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Au soir du 23 août, la Roma venait de se faire humilier par le FC Porto au tour préliminaire de la Ligue des Champions. Les tifosi s’attendaient à une saison galère, une défense fébrile et une attaque en manque de confiance. La saison de la Louve avait tout d’un désastre annoncé. 4 mois plus tard, les Romains sont deuxièmes en Serie A et qualifiés pour les 16ème de finale d’Europa League en terminant leaders. Finalement, on en vient à se demander si l’heure de la Roma n’est pas arrivée.

L’heure du renouveau

Depuis 4 ans et le passage sous tutelle américaine, le club de la capitale oscille entre le chaud et le froid. Les premières saisons n’ont pas été au niveau des paroles de James Pallotta et son board. Les passages de Luis Enrique et Zdenek Zeman ont retardé le projet plus qu’autre chose. Le manque de continuité de la part de la direction a longtemps fait parler, malgré des très bons coups sur le marché des transferts (150 millions de plus values, rien que ça) grâce à Walter Sabatini. Le club est largué en Serie A, loin du rouleau compresseur Bianconero. La défaite face à la Lazio en finale de Coppa en 2013 est gravée dans la mémoire des tifosi qui reprocheront jusqu’à leur dernier souffle cette humiliation face à l’ennemi juré.

Il aura fallu l’arrivée de Rudi Garcia et un investissement plus conséquent pour voir la Roma retrouver les sommets. Une saison historique avec un record de points qui marquera le renouveau des Giallorossi en Serie A. Si les résultats ne suivent pas en Europe, l’équipe trouve enfin une régularité en championnat en se qualifiant en coupe d’Europe trois fois d’affilée. L’absence de match référence en coupe d’Europe a longtemps été reprochée à Rudi Garcia et ses hommes : l’équipe n’arrive pas à franchir le cap et commence à agacer ses propres tifosi. Les nombreuses déconvenues ont eu raison du coach français. Humiliation en coupe d’Europe, que ce soit contre le Bayern, le Barça ou même la Fiorentina en Europa League, et défaite en coupe d’Italie face à la Spezia. Un match nul contre le Milan à domicile sera fatal au coach Rudi qui se fera limoger. Un départ logique malgré l’amour prononcé des légendes Totti et De Rosi pour le Français tant le club était dans une spirale très négative avec 1 victoire en 10 matchs et un jeu de plus en plus stéréotypé. Malgré une puissance offensive énorme avec Dzeko, Salah, Perotti ou Iago Falqué pour ne citer qu’eux, la Roma ne pratique pas un football flamboyant. Le 4-3-3 manque de pressing, de tranchant, et ronronne plus qu’autre chose. Le jeu est trop dépendant du rendement de Salah et Gervinho. L’ancien coach du Losc semblait incapable de faire passer un nouveau cap à ses joueurs, et ces derniers semblaient de plus en plus lassés par le discours et le jeu proposé.

Les deux saisons sous Garcia ont permis à la Roma de retrouver son rang en Italie et une équipe compétitive. L’absence de titre est un des gros points noirs du début de mandat américain. La Roma est toujours à la recherche de sa dixième coupe d’Italie qui lui permettrait de rentrer dans le cercle très fermé des clubs qui l’ont déjà remportée dix fois avec la Juventus. Aujourd’hui, les tifosi ont faim de trophées : une Europa League, une Coppa ou même une Serie A pour les plus optimistes sont espérées. La Roma a donc fait revenir le dernier homme qui a amené un titre au club. Le retour de Luciano Spalletti est attendu comme celui du messie.

Spalletti, c’est à toi de jouer

Il n’est pas forcément reconnu à sa juste valeur, et pourtant Luciano Spalletti est clairement l’un des meilleurs d’Europe. Son premier passage à la Roma a marqué les esprits, son travail a permis au club de titiller les sommets que ce soit en championnat ou en Ligue des Champions. On n’oubliera pas ce fameux 1/8ème de finale face à l’OL mais aussi la déconvenue contre Manchester United au tour suivant. Une défaite historique qui restera dans la mémoire du coach italien, félicité à cette occasion par Sir Alex Ferguson. Son 4-2-3-1 avec Totti en faux neuf aura marqué les esprits en Europe. Désigné comme étant le premier entraîneur à utiliser un système avec un faux neuf, Spalletti est vu comme un visionnaire en Italie. Ses équipes sont reconnaissables au premier coup d’oeil : des joueurs techniques au milieu, adeptes du jeu dans des petits périmètres et surtout ayant l’envie de faire mal à l’adversaire très vite dans le match quitte à s’exposer volontairement.

