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Quartorze jours se sont écoulés depuis le drame ayant touché l’équipe brésilienne de Chapecoense, passée du rire au larmes en quelques heures. Le crash de l’avion a brusqué toute la planète foot, du supporter de Chapecoense à celui du Beşiktaş en passant par celui de River ou Milan. L’histoire du club de Chapecoense avait pourtant tout du scénario hollywoodien.

Une jeune équipe d’un club fondé il y a 43 ans, aucun titre dans l’armoire à trophées, un parcours en Sudaméricana héroïque et une première finale sur la scène sud-américaine à jouer. Ce genre d’épopée que chaque amateur de foot aime à rappeler lors de discussions endiablées avec ses amis. Finalement, cette épopée aura ému tout le monde du football. Ce monde du foot, tant décrié par l’opinion publique, a montré durant ces treize derniers jours qu’il était peut-être un des derniers mondes avec un semblant d’humanité.

Sept jours de deuil

Les sept jours suivant l’accident ont été marqués par le nombre incalculable d’hommages et de gestes envers le club de Chapecoense. Si on s’attendait tous à une mobilisation générale de la part des clubs brésiliens pour soutenir le petit club de la région de Santa Catarina, les actions prodiguées par les clubs du Brasileiro ont dépassé les attentes. La plupart des clubs, qu’ils soient cariocas, de Sao Paulo ou de Minas Girais, n’ont pas hésité à soutenir et à proposer de prêter des joueurs gratuitement pour aider le club décimé. En plus de cet élan de solidarité, ils ont demandé à la Confédération Brésilienne de Football (CBF) d’immuniser le club de toute relégation pendant 3 ans. Une action symbolique qui contraste avec les tensions habituelles entre clubs brésiliens.

Même élan dans le reste de l’Amérique du Sud où la mobilisation a surpris la Terre entière. A commencer par les « rivaux » de l’Atlético Nacional : le club colombien a fait preuve d’une classe inouïe en demandant à tous ses supporters de venir le soir du match rendre hommage aux décédés. S’en suivra une soirée extraordinaire au Stadio Atanasio-Girardot de Medellin, les supporters du Nacional se vêtiront de blanc et s’accompagneront de nombreux bouquets de fleurs et bougies pour rendre un dernier hommage aux victimes. Le stade affichera 52 000 personnes sans compter un nombre incalculable de supporters à l’extérieur. Des chants à la gloire du club brésilien vont résonner pendant trois heures. Pour couronner le tout, le club de Medellin demandera à ce que Chape soit désigné comme vainqueur de la Sudaméricana. Un geste fort quand on sait que le Nacional aurait pu réaliser un back-to-back légendaire en gagnant la Libertadores cet été puis la Sudaméricana quelques mois plus tard.

La morale a pris le dessus sur le football. Face à cet élan de solidarité, les clubs sudams n’hésiteront pas à multiplier les hommages de différentes façons. Peñarol, River Plate et le Sporting Cristal aborderont le week-end avec des maillots vert fluo aux couleurs de Chapecoense. Palmeiras demandera à la CBF de jouer avec le maillot des néo-vainqueurs de la Sudamericana. San Lorenzo posera lors de la photo de match avec le désormais mythique maillot vert. L’Allianz Lima proposera à son tour de prêter des joueurs gratuitement, le club de la capitale péruvienne ayant aussi été victime d’une tragédie en 1987, et ayant reçu l’aide à l’époque du club de Colo-Colo. Un geste fort qui contribue à l’union sacrée formée par tout le continent pour aider Chapecoense.

Toutes ces actions en Amérique du Sud ont surpris l’opinion publique. Ce continent tant décrié pour ses histoires de rivalités entre clubs et supporters a donné une leçon de solidarité au monde entier.

Voilà pourquoi on aime le football

Le vieux continent nous a également gratifiés d’hommages. Une minute de silence dans tous les stades d’Europe -rarement des minutes de silence ont été autant respectées. Chaque supporter savait que la tragédie aurait pu arriver à son club, et la douleur était perceptible dans le cœur de tous. Banderoles, drapeaux du Brésil ou de Chape sont omniprésents pour soutenir du mieux qu’ils peuvent les supporters attristés par le décès de leurs idoles. Certains clubs comme Milan ou l’AS Saint-Etienne aborderont le logo du club pour un dernier hommage.

