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Depuis le début de la saison, le Bayern Munich est entraîné par Carlo Ancelotti, successeur de Pep Guardiola parti à Manchester City, et auteur d’un bilan assez impressionnant digne du Rekordmeister. Enfin même s’il manque une Ligue des champions à ce palmarès dirons-nous. Pour le club bavarois, l’intersaison a été calme. Après avoir acheté Mats Hummels et Renato Sanches, rien d’autre ne s’est passé. Peut-être un peu trop calme d’ailleurs. Mais aujourd’hui, à cet instant précis, plus rien ne semble calme du côté de la Säbener Strass et le FC Hollywood a fait un retour éclatant sur le devant de la scène allemande après avoir perdu la tête du classement au profit du RB Leipzig.

Des signes déjà présents depuis quelques mois

 Si à ce jour, pour les observateurs assez lointains, la situation semble se détériorer au Bayern seulement depuis quelques temps, lorsque l’on suit la Bundesliga on sait que cela ne date pas d’hier. En effet, depuis la mi-saison l’année dernière environ, quelque chose ne tourne pas rond dans cette équipe. On sent une certaine fatigue, de la lassitude également, on sent qu’il manque cette étincelle qu’il y avait jusque-là. Alors vous allez me dire que j’exagère, pourtant même un certain Philipp Lahm semble avouer cela, à demi-mots certes, mais comme il l’a dit après la défaite face à Rostov en Ligue des Champions : « Nous sommes trop négligents en ce moment ». Derrière ces mots, on sent qu’il y a quelque chose d’un peu plus profond, un problème un peu plus grave.

En effet, après avoir gagné 4 titres consécutifs, garder la motivation est difficile. Même quand on est le Bayern Munich, rester attentif à ce qu’il se passe, à ce que l’adversaire fait peut devenir problématique. Maintenir un niveau similaire, aussi élevé, sur une si longue période est loin d’être évident. Même en ayant des joueurs de classe mondiale et un excellent coach, à un moment la machine s’enraille. C’est Oliver Kahn qui déclare souvent que lorsque tu es au Bayern, le plus dur c’est de continuer à gagner. Et on se dit qu’il n’a pas forcément tort quand on regarde cette équipe jouer depuis quelques temps. Même si c’est loin d’être la crise, et que la saison est loin d’être terminée, on peut peut-être s’inquiéter, car cette lassitude évoquée un peu plus haut est bien là, tapie dans l’ombre.

Ce jugement n’a rien à voir avec la culture de l’instant car ce papier nous aurions pu le sortir en mars ou en avril en réalité. Cela fait maintenant un moment que le Bayern est poussif, qu’il ronronne un peu plus à chaque match. Et malgré l’arrivée d’Ancelotti cet été, rien n’a changé, il faut le dire c’est même pire. Alors oui il faut être indulgent, pourtant la situation nous pousse à nous interroger. Dans le jeu, il n’y a plus grand chose de satisfaisant actuellement. Le milieu ne s’en sort pas, surtout quand le grand Arturo Vidal n’est pas là. Il manque de l’agressivité, du tranchant, un brin de profondeur aussi. Enfin ça ne va pas. L’héritage de Guardiola à ce niveau, avec Xabi Alonso et Thiago Alcantara, n’est pas franchement un cadeau. Le premier se fait vieux et cela devient problématique, d’autant plus qu’il est dangereux pour son équipe. Perdre la balle dans l’axe c’est pas franchement sympathique vous voyez ? Tandis ce que le second a tendance à choisir ses matchs… Thiago est peut-être un joueur très talentueux mais ce talent reste trop souvent caché, surtout en championnat, quand on a besoin de lui. Et quand on joue au Bayern Munich, ce n’est pas possible. Javi Martinez est bien sûr une vraie solution pour jouer au milieu, mais ses passages fréquents à l’infirmerie posent un vrai problème même s’il semble un peu plus résistant depuis quelques temps. Kimmich et Sanches sont eux aussi des options crédibles mais malgré tout le technicien italien continue à associer les deux Espagnols sans que ça ne fonctionne vraiment. Alors si l’on pouvait cloner le Chilien, on serait ravi à Munich. Toutefois, même avec lui, le Bayern traîne toujours son spleen. Avec un jeu assez stéréotypé, assez stérile finalement. On se dit encore une fois qu’il n’y a pas que le manque d’un joueur au milieu qui pose problème aux bavarois.

