximum de personnes autour de cette idée d’animer les tribunes du Parc.

Que représente pour vous le plan Leproux, étant donné que vous provenez en grande partie des tribunes Boulogne et Auteuil ?

Le plan Leproux…(réfléchit) Alors le plan Leproux, c’est un peu ce qui a matérialisé les six années de galère qu’on a connues en fait. C’est une phase qui était censée être transitoire, avec des mesures mises en place dans les tribunes. Puis on s’est rapidement rendu compte que c’était plus un prétexte utilisé pour revendre le club sans forces d’opposition en tribunes, un peu comme si on retirait les syndicats d’une entreprise. C’est plus simple pour commercialiser, changer le logo, tout ça. Le plan Leproux a été considéré comme ce qu’on a combattu.

Que s’est-il passé exactement avant le match contre Bordeaux avec l’histoire des interdictions de stade, sachant qu’on n’en a pas su beaucoup, ça a été un peu étouffé par les médias ? Qu’est-ce que le club a voulu mettre en place à ce moment-là ?

En fait ce qui se passe c’est que le club s’est engagé avec la préfecture pour un retour progressif des ultras en tribunes. Le truc c’est que du coup, dans la chaîne de communication on va dire, il y a toujours des gens qui ne sont pas à 100% pour le retour des Ultras, donc dès qu’il peut y avoir un petit caillou de mis dans la mécanique…
C’est pas encore totalement fait. Là pour Bordeaux c’était notre premier match, et encore ça concernait une quinzaine de personnes donc les quinze leaders. Il y en a cinq qui ont été bloqués, c’est à dire cinq à qui la préfecture n’a pas accepté de vendre des places. Ce qui est le plus marrant, c’est que ces personnes-là avaient réussi à acheter des places par elles-mêmes directement auprès de la billetterie du club sans passer par la liste qu’on avait fournie. On nous a fait comprendre que c’était des problèmes d’ajustements liés à l’accélération des choses qui font que tout ne peut pas être carré tout de suite, et que en ce moment on est plus à essayer de faire dans l’urgence car tout va assez vite depuis l’aval de la préfecture. Mais depuis les choses s’arrangent match après match.

De nombreux joueurs, ainsi que le président et l’entraîneur (qui était assez proche de ses supporters lorsqu’il était encore à Séville) sont de votre côté. Est- ce que cela a permis de crédibiliser votre projet auprès des supporters et de ceux qui ne sont pas totalement pour votre retour ?

Forcément, d’avoir des appuis au sein du club, surtout les plus visibles, on gagne en côte de sympathie vis-à-vis de l’opinion publique, des médias. Ces gens-là quand ils expriment le souhait d’avoir de l’animation en tribunes, qu’ils puissent jouer dans un stade avec une certaine ferveur forcément… Je pense que de toute façon cela n’aurait pas pu non plus se faire si nous n’avions pas eu tous ces soutiens.

Comment vous pourriez décrire votre relation avec Nasser justement ?

Nasser on le voit pas, il n’y a pas grand monde qui le voit… On connaît son opinion par rapport à ce qu’on peut lire dans la presse pendant les interviews. Par exemple à Bâle quand il a fait son interview devant la tribune visiteurs quand il a remercié les supporters d’être venus, en gros qu’il a dit que c’était les joueurs numéro un. Ça va dans le sens de tout ce qui se passe actuellement, on sait qu’on a son appui.

Justement en parlant de Bâle et de la Ligue des Champions, est-ce que le graal européen passe forcément par un PSG accompagné de ses ultras ? Parce qu’on voit que depuis quelques saisons Paris essaie de toucher la LDC sans une ambiance de folie dans le stade. Est-ce que cet apport peut leur permettre de passer un cap ?

Ça peut-être un peu prétentieux parce que dans les exemples récents on a des clubs qui ont gagné la Ligue des Champions sans avoir un public fervent derrière à les pousser. Mais en tout cas, que ce soit la Ligue des Champions ou des titres nationaux, pour la grandeur du club le fait de les gagner avec ses plus fidèles supporters c’est plus marquant, aussi bien pour le club que pour les gens, les supporters, les médias. Créer une communion dans le succès, bien sûr en Ligue des Champions, mais même que ce soit une finale de coupe ou un titre de champion c’est forcément mieux.

