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Après avoir accordé la Coupe du Monde au Qatar et déplacé le calendrier de celle-ci en hiver, la folie n’a plus de limites du côté de la FIFA : Gianni Infantino est décidé à ce que la Coupe du Monde se tienne d’ici 2026 à 48 équipes. Voici pourquoi il vous reste 9 ans de protestation pour empêcher cela.

Sep, Michel et le détournement de mineures

Forte de ses 212 associations allant de Saint-Vincent-et-Les-Grenadines à la France, la FIFA est un monstre transnational dont la mission « consiste à développer le football partout et pour tous ». Une activité qui serait louable si elle n’était pas régulièrement ternie par les scandales relatifs à l’utilisation frauduleuse des fonds tout aussi monstrueux qu’elle brasse au cours de son tournoi le plus fameux, la Coupe du Monde, mais encore et surtout par les guerres intestines que se mènent les personnalités qui la composent pour accéder à la fonction suprême de Président.

Si on ne présente plus Sep Blatter, et encore moins ses dérives, Gianni Infantino fait figure de renouveau depuis son élection à la présidence de la FIFA le 26 février 2016, succédant à un Blatter tombé en disgrâce. S’il était relativement inconnu du grand public, Infantino a eu le bonheur d’exercer les fonctions de Secrétaire Général de l’UEFA de 2009 jusqu’à son élection et ainsi se placer en véritable bras droit de Michel Platini avant que ce dernier ne tombe aussi pour des scandales financiers. Concrètement, Gianni n’a rien d’un enfant dans le game de la FIFA, il est rompu à toutes les pratiques des hautes sphères et a su le prouver par son ascension.

Toutefois, nul n’est censé ignorer que l’accès à la présidence de la FIFA se fait par un vote à la majorité des associations, chaque association ayant un vote ; il faut donc réussir à séduire même les nations mineures du football pour espérer être élu. Ce qui explique cette décision d’un passage à 48 équipes qui faisait partie du programme d’Infantino, inspiré du programme initial de Platini voulant un passage à 40 équipes, et qu’il se contente d’appliquer. En soi, un vrai détournement de mineures. Les associations d’Asie (AFC) et d’Amérique Centrale et du Nord (CONCACAF) étant naturellement favorables à une décision qui leur veut du bien mais veut surtout les 84 votes potentiels qu’elles représentent.

Hypocrisie sportive, la médiocrité en fausse solidarité

Au-delà de l’aspect politique politicienne de cette décision impulsée par Infantino, elle renferme surtout un caractère profondément hypocrite en ce sens qu’elle est présentée comme un candide moyen de développement du football. En réalité, le seul développement sera économique avec une hausse des revenus liés à la Coupe du Monde estimée par la FIFA à plus de 600 millions d’euros. En cause, un format assez déroutant avec un passage de 64 matchs sur 32 jours de compétition, selon le format actuel datant de 1998, à 80 matchs sur le même temps en commençant par 16 groupes de 3 équipes au lieu de 8 groupes de 4 équipes. Une machine audiovisuelle et financière plus qu’un véritable challenge sportif.

Car justement, on est aussi en droit de se poser la question du challenge sportif avec l’intégration de 16 équipes supplémentaires. Si l’Euro et son nouveau format de 2016 s’est révélé globalement prometteur par les belles performances de nations préjugées plus faibles, le recul est encore trop peu suffisant et l’échelle de la Coupe du Monde sensiblement plus grande pour en tirer une leçon positive. Il ne faut pas négliger que l’intérêt et le charme d’une telle compétition est principalement de voir s’affronter les meilleures équipes mondiales ; toutes les équipes nouvellement intégrées ne seront pas de la même trempe, de la même mentalité et du même niveau que l’Islande.

Si un rééquilibrage du nombre d’équipes est une bonne alternative, principalement pour trancher avec le règne hégémonique de l’UEFA qui truste 40% des places, il ne faut pas basculer dans une relative médiocrité par l’ajout spontané et brutal d’autant d’équipes. Surtout quand cette fausse solidarité envers les nations mineures est, à n’en pas douter, un détournement de la part de Gianni le pointeur…

 Crédits photos : AFP PHOTO / Michael BUHOLZER