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Durant les derniers mois sous Guardiola, cette espèce de flemme était déjà visible, notamment en Bundesliga. On sentait que les joueurs avaient du mal à se mobiliser. Alors peut-être que les résultats ne montraient pas cela mais le jeu, lui, le mettait bien en avant. Cette tendance n’a fait que s’accélérer depuis le début de la saison 2016/2017, et cette fois on le voit à travers les résultats. En effet, depuis 2004, c’est la première fois que le Bayern perd deux matchs consécutifs (contre le Borussia Dortmund et Rostov). Les matchs nuls ont déjà été nombreux, les petites victoires poussives sur le score d’1 à 0 aussi… Normalement, c’est là qu’arrive le fameux argument « Ancelotti en championnat c’est pas ça ». Mais non, pour la énième fois, ça va plus loin. Après évidemment le changement d’entraîneur et l’arrivée d’une nouvelle méthode plus souple avec moins de discipline et de rigidité doivent être pris en compte. Si tactiquement certaines choses sont étranges, mentalement c’est encore pire comme expliqué plus haut. Chez les joueurs, il manque cette étincelle, la passivité s’est installée et c’est loin d’être une bonne chose. C. Wild, reporter chez Kicker et travaillant sur le Bayern depuis des années a expliqué (au cours de l’émission Sky90 diffusée sur Sky Sport Germany) cette passivité par le fait que les joueurs ne s’entraînaient pas suffisamment. Nous ne sommes pas là pour vérifier mais c’est une hypothèse crédible après tout, notamment lorsque l’on regarde les matchs du Bayern…

Des joueurs fatigués et un effectif peut-être vieillissant

 Encore une fois, nous ne sommes pas là pour faire le procès du coach italien ou de qui que ce soit d’autre, de toute manière nous n’en avons pas les capacités. Il n’est pas forcément la cause des problèmes actuels comme cela a été dit auparavant. Bien qu’il ait une petite part de responsabilité avec ses choix notamment. Sans chercher la petite bête, on peut se dire que le Bayern Munich s’est vu trop beau ces derniers temps.

Si l’on regarde l’effectif munichois, on se dit directement que c’est fort. Très fort. Effectivement, les joueurs de classe mondiale ne manquent pas. Mais quand on regarde l’âge de certains cadres on peut se poser des questions. Arjen Robben et Frank Ribéry (qui a prolongé jusqu’en 2018 ce dimanche) commencent à se faire vieux pour le football, même s’ils restent impressionnants. Les blessures qui se succèdent au même titre qu’une légère difficulté à enchaîner les matchs au très haut niveau deviennent handicapantes pour le Bayern quand on sait que ces deux joueurs ont déjà fait les beaux jours du club. L’un comme l’autre ne sont pas éternels et ça commence à se faire sentir. Plus important, qui va venir leur succéder ? Ceci est une vraie question car aucune recrue n’a vraiment réussi à combler le vide laissé par les deux ailiers lorsqu’ils ne sont pas là.

credit photo : Matthias Hangst
Crédit photo : Matthias Hangst

Il est évident que remplacer des joueurs comme eux est loin d’être facile, et on voit que pour le moment le recrutement qui a été fait représente une vraie limite. En effet, Douglas Costa n’a finalement été étincelant que pendant 4 mois environ depuis qu’il a posé ses valises en Bavière avant de redevenir plus ou moins quelconque. Pour ce qui est du jeune Français Kingsley Coman, il traverse une période difficile depuis plusieurs mois maintenant, quelque chose ne tourne pas rond et sa blessure au genou qui va le tenir écarté des terrains jusqu’en janvier n’arrange pas les choses. En outre, personne n’est vraiment là pour prendre la relève et on se demande comment le Bayern Munich va pouvoir changer le cours des choses. Ah si peut-être en commençant par mettre le grappin sur un certain Julian Brandt. Mais ça c’est une autre histoire puisque sans directeur sportif depuis le départ de Matthias Sammer on peut se demander comment les choses vont se dérouler prochainement du côté des transferts.