Cet élan de solidarité qui a dépassé toutes les espérances nous a rappelé pourquoi le foot était un sport merveilleux. Souvent décrit comme étant un monde pourri par l’argent avec des gens qui ne vivent que pour leurs intérêts, le football a fait un magnifique doigt d’honneur aux pourfendeurs du ballon rond. C’est dans ce genre de moment qu’on se rend compte à quel point le foot possède des valeurs que l’on ne retrouve que très peu dans la vie de tous les jours. L’attitude de l’Atletico Nacional est symptomatique de cette idéologie. Le club de Medellin aurait pu attendre gentiment que la CONMEBOL tranche concernant la finale de Sudamericana et pourtant, les vainqueurs de la Libertadores ont au contraire effectué les démarches pour que Chapecoense soit déclaré vainqueur de l’édition 2016 de la petite sœur de la Libertadores. Même chose pour les clubs brésiliens qui auraient pu ne rien demander à la CBF et laisser le petit club de Chape en totale perdition, « chacun sa merde » comme on dit dans le milieu.

Cependant, on n’oubliera pas l’attitude méprisable du président de Huracan qui s’insurge des démarches de l’Atletico Nacional prétextant qu’on avait fait jouer son équipe malgré un accident de car il y a quelques années. La CBF a comme à son habitude fait preuve de jugeote en expliquant que le match entre Chapecoense et l’Atletico Mineiro devrait avoir lieu car ce serait un bon moyen pour rendre un hommage unique aux décédés. Un match sans joueurs ni entraîneurs et avec des supporters en deuil, le président Del Nero a une idée paranormale de l’hommage.

Hormis ces exceptions, le message était le même partout : on voulait aider le club de Santa Catarina à sa manière. Aujourd’hui, les supporters de Chape peuvent espérer voir le club se relever de cette tragédie grâce à l’alliance du monde du football. Des joueurs ont même proposé leurs services au club de manière officielle : Gudjohnsen, Ze Roberto ou Javier Saviola pour ne citer qu’eux seraient prêts à chausser les crampons une dernière fois pour aider Chape. Ronaldinho ne serait pas contre une aventure au club si ça peut aider. Benfica organisera son trophée Eusebio à l’Arena Conda et reversera tout les bénéfices au club, à l’instar du Barça qui invitera le club brésilien pour le trophée Gaspar en août.

Durant ces sept jours, les rivalités ont disparu, et l’union a été prônée dans la planète foot. Cette semaine de deuil aura été le meilleur moyen pour se rappeler à quel point la vie d’autrui est plus importante que tout. La mort de 75 personnes aura été un rappel pour l’ensemble du monde du foot. Le club de Chapecoense ne va pas mourir pour autant, il continuera à vivre malgré cette tragédie. Le monde du foot sera toujours derrière le club pour l’aider à retrouver une certaine stabilité. A défaut de rendre la semaine des supporters de Chapeco meilleure, ces sept jours auront permis au monde entier de voir à quel point le foot était solidaire dans le malheur et que les a priori étaient faux. Il existe encore un semblant d’humanité sur terre, et le foot en est un des principaux artisans. Véritable vecteur social, notamment en Amérique du sud, on a tendance à oublier à quel point le football ne se limite pas qu’au carré vert et aux trois points. Lorsqu’il faut aider des personnes dans le besoin ou en difficulté, la planète foot est la première à se mobiliser et à faire le maximum pour rendre le quotidien d’autrui meilleur. N’en déplaise aux pisse-froid adeptes des préjugés. Hier, les supporters de Chapecoense nous ont gratifiés d’un magnifique craquage, c’était censé être le match retour de la finale de Sudamericana. Nous avons finalement eu droit à un dernier hommage aux héros disparus, et le mercredi 7 décembre 2016 restera gravé dans les mémoires.

Crédits photos : AFP PHOTO / Nelson Almeida