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On se retrouve aujourd’hui pour la seconde partie de notre dossier consacré au Manchester United de José Mourinho. Pour rappel, la première partie est ici.

Une équipe doit être capable d’avoir une variété dans son jeu avec une solidité durant les phases défensives mais aussi d’être créative et efficace durant les phases offensives (le plus possible).

Lorsque l’on arrive à avoir cette base défensive forte, on peut se permettre de plus penser aux attaques que l’on veut mettre en place.

Prenons l’exemple de l’Atlético. Il s’agit d’une équipe qui s’est constamment améliorée car son jeu offensif est en perpétuelle évolution. On passe d’une équipe qui avait une force offensive restreinte avec des phases de transition fortes mais incapable de poser le jeu, à une équipe capable d’être performante en phase d’attaque placée et toujours en phase de transition.

Du côté d’Old Trafford, Mourinho essaie de mettre en place cette même idée.

Les phases offensives :

Si on regarde le dispositif initial de Manchester United, il y a beaucoup de possibilités à imaginer d’un point de vue offensif : l’utilisation de la vitesse par les ailes avec Martial/Lingard, la création d’espaces pour Valencia par le dézonage de Mata, les projections de Pogba et Herrera…

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L’entraîneur portugais a donc un choix qu’il peut adapter aux différentes équipes qu’il affronte. Mais on remarque au fur et à mesure des matchs avec cette équipe, que les joueurs ont un travail spécifique à respecter.

D’un point de vue défensif, on a l’apport des deux centraux qui doivent être les joueurs qui couvrent les espaces laissés par la montée des latéraux. Le profil de Smalling et de Bailly leur permet d’être présents dans les duels et de pouvoir anticiper les trajectoires de balles.

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Lorsque l’on observe cette situation, le placement est plus visible. Suite à une touche manquée de Valencia, les joueurs de Leicester se retrouvent en phase de transition où ils essaient de jouer le plus verticalement possible. On remarque que le placement de Bailly permet de couvrir l’espace laissé par l’Equatorien en occupant plus la largeur. Grâce à ce décalage, automatiquement les deux autres coéquipiers du back four coulissent de leurs espaces respectifs pour combler l’espace créé par Valencia. Lorsque l’on est adepte ou pratiquant de football, c’est un placement plus que logique mais qu’il est toujours bon de rappeler… comme pour Marc Bartra. Enfin bref.

Offensivement, ces deux joueurs n’apportent aucun surnombre dans le camp adverse, laissant la sentinelle, qui se trouve devant eux, faire le jeu. Dans la majorité du temps bien sûr car lors d’initiatives individuelles on peut voir Éric Bailly effectuer des montées balle au pied vers l’avant ou être à l’origine des premières relances. Sur les côtés, le rôle des latéraux est différent. Pour ce qui est d’Antonio Valencia, le tacticien portugais lui demande d’avoir un vrai profil de piston : l’ancien joueur de Wigan doit être présent défensivement que ce soit dans les duels ou dans le placement mais aussi dans les phases offensives où il peut montrer ses qualités de centre et de rapidité. Concernant le côté gauche, le profil est plus technique avec l’international néerlandais qu’est Daley Blind. Après avoir commencé dans l’axe durant le début de saison, José Mourinho a décidé de le replacer en tant que défenseur gauche, ce qui permet d’avoir une qualité de passes ainsi que des centres d’excellente qualité en plus d’être sur le placement.

valencia

Le placement de Valencia est assez haut comme nous le résume cette image. Il profite des dézonages de l’ailier pour occuper cet espace et pouvoir mettre en avant ses qualités qui ont fait de lui un ailier durant des années : vitesse, percussion, centre. Son volume de jeu l’aide aussi à pouvoir faire des allers-retours en attaque et en défense.

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Pour Blind, son placement est bien différent. Généralement associé à un Martial ou un Rashford, l’ancien joueur de l’Ajax a un placement médian par rapport au bloc équipe. Il permet ainsi deux choses : d’être un joueur occupant une zone excentrée ce qui oblige le bloc adverse à être étiré lors de ses phases défensives mais aussi d’être une solution de relance. L’ancien milieu de terrain a gardé sa qualité de passes, comme dit précédemment, qui est toujours utilisée lors des phases de construction.

blind

Mais dès que l’ailier dézone, on peut voir qu’il n’hésite pas à monter d’un cran sur le terrain pour être une solution vers l’avant et garder cette position d’homme à surveiller pour le bloc adverse.