Pour vous, quelle est la définition d’un réel ultra ? Parce qu’avec l’Euro 2016 et tout ce qui s’est passé autour, beaucoup font l’amalgame entre ultra et hooligan…

Justement, je trouve que depuis l’Euro les gens ont réussi à faire la distinction entre ultra et hooligan plus que ces dernières années. Enfin je trouve personnellement. Parce que ça a été filmé, parce que c’était lors d’un événement national, c’est passé en direct sur BFM toute l’après-midi, donc les gens ont bien pu voir ce qu’était un hooligan. Un ultra c’est quelqu’un qui va par définition être derrière son équipe au maximum. Dans l’implication, dans le soutien vocal et le soutien visuel en tribunes. Tout ce qui est vie associative à côté : ça va être l’organisation de permanences pour peindre des bâches, des tifos. Une vraie implication en tribunes mais aussi en dehors.

La préfecture a indiqué qu’au moindre débordement, l’accès au stade serait prohibé. Cela signifie donc qu’il n’y aura pas de fumigènes, pas de banderoles, juste des chants à l’intérieur du stade ?

Ça on n’en sait rien, il n’y a pas de contrat, de dossier fait clairement, tout le monde y travaille. On comprend bien que c’est des mesures visant à rassurer les gens parce que ça a été fait un peu au dernier moment avec l’appui du président. Donc on se doute bien qu’on va pas retrouver les tribunes d’il y a dix ans. Sous quelles conditions, ça ça reste encore à voir avec le club. En attendant on a juste fait trois, quatre matchs au Parc donc on n’en est pas encore là.

Il y a quelques mois, le rappeur Jazzy Bazz a réalisé sa chanson « Ultra Parisien » qui vous a peut-être aidée dans votre médiatisation. Est-ce que comme lui, vous avez une préférence pour le PSG avant-QSI, ou vous portez aussi dans votre cœur cette équipe construite à coups de dollars ?

C’est une relation, un public avec son équipe. Là ça redevient nouveau pour pas mal de personnes, même pour les joueurs. Je pense que c’est au fur et à mesure que ça viendra. On peut pas avoir comme ça juste en retournant en tribunes l’amour qu’on pouvait avoir pour une équipe qui nous a fait vivre des campagnes européennes. Nous c’est encore trop tôt pour qu’on puisse s’identifier à cette équipe. C’est nouveau mais ça ne nous empêche pas d’apprendre à voir comment réagissent les joueurs à la fin du match. Par exemple à Bâle il y en a deux qui ont donné leur maillot, à Monaco pareil quand on était allé au mois d’août. Et puis les messages de soutien aussi, ça participe au fait de créer une relation entre les joueurs et leurs supporters et après voilà c’est en bonne voie, il n’y a pas de raisons que l’osmose ne se fasse pas.

J’ai entendu dire que vous alliez aider les migrants le lundi soir sur Paris, en quoi ça consiste exactement ? On vous a aussi vus à la Danone Cup ou à Chartres, est-ce que cela fait partie d’un ensemble d’actions prévues ? Si oui, d’autres sont-elles à l’ordre du jour ?

Il y a une partie action sociale, avec des personnes qui s’occupent de ça, des collègues, des maraudes. Ça c’est destiné de toute façon à perdurer. On a aussi fait des actions contre la mucoviscidose (Les Virades de l’espoir) où on avait un stand pour récolter des fonds.
Après tout ce qui est actions pour les jeunes, ou la CFA à Chartres, ça c’est des actions qu’on a eu l’habitude de faire pendant des années vu qu’on était indésirables au stade. C’est des équipes qu’on a eu l’habitude d’encourager et c’est quelque chose qu’on trouve normal. On soutient avant tout l’équipe première, mais aussi toutes les équipes du Paris-Saint Germain.

Avant de clôturer, une question qui n’a plus tellement de rapport avec le mouvement ultra mais surtout avec le nom du site, Ultimodiez, qui rend hommage au dernier grand numéro dix à l’ancienne qui a évolué sur les terrains : Riquelme. Pour vous, qui est l’Ultimodiez du PSG ?

C’est Raï ! Avec la classe, le buste haut, la vista, l’élégance, la gestuelle… C’est Raï.

Pour finir, je vous laisse carte blanche si vous avez un quelconque message à faire passer par rapport au mouvement…

Nous on se félicite que par le biais de ce qui s’est passé avec le Collectif Ultra Paris, d’une façon générale et après l’Euro, on ait les gens qui s’intéressent un peu à ce qu’est ce mouvement, et que surtout la lumière soit faite, pour une fois j’ai envie de dire, sur les bons côtés et pas que sur les mauvais.

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