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21 mai 2017, il est 17h51 en Angleterre quand l’arbitre siffle la fin de Manchester United-Crystal Palace. L’équipe mancunienne s’est imposée 2-1 grâce à des buts de Rooney et Smalling. L’objectif n’est pourtant pas atteint par les Red Devils qui finissent 5èmes avec 64 points et ne sont que qualifiés pour l’Europa League. Personnellement, Rooney a inscrit 8 buts et délivré 11 passes décisives : sa pire saison depuis qu’il a rejoint Manchester.

Après l’échec cuisant de l’Angleterre lors de l’Euro 2016 et cette désastreuse saison, Wayne le sait : c’est maintenant qu’il doit mettre un terme à son aventure en Angleterre. Son unique questionnement est sa future destination. Les Émirats afin de s’assurer une retraite plus que tranquille ? La Chine afin de profiter d’une villa de luxe et d’un hélicoptère personnel ? La France où le PSG tente d’attirer une nouvelle tête d’affiche ? De ce 21 mai jusqu’au 27 août Rooney est indécis et se demande même s’il a réellement envie de quitter le club… jusqu’à cette offre du Toronto FC en MLS. Wayne n’hésite pas une seule seconde et prend conscience que les États-Unis peuvent être une bonne opportunité. Il a l’occasion de se relancer dans un championnat assez faible et dans lequel nombre de légendes britanniques ont évolué. Le voilà donc parti en direction du Canada et de la conférence Est…

An American dream

Récapitulons un peu la situation : Rooney, presque 32 ans, vient de s’engager avec Toronto, club florissant de MLS qui a perdu la finale du championnat 2016 contre Seattle. L’objectif pour 2017 est clair : remporter la première MLS de son histoire. En plus de l’Anglais, le club canadien recrute l’attaquant équatorien Felipe Caicedo en provenance de l’Espanyol Barcelone. A eux deux plus Sebastian Giovinco déjà au club, ils vont former le trio le plus prolifique du championnat américain (enfin surtout Rooney et Giovinco en fait). Le club est actuellement 4ème de sa conférence derrière les New York Red Bulls, le Montreal Impact et le New York City FC.

Pour son premier match contre Dallas, Rooney est titularisé en 10 derrière Giovinco et Caicedo. Dès la 10ème minute il délivre une géniale ouverture de l’extérieur du droit vers Caicedo. Ça y est, se dit-on ! Le génie anglais est de retour ! C’était évidemment sans compter sur l’Equatorien qui manque son face à face avec le gardien adverse. Fin du match, Toronto s’impose 1-0 mais a cependant manqué 8 occasions franches. Inutile de vous dire qui les a manquées… Heureusement, notre ami Wayne a inscrit l’unique but de la partie.

Une semaine plus tard, Greg Vanney, le coach, décide de ne plus faire la même erreur deux fois. Caicedo regarde le match des tribunes et Rooney est positionné en 9 ½ derrière Giovinco. Coaching gagnant puisque les Torontois gagnent 4-1 ; doublé de Giovinco et but de Rooney qui y est également allé de sa passe décisive. Le ‘’vieux’’ Rooney est déjà impliqué dans 3 buts en 2 matchs seulement.
Cette cadence, il va la suivre pendant toute la saison jusqu’à octobre 2017 et la fin de la saison régulière. Rooney a joué 8 matchs pour un bilan de 10 buts et 8 passes dé. Toronto termine 2ème derrière le New York City FC de Pirlo.

Arrivent alors les play-offs. Lors de sa première confrontation contre New England, Toronto s’impose facilement 3-0 lors du match aller. Rooney n’a pas été décisif, c’est l’exception qui viendra confirmer la règle. Lors du match retour, son compère Giovinco est blessé et Toronto s’incline 1-0, suffisant pour passer au tour suivant. Deux jours plus tard, on apprend que ce sont les ligaments croisés antérieurs qui ont été touchés. Le compte rendu médical est sans appel : l’Italien va être écarté des terrains pendant 5 gros mois minimum. C’est toute une ville qui tremble à cette annonce. Le favori pour le titre est sur la sellette pour le plus grand plaisir d’Orlando que le club va affronter au prochain tour.

Dans le courant de cette semaine, Wayne est invité sur le plateau de la chaîne ESPN pour parler de sa carrière et de Toronto. Quand le journaliste lui demande quelle va être la recette pour gagner la MLS sans le petit prodige italien, celui-ci lui répond : « Cette compétition on va aller la chercher avec les couilles. Vous croyez vraiment que je me les pèle à -20°C en plein mois de septembre pour perdre ? Vous croyez vraiment que quand j’étais à ManU, j’ai enduré Fellaini en 9 pour perdre ? Vous croyez vraiment que j’ai accepté de me faire prendre ma place par un Français qui compte plus de dabs que de passes réussies pour perdre ? Et bien vous vous trompez. ». Après cette sortie médiatique plutôt contestée, Wayne va claquer buts sur buts pour hisser Toronto en finale de conférence contre les New York Red Bulls. C’est, comme vous devez vous en douter, notre Rosbeef préféré qui va donner la victoire à son équipe grâce à un but de la tête à la 87ème minute.