Au cœur du jeu, la jeunesse est contrôlée par l’une des sentinelles les plus expérimentées dans le football européen actuel. Michael Carrick a débuté la saison sur le banc pensant qu’il allait jouer le rôle de mentor dans le vestiaire en ne disputant que quelques matchs ou très peu de minutes. Mais le tacticien a décidé de mettre l’ancien joueur de Tottenham durant le match de Coupe de la Ligue contre Manchester City. Et il a montré qu’il n’était pas fini. Quand on compare les différentes performances de ce dernier avec celles de Fellaini en début de saison, on n’oublie pas que le poste de milieu récupérateur seul devant la défense est l’un des postes les plus durs. L’Anglais âgé de 35 ans permet aux différents joueurs offensifs de ne pas s’occuper de la relance : il remet en avant sa qualité de passes,  et ses longs ballons que ce soit avec le pied droit ou le pied gauche.

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Lorsque Mourinho se cherchait encore tactiquement, on pouvait voir des phases de ce type lors des relances : un double pivot Pogba-Herrera qui se retrouvait devant la défense centrale. C’est un problème dans le sens où les zones médianes dans le bloc adverse ne sont pas occupées ce qui lui permet de seulement cadrer au cœur du jeu voire d’avancer le bloc.

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Depuis l’entrée de Carrick dans le 11 de départ, on voit clairement que la relance est entre ses mains. Son positionnement juste devant les deux défenseurs centraux permet à Herrera et Pogba de jouer plus haut sur le terrain. Ils vont gêner le placement du bloc adverse et vont permettre à la sentinelle d’avoir des solutions de passes vers l’avant et dans les intervalles.

En parlant du duo Herrera-Pogba, on peut dire que c’est la base du jeu de Manchester United. L’association des deux est complémentaire grâce à leurs profils qui apportent des différences aux Reds Devils. Parlons en premier de l’ancien joueur de Marcelo Bielsa.

L’international espagnol est un joueur qui a un volume de jeu pour attaquer et défendre, un joueur box-to-box comme les British aiment. Avec une très bonne qualité technique, il peut être présent lors de la première relance tout comme devant la surface adverse pour délivrer des passes clés. En plus, il a le profil de pitbull qu’aime Mourinho : présent dans les duels, il aime aller au contact et met en évidence la grinta qui aide parfois l’équipe sur des situations compliquées.

A côté de lui se trouve notre Paul « La Pioche » Pogba. Le nouveau joueur le plus cher de l’histoire est mis dans les meilleures conditions pour ne pas connaître de la pression dans son jeu. On connaît tous son niveau et ses qualités et le Portugais les connaît encore mieux : il lui demande d’être présent offensivement pour créer la différence par une passe ou une frappe.

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Comme on peut le voir ici, Pogba est présent là où on lui demande. Pas besoin de courir partout, et au final ça a été niquel : il met une reprise de volée en pleine lucarne. Les gens lui demandent d’être au niveau de Messi car il a été transféré pour 120M€ mais ce n’est pas ce qu’il est capable de faire.

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Voici la heat map (les zones d’activité sur le terrain) de Paul Pogba lors de son retour contre Southampton. L’international français respecte son positionnement sur le terrain, avec un apport offensif et défensif dans les zones qui lui sont demandées. C’est un joueur, lorsqu’il épure son jeu, qui est l’un des meilleurs à son poste avec un potentiel « ballon d’or ». On lui demande de faire les différences dans le jeu et non de marquer 91 buts en une saison et de mettre 53 passes décisives. Qu’il fasse ce qu’il sait faire. Et Mourinho l’aide grâce à son placement sur le terrain.

En ce qui concerne les ailiers, c’est surtout un dézonage qui est demandé à Mata. Le meneur de jeu espagnol doit constamment sortir de sa zone d’ailier pour différentes choses : créer l’espace pour Valencia et créer le surnombre dans l’axe avec Pogba surtout. Concernant l’ailier gauche, le travail demandé est surtout d’occuper cette largeur pour étendre le bloc adverse et utiliser la qualité première : la vitesse. On voit que dès que le joueur excentré se retrouve dans de bonnes conditions, on ne lui demande pas de faire ressortir le ballon pour construire proprement, il faut qu’il percute son adversaire direct pour trouver la solution la plus rapidement possible.

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Illustration des propos en image. Mata dézone de son côté pour entrer dans l’axe et occuper ce rôle de meneur de jeu pendant que Martial se trouve encore près de la ligne dans son rôle d’ailier. On voit aussi que le dézonage de Mata a libéré un espace important sur le côté qui sera plus tard occupé par Valencia comme ça a été expliqué précédemment.

Concernant la pointe qu’est Ibrahimovic on se retrouve avec un joueur qui a une liberté par rapport à son placement. Depuis son passage au PSG, il aime décrocher et être à l’organisation du jeu en plus d’être présent dans la surface. Arrivée dans les valises de Mourinho, la star suédoise apporte son expérience et sa vision du jeu à un poste où le club connaissait un souci de qualité malgré l’éclosion de Rashford la saison dernière.

