4

Depuis son intronisation au poste d’entraîneur en février 2016, Julian Nagelsmann a transformé cette équipe d’Hoffenheim sur et en dehors du terrain. L’homme âgé de 29 ans seulement a pris la relève de Huub Stevens qui lui-même a remplacé Markus Gisdol la veille. L’entraîneur néerlandais a dû renoncé au poste pour des soucis de santé qui ne lui permettaient pas d’entraîner : vous voyez un peu le bourbier dans lequel ils étaient. L’ancien entraîneur des jeunes à Hoffenheim prend l’équipe première après 20 matchs déjà joués : victorieux de seulement 2 matchs depuis le début de saison, ils étaient placés au porte de la relégation.

« Je suis reconnaissant à Tuchel de m’avoir donné l’idée de devenir entraîneur » Julian Nagelsmann

Heureusement pour la beauté du football et le bien de ce club, le plus jeune entraîneur de l’histoire de la Bundesliga arrive à changer la donne en sauvant les Hoffes qui finiront 15ème.

Le club de la région de Bade-Wurtemberg avait déjà prévu de le nommer en tant qu’entraîneur principal mais la démission précoce de Stevens a dû accélérer les choses.

« Ce que je préfère voir écrit un jour sur Wikipédia, plutôt que je suis l’entraîneur le plus jeune de la Bundesliga » Julian Nagelsmann

Pour ceux qui connaissent déjà Nagelsmann, cette réussite n’est pas une surprise. Après son titre de champion d’Allemagne avec les U19, le Bayern Munich avait d’ailleurs tenté de le recruter comme coach pour ses équipes de jeunes. Beaucoup le lui ont reproché. C’est maintenant l’un des entraîneurs les plus réputés du championnat d’Allemagne !

« Il a l’air d’avoir un tel talent d’entraîneur, qu’un jour viendra où Hoffenheim sera trop petit pour lui » Dietmar Hopp, actionnaire d’Hoffenheim

Suite à une nomination assez mouvementée, il a vécu un mercato mouvementé qui aurait pu le perturber. Mais non ! Il voit la star de l’équipe, Kévin Volland partir du côté du Bayer Leverkusen. Cela fait suite aux départs estivaux d’Anthony Modeste du côté de Cologne et Roberto Firmino à Liverpool. Le fait de ne pas remplacer ces deux derniers a été l’une des erreurs de la gestion des dirigeants, expliquant la chute libre du club la saison dernière. Pour y remédier, Hoffenheim décide de renouveler son secteur offensif avec Andrej Kramaric qui signe officiellement au club après un prêt durant la saison dernière et Sandro Wagner qui arrive tout droit de Darmstadt. En plus des renforts offensifs, le club enregistre les arrivées de 3 autres joueurs important : Lukas Rupp qui provient de Stuttgart, fraîchement relégué, Kerem Demirbay, le prodige qui vient d’Hambourg et Kevin Vogt qui arrive de Cologne.

Les 5 joueurs cités ont réussi à avoir une influence par rapport aux performances qu’Hoffenheim réalise depuis le début de saison. Actuellement seule équipe invaincue et classée 4ème au classement. Les Hoffes sont l’une des équipes révélations avec Leipzig par leur jeu.

Comment Julian Nagelsmann a réussi à transformer cette formation en l’une des plus redoutables d’Allemagne ?

Le chantier défensif

A son arrivée, « Juju » pour les intimes est face à une équipe qui connaît des soucis défensifs qui datent depuis assez longtemps. Lors de la saison 2013/2014, cette équipe est reconnue pour être une équipe offensive, marquant 70 buts en Bundesliga. Si on est dans les normes, cela suffit pour être qualifié pour une compétition européenne. Mais derrière, ça ne suit pas du tout : Hoffenheim concède 2,05 buts par match ce qui va les pousser à terminer à une 9ème place amère. Même situation la saison suivante malgré une amélioration : l’équipe, qui finira 8ème, concède 1,61 buts par match mais ce n’est pas du tout suffisant pour prétendre aux places européennes auxquelles elle doit aspirer. Et la saison dernière, on se retrouve dans une situation où l’on voit une amélioration d’un point de vue défensif qui continue avec un ratio de 1,58 buts concédés mais l’efficacité offensive, qui faisait la force de cette équipe, n’a jamais suivi.

Du coup, Nagelsmann a très vite identifié le problème et il s’est occupé de cette base défensive pour avoir une sécurité, ce qui va être prouvé par les chiffres du « Mini Mourinho » : son équipe concède 1,1 but par match, avec pourtant 6 buts encaissés lors des deux premières journées. Si on retire les deux premiers matchs dans ce ratio, on se retrouve avec 0,6 buts concédés par match ce qui est une énorme amélioration sur les 3 dernières saisons

Mais comment a-t-il fait pour transformer une équipe avec une base défensive faible en actuelle 4ème meilleure défense de Bundesliga ?

hoff-3

Cette image prise durant la défaite 4-1 face à Schalke la saison dernière reflète assez bien la structure désorganisée qu’avait Hoffenheim. Avec un back-four qui devrait permettre d’avoir une solidité et avec un milieu à 3 devant eux, on voit que le bloc implose rapidement et Schalke arrive à percer l’équipe dans l’axe.

opposition-cologne

Depuis l’arrivée du jeune tacticien allemand, Hoffenheim a subi une modification concernant le dispositif tactique : l’équipe est passée d’un 433 à un 352 avec un milieu récupérateur et deux milieux relayeurs. L’image ci-dessus prise lors de la victoire 4-0 contre Cologne nous permet d’analyser cette mise en place. Derrière on voit un trio composé de Süle-Vogt-Hubner. Devant eux se trouvent le capitaine Polanski positionné en sentinelle et Amiri-Rudy en tant que relayeurs. Sur les côtés on retrouve les deux pistons de l’équipe que sont Kaderabek à droite et Toljan à gauche. Enfin en attaque on a un duo Kramaric-Wagner pour permettre de conclure les actions.

placement

Ce dispositif permet de s’intercaler à n’importe quel système adverse comme on a pu le voir ce soir-là, où tous les joueurs de Cologne n’étaient jamais libres. On remarque que défensivement, chaque joueur avait quelqu’un dans sa zone ce qui empêchait à Cologne de trouver certaines lignes de passes, et offensivement ,on se retrouve dans un pressing de haute intensité.