Depuis son retour, les tifosi sont ravis du spectacle proposé. L’époque d’une Roma monotone et insipide est terminée, nous sommes face à une équipe imaginative qui prend le jeu à son compte. Le départ de Miralem Pjanic a été bénéfique à son ancien club. Le jeu ne tourne plus autour d’un seul joueur, certains joueurs sont sortis de leur confort et se sont remis au travail. De Rossi et Strootman sont redevenus importants dans le jeu mais le plus impressionnant reste le trio offensif. Mohammed Salah, Diego Perotti et Edin Dzeko sont clairement les hommes forts de ce début de saison. Offensivement, personne ne fait mieux en Italie et ça se voit dans les stats. Il n’y a qu’à regarder un match de la Roma pour s’en rendre compte. Le niveau du trio n’a rien à voir avec la saison dernière en particulier pour le Bosnien et surtout l’Argentin qui marche sur l’eau depuis 4 mois. Le match contre Empoli est symptomatique du début de saison de l’ancien joueur du FC Séville et du Genoa. La Roma fait un grand match mais termine à 0-0 (seulement la deuxième fois que la Roma ne marque pas en championnat) : Perotti était sur le banc et ça s’est ressenti. Le numéro 8 a toujours le geste juste, techniquement il survole chaque partie. Plus proche d’un Banega que d’un Di Maria, Perotti permet à son entraîneur d’avoir une certaine flexibilité tactique. Le 4-3-3 peut se transformer en 4-3-1-2 grâce à la polyvalence de l’Argentin. Formé en tant qu’ailier, c’est à ce poste qu’il éblouissait le Sanchez Pizjuan. Le désormais meneur de jeu de la Roma est le joueur parfait pour un buteur comme Dzeko. La renaissance du Bosien est un miracle tant il partait de loin. Plus proche du niveau d’Adriano que de Batistuta lors de sa première saison, l’ancien buteur de City est en train de mettre la Serie A à ses pieds tant il régale. Les Tifosi sont unanimes, ils n’avaient plus vu un tel bomber depuis très longtemps. Le retour du grand Edin est dû au travail énorme de Spalletti qui a fait le maximum pour mettre le Bosnien dans les meilleurs conditions. Le coach italien a toujours eu confiance en son attaquant et n’a pas cessé de le défendre contre vents et marées la saison dernière au point de refuser des grosses offres venant de Turquie cet été et d’en faire un titulaire indiscutable.

A quelques jours du derby contre la Lazio, Spalletti a réussi une partie de son challenge, réconcilier les Tifosi avec leur équipe. Son deuxième défi est de gagner un titre avec sa Roma : lui le Toscan rêve de terminer son histoire d’amour avec la Louve sur un trophée. Le dernier défi est beaucoup complexe.

Le point noir du derby

Alors que dimanche aura lieu le match le plus important à Rome, la ferveur semble disparaître petit à petit chez les supporters. En effet, que ce soit du côté des Laziali ou des Romanisti, c’est la crise en tribune.

Du côté des giallorossi, les tifosi sont clairement en guerre contre James Pallotta et les instances du foot italien depuis quelques années. Une tension qui a atteint son paroxysme lors de l’été 2015. En effet, les Curve Sud et Nord du Stadio Olimpico devaient subir un lifting qui n’est pas passé auprès des tifosi des deux clubs. Le but de la préfecture  était de scinder en deux les Curve par une barrière de 2m20 de haut. Pour vous donner une image, c’est comme si on foutait une barrière sur le mur jaune du Signal Iduna Park ou au Kop d’Anfiel. Ce « léger » lifting a été opéré pour des « raisons de sécurité » par la préfecture de Roma. Une énième décision qui a pour but d’emmerder les tifosi. L’Italie est en guerre contre les supporters les plus virulents, et les Laziali et Romanisti sont les premiers visés. Après le cirque des billets nominatifs et de la « Tessera del Tifoso » (carte du supporter qui avait pour but de fliquer chaque supporter en toute impunité), voilà la nouvelle idée des politiques. Depuis l’officialisation de ce projet, les tifosi des deux clubs ont décidé de boycotter les Curve Nord et Sud durant les matchs en réduisant de moitié les affluences. Un match contre la Juventus permettait au club d’attirer 60 000 personnes, maintenant le Stadio Olimpico oscille entre 25 000 et 30 000 tifosi. James Pallotta préfère ne pas communiquer sur le sujet, ne voulant pas se mettre en travers de la décision de la préfecture. Un choix qui ne passe pas auprès des tifosi qui se sentent abandonnés. Une situation qui touche énormément les joueurs et Spaletti qui espèrent encore voir un stade plein dimanche pour honorer des joueurs qui le méritent au vu de leur début de saison.

Même son de cloche du côté de la Lazio ou la situation est plus grave. Les tifosi sont déjà en guerre contre Lotito depuis de nombreuses années et ont abandonné petit à petit le Stadio Olimpico. Si pour la Roma la décision de déserter le stade vient de la partie la plus influente de la Curva Sud, pour la Lazio, c’est l’ensemble des supporters qui ne veulent plus aller au stade.  La saison dernière, seulement 25 000 personnes ont assisté à ce derby, loin des habituels 65 000 tifosi.

Une situation malheureuse qui affecte joueurs et amoureux du foot qui veulent voir un Stadio Olimpico bondé. Le derby de Rome est un des derby les plus suivis du monde du football et un des plus beaux d’Italie voire du monde en tribunes. Il serait malheureux que la situation persiste de la sorte. Surtout qu’il s’agit d’un des derniers derbys de la légende Francesco Totti et d’un match opposant le second et le quatrième, qu’un seul point sépare au classement.

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