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Comme on peut le voir sur cette photo, le décrochage d’Ibrahimovic va permettre la projection des joueurs sur les côtés (Rashford sur cette situation). Mais on peut remarquer que les espaces laissés par le grand gaillard vont aussi être occupés par l’ailier opposé qui va avoir ce rôle d’attaquant intérieur qui profite de cette liberté de l’ancienne star de l’Inter. Mais ses décrochages sont parfois trop marqués ce qui peut créer une difficulté dans le jeu.

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Les mauvais réflexes pris du côté de la capitale sont encore présents comme sur cette image. Le milieu de terrain de United est en place et la relance est en train d’être construite. Le bloc adverse est en place en bloc médian tourné vers l’homme d’où la prise du milieu de United. Dans cette situation, son décrochage aurait servi si le bloc adverse avait été haut et que les ailiers côté Manchester avaient pris les espaces crées. Là, on se retrouve dans une situation où le bloc n’est pas déséquilibré et il ne permet pas d’avoir une solution plus haut sur le terrain grâce à sa taille sur de long ballons.

Il a tendance à ralentir le jeu ce qui lui vaut toutes les critiques que l’on peut voir un peu partout. La Ligue 1, ce n’est pas la Premier League. Tu ne marcheras pas dessus comme tu l’as fait en France. Attention à ne pas se retrouver dans une situation Rooney 2.0 pour Mourinho.

La gestion des joueurs

L’ancien entraîneur de l’Inter arrive avec 4 joueurs dans ses bagages. ¾ sont actuellement des piliers de son équipe : Pogba, Bailly et Ibrahimovic. Concernant Henrikh Mkhitaryan, il y a un souci. L’ancien joueur du Borussia Dortmund arrive du côté d’Old Trafford à la demande de Mourinho qui est allé le superviser plusieurs fois en personne la saison dernière. Il effectue une pré-saison mais on voit qu’il n’est pas dans les plans durant le début de saison. Il commence les matchs sur le banc. Il a finalement une chance contre… Manchester City. Ou comment mettre un joueur dans le trou quand on voit la différence de niveau qu’il y avait entre les deux équipes.

Placardé depuis ce match et blessé, le joueur arménien revient petit à petit et montre sur les réseaux sociaux sa motivation. Mais Mourinho trouve une excuse concernant les différentes absences de Mkhitaryan. Pour lui, le joueur a besoin d’adaptation comme un Willian lors de son arrivée à Chelsea. Je tiens à dire à ce monsieur que Henrikh était le meilleur joueur de la Bundesliga 2015-2016 avec un « double-double » en termes de statistique (51 matchs, 23 buts, 32 passes décisives) et qu’en Europa League, il a toujours répondu présent. Mais on va me dire que la cadence infernale du côté de la Grande Bretagne n’est pas la même qu’en Allemagne. Pep Guardiola en a parlé lors de ses premières interviews

https://twitter.com/NumberNineNas/status/787949928886706176 

L’Arménien est un cas particulier car c’est un joueur voulu par Mourinho mais qui ne rentre pas dans ses plans. Mais le Portugais n’a pas hésité non plus à mettre des gens hors de l’effectif comme Bastian Schweinsteiger. Ce sont des choix forts mais sont contestés et surtout incompris par certains supporters.

Ce sont des joueurs qui peuvent amener du positif à l’équipe que ce soit dans le vestiaire ou dans le jeu. C’est le choix d’un coach et les joueurs gardent une mentalité de professionnel : ils ne répondent pas par la provocation mais restent humble.

Ensuite il y a le cas Rooney, qui a fait débat lors du début de saison. L’international anglais était l’un des joueurs essentiels du système Mou avant qu’il ne soit sur le banc. Mais comme il enchaînait les mauvaises performances, l’ancien entraîneur de Porto a décidé de le mettre sur le banc et on parle dans les médias d’un possible départ durant le mercato d’hiver ou d’été. Ce serait un choix fort pour l’un des emblèmes du United de Ferguson surtout vu son statut. Il n’hésite pas à être franc dans ses décisions si un joueur fait seulement une seule mauvaise prestation (Lingard contre City, Blind contre Chelsea, Shaw contre Watford).

D’un point de vue moindre, on peut aussi parler du cas Rashford. La révélation de la saison dernière enchaîne les matchs de championnat en alternant le bon et le moins bon. Le jeune international anglais engrange de l’expérience mais peut être très vite fatigué par ce rythme que lui impose le Portugais.

Ce ne sont que des remarques sur une gestion qui pourrait être mieux effectuée et qui aiderait le jeu de Manchester United.

Mourinho a décidé de venir du côté de Manchester pour réaliser l’un des plus gros défis de sa carrière : être le successeur officiel de Sir Alex Ferguson. Le plus grand club d’Angleterre attendait ce moment depuis assez longtemps mais comme dans chaque top club, la patience est très vite perdue. Il faut des résultats avec du contenu et vite.

Photo credits : eurosport.com