Dans cette situation, on voit que Amiri sort sur le latéral droit de Cologne ce qui libère un espace derrière son dos : Kramaric anticipe cette sortie d’Amiri en comblant l’espace libre par son repositionnement. Du coup, Wagner sort sur le défenseur côté ballon pour coincer la relance. L’admiration du jeu de Villarreal se fait même sentir dans son équipe.

« Parce que le chemin vers le but n’est pas long si tu récupères le ballon très haut » Julian Nagelsmann

L’importance de Vogt

Kévin Vogt arrive à Hoffenheim en provenance de Cologne pour la modique somme de 1,5 million d’euros. La faiblesse de ce prix s’explique par le contrat de ce dernier qui devait se terminer cette saison. Etant un joueur box-to-box de formation, Nagelsmann décide de le repositionner dans l’axe central de la défense. Ce repositionnement s’explique par le sang-froid et la justesse technique de cet allemand qui va être utilise lors des situations de relances. Il se positionne dos au but lors de cette phase permettant de créer une supériorité au niveau de la relance, sans obliger Rudy/Polanski de décrocher.

liberte-polanski

Dans cette situation, on observe l’utilité du placement de Vogt. Il oblige l’équipe adverse à sortir assez haut pour ne pas permettre de relancer proprement, et avec la facilité qu’il faut. Du coup, des espaces se libèrent et cela permet de faciliter encore plus la relance si le pressing adverse est mal effectué.

passe-1 passe-vogt-2

Sur la première capture, on voit le pressing mis en place par le Bayern lors du match nul 1-1 qui a été expliqué juste au-dessus. C’est le même principe que le pressing de Cologne qui a essayé de coincer les premières relances. Et comme à nouveau indiqué précédemment, le principe crée les ouvertures : c’est dans ces situations que Vogt se met en avant. Sur la deuxième image on voit que sa passe en direction de Kaderabek va éliminer tout le secteur offensif du Bayern. C’est une passe de très grande qualité au passage.

Le nouveau modèle offensif

Nagelsmann reste avec cette idée de milieu à 3 avec le soutien des deux pistons et l’apport des deux attaquants aux profils différents.

position-attaque-placee positionnement

Lors des phases d’attaques placées, on se retrouve avec le milieu à 3 comme on voit dans les deux dernières images. Mais on remarque qu’il y a une différence au niveau du placement : l’un des deux relayeurs a une position plus avancée. Nagelsmann décide de fonctionner de la sorte pour plusieurs raisons. Premièrement, le joueur avancé permettrait d’avoir ce relai entre le milieu et l’attaque, n’obligeant pas Wagner ou Kramaric à décrocher automatiquement. Il peut se permettre de demander un tel placement à ses deux relayeurs grâce aux qualités de Demirbay et Amiri, qui ont un profil de joueur organisateur. Mais avec leur volume de jeu respectif, il ne se prive pas en laissant qu’un joueur en tant que meneur de jeu et l’autre en doublure : il veut les associer pour avoir un niveau de qualité élevé et un volume de jeu offensivement et défensivement adéquat.

demirbay

Lors des projections, on se retrouve dans ce genre de situation ou tu as les deux joueurs relayeurs dans la phase de finition et les deux attaquants qui restent présentes dans la surface. Du coup tu peux te retrouver dans des zones de supériorité numérique assez rapidement comme sur cette image. Vogt envoie en profondeur Amiri qui se retrouve excentré et qui câline le ballon pour Kemirbay, qui n’a plus qu’à finir.

hoff-11 hoff-12

On retrouve la même situation face au Bayer Leverkusen cette saison. Demirbay se retrouve plus haut au niveau de la construction de l’attaque placée et on le voit par sa présence dans la zone de finition. C’est un aspect fondamental du nouveau jeu offensif prôné par Julian Nagelsmann. L’apport de ses deux relayeurs en plus de la largeur prise par les pistons, va permettre de leur faire exploiter les espaces crées par le bloc adverse automatiquement.

Enfin, concernant les deux attaquants, la situation est assez simple : on a un pivot dont le rôle est joué par Wagner et un joueur de profondeur joué par Kramaric, ce qui permet aux joueurs d’avoir des solutions plus franches avec des déviations de la tête du premier pour le second. Leur présence dans la surface est aussi importante car elle crée cette supériorité dans les situations les plus marquantes. Lorsque l’on voit leurs statistiques, l’ancien joueur de Darmstadt n’a pas à rougir de ses prestations avec 7 buts en 13 matchs joués.

Hoffenheim connaît un début de saison tonitruant qui lui permet de se positionner dans le classement aux places européennes.  Avec l’apport de jeunes comme Uth ou Atik par exemple et la permutation des joueurs avec le retour de Schär, cela va permettre à Nagelsmann de gérer son groupe sur une longue durée. A eux de continuer à faire le travail adéquate, que ce soit à l’entraînement ou en match pour jouer à un niveau reflétant leur jeu actuel.

 

« Entraîner est bien plus agréable que jouer »

 

Crédits photos : bundesliga.de