8 décembre 2017, finale de MLS contre les Los Angeles Galaxy. Un match chiant, une vraie purge. 0-0 au bout des 120 minutes. Vous croyiez vraiment que ça allait être mieux pendant les tirs aux buts ? Mdr. Non, le 4ème tireur a tiré des deux côtés mais toujours 1 partout. C’est au tour de Zardes de s’élancer pour LA, il rate évidemment. Je sais que vous vous dites : 5ème péno pour Toronto, péno décisif, péno pour Rooney, le sauveur de tout un peuple, allez on remballe. C’était sans compter sur un certain Felipe Caicedo. Vous vous souvenez le gros chokeur du début ? Et bien alors que Rooney partait au point de pénalty, il lui a gentiment demander de s’arrêter avant de lui chuchoter à l’oreille : « Keep calm hermano, Black Messi will take it ». Ça vous dit quelque chose Messi 2016 finale de Copa America ? Oui, oui il a mis la même. Quel génie de tirer du gauche alors que t’es droitier pour, je cite, « tromper le gardien ».

Rooney le sait, cette finale doit marquer son renouveau. Intelligemment, il va donc attendre qu’un joueur de Los Angeles loupe le sien pour aller faire gagner son équipe (oui, oui, il est sûr à 100% que ses coéquipiers ne marqueront pas). Dois-je réellement préciser que son stratagème a fonctionné ? Dois-je réellement écrire qu’il a réussi à marquer face à un gardien qui a le niveau d’un Ali Ahamada des grands jours ? Je ne crois pas.

Péripéties britanniques

Rooney termine tranquillement son année et ses exploits sont vantés à travers le monde.
Mais l’année 2018 arrive et une échéance importante pour lui aussi : la Coupe du Monde. L’Angleterre s’est qualifiée sans trop de difficultés et participe donc à la phase finale dans le pays de Vladimir Poutine. Wayne en est presque sûr : il sera sélectionné par Gareth Southgate et essayera dans une dernière virée internationale de faire gagner quelque chose à son pays.
On ne va pas trop s’attarder sur son début de saison en MLS puisqu’une partie entière est déjà consacrée à ce championnat du même niveau que l’Eredivisie.

Le 27 juin 2018, le téléphone de Rooney sonne. C’est son sélectionneur qui lui demande de faire ses bagages pour prendre l’avion et être à Saint Petersburg, leur camp de base, le 29 au soir.
Au niveau du tirage au sort, l’Angleterre se retrouve dans le même groupe que le Nigéria, le Mexique et la Suisse. Le groupe piège par excellence, quoi. Rooney, quant à lui, porte un honteux numéro 18 sur le dos.
12 juin, 1er match face au Mexique. Rooney passe le match sur le banc et le score final est de 2-0 pour les Mexicains.
17 juin, 2ème match contre la Suisse, Rooney est cette fois titulaire. Il inscrit un superbe coup-franc et les Three Lions mènent 1-0 mais malheureusement, Mehmedi égalise pour la Suisse à la 89ème après une mauvaise relance de Stones, le jeune défenseur de Manchester City.
L’Angleterre ne totalise qu’un petit point en deux matchs et est contrainte de s’imposer face au Nigeria qui compte 4 points et car le Mexique qui en a 7 grâce à une victoire sur la Suisse plus tôt dans la journée.
Le match est crispant, il peut basculer des deux côtés mais c’est l’Angleterre qui est obligée de prendre des risques car virtuellement éliminée. Sur une contre-attaque, le rapide Iwobi récupère le ballon et effectue une longue course sur tout le terrain pour aller servir Moses dans la profondeur. Alors que Smalling court en direction du Nigérian et semble très bien parti pour le stopper, Stones, encore lui, ne trouve pas mieux que de tacler le joueur par derrière les deux pieds décollés. Manque de chance, Moses vient d’entrer dans la surface de réparation anglaise. Rouge pour Stones plus pénalty. Moses se fait justice lui-même et l’Angleterre perd 1-0 et est éliminée de la plus prestigieuse des compétitions internationales.
C’est un échec cuisant pour une sélection pourtant favorite sur le papier.

Après cela, Rooney réfléchit beaucoup. Continuer en MLS, revenir au pays, arrêter définitivement sa carrière internationale ? Mais il est bien plus perspicace. Il tient une conférence de presse dans laquelle il avoue « J’ai l’impression que dans chaque équipe dans laquelle je joue, il y a un boulet dans mon équipe. Je vais donc faire une pause, attendre tranquillement que mon envie de jouer revienne et je reviendrai. Plus fort qu’avant. »…

Crédits photos :  AFP PHOTO / OLI SCARFF