Petite parenthèse d’ailleurs sur la légende du football allemand : son départ du Bayern Munich n’est pas non plus à négliger à l’heure actuelle, puisque même si les performances des joueurs ne devraient pas être directement affectées, sa présence et sa capacité à donner de la voix quand c’est nécessaire doivent certainement manquer. Surtout lorsqu’il faut remettre les points sur les i. Même si d’autres hommes sont là pour ça, son aura n’était pas négligeable…

Ensuite, la défense ne devrait pas être un problème pour le Rekordmeister. En effet, avec la charnière championne du monde de la Mannschaft, et des latéraux tout aussi talentueux, on se dit que pour marquer un but contre eux, il faut donner sa vie. Et pourtant… Si chez Philipp Lahm tout se passe comme sur des roulettes bien que l’âge commence à se faire sentir, chez son compatriote à gauche c’est un peu plus difficile depuis janvier. En effet, David Alaba n’est plus le joueur que l’on connaissait, même si ça va un peu mieux depuis le début de la saison dirons-nous. Entre une deuxième partie de saison 2015/2016 tout bonnement affreuse pour un joueur de son standing et un Euro raté, ce n’est pas la joie. Si pour l’Euro on se dit que le poids du brassard de capitaine y est pour beaucoup, ce n’est pas la seule raison. Comme beaucoup d’autres joueurs, il semblait complètement épuisé, les changements de poste fréquents ne l’ont pas aidé non plus on dirait puisqu’au final il s’est retrouvé affaibli dès qu’il a retrouvé son poste de prédilection. Pour ce qui est de Jérôme Boateng, pour lui non plus ce n’est pas la joie. Il a du mal à se faire au changement de coach, et c’est franchement visible avec des performances qui nous ont parfois rappelé ses heures berlinoises comme contre Rostov. Contre l’équipe russe, il a peut-être réalisé sa pire partition en 3 ou 4 ans… Et ça n’a pas plus à K-H. Rummenigge qui a déclaré après le match que l’international devait « redescendre sur terre », ce à quoi Boateng a répondu qu’il ne pouvait que « rire » de ces critiques et que « la prochaine fois il pouvait venir lui dire en face ». Ambiance. Pour ce qui est de Mats Hummels, rien à signaler depuis son retour dans son club formateur. On se dit qu’il doit juste garder les chocolats à côté de lui en cas de mauvaise performance et d’un tacle de ce bon vieux Kalle.

Karl-Heinz Rummenigge & Carlo Ancelotti.
Karl-Heinz Rummenigge & Carlo Ancelotti.

SI Boateng est un peu méconnaissable, que dire du Thomas Müller ? Il est un peu invisible depuis janvier lui aussi. Totalement à côté de ses crampons, il ne réussit plus grand chose, même ce qui était naturel pour lui auparavant. On ne sait pas ce qu’il se passe dans la tête du Bavarois mais il y a un problème. Lui aussi est épuisé, et une bonne période dans son lit pourrait peut-être lui faire du bien. Son placement sur l’aile depuis le début de la saison pourrait aussi être un problème mais en réalité, en ce moment, le seul endroit où il a sa place est sur le banc. Parce que si avant, même en étant invisible pendant 90 minutes il finissait par être décisif, aujourd’hui c’est le néant du début à la fin. Donc si le clone maléfique du joueur emblématique du club pouvait repartir, tout le monde serait aux anges.

Pour finir, c’est Robert Lewandowski qui n’est pas dans son assiette. En effet, le talentueux attaquant qui enchaîne les matchs avec son équipe et sa sélection montre de vrais signes de fatigue. Et c’est compréhensible, qui plus est personne n’est là pour prendre la relève et laisser souffler le joueur. Enfin si, Julian Green, jeune international américain et issu du centre de formation bavarois. Toutefois quand on est le Bayern Munich, ne pas avoir un second attaquant digne de ce nom sur le banc c’est assez léger. Là-dessus, on peut se demander si les dirigeants ne se sont pas vus trop beaux encore une fois. Rien ne semble avoir été fait pour prendre la relève en cas de méforme et c’est problématique. Par exemple, lors du match face à Dortmund, le joueur a joué en étant diminué tout le match et ça s’est senti puisqu’il n’était pas aussi présent que d’habitude.

En conclusion, le Bayern Munich n’est pas encore en crise, c’est un mot trop extrême, mais une chose est sûre : il traverse une période trouble. On peut aussi considérer que l’Euro et l’arrivée d’un nouvel entraîneur ont contribué à créer ce léger déséquilibre. Un club de ce standing se doit de trouver une solution, car bien qu’il n’y ait pas encore de quoi s’inquiéter, ce n’est pas une raison pour rester dans l’immobilisme. Peut-être que le retour d’Uli Hoeness au poste de président va aider le club à se secouer une bonne fois pour toutes pour ne pas tomber dans une mauvaise spirale. En attendant, comme souvent pendant ces périodes troubles, le FC Hollywood qui lave son linge sale en public comme au bon vieux temps fait un retour fracassant. Et ce n’est pas Karl-Heinz Rummenigge et Jérôme Boateng qui diront le contraire.

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