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«Il n’y a que trois équipes dans le monde assez audacieuses pour mettre en place un jeu de position : le Bayern, le Barca et le Rayo Vallecano.», confie Pep Guardiola à Marti Perarnau lors de sa première saison au Bayern.
Pourquoi Pep Guardiola, l’un des personnages les plus importants de l’histoire du football, complimente-t-il ainsi le Rayo Vallecano ? La reponse est simple : Paco Jemez. Si le Rayo était l’une des équipes les plus attractives d’Europe, il le devait à l’entraîneur espagnol.

« Pourquoi ne pourrait-on pas battre un club plus riche ? Je n’ai jamais vu un sac rempli de billets marquer un but. »
Cette phrase prononcée par Johan Cruyff illustre superbement ce qu’a fait Paco Jemez en Espagne.
Alors non, il ne bat pas Barcelone ou le Real. Mais il fait bien mieux. Paco Jemez a montré, lors de son passage au Rayo Vallecano, qu’il était possible de produire un football ambitieux et attractif avec des joueurs limités et un budget très faible. Apôtre romantique du beau jeu, perfectionniste, dogmatique, Paco Jemez fait d’un muet un artiste lyrique.
Je force quelque peu le trait, je l’admets. Décryptage d’un homme à qui j’offrirais des perles de pluies… comme le dit la chanson.

Pas de demi-mesure

L’entraîneur espagnol ne fait pas dans la demi-mesure. S’interdisant presque les nuls, son Rayo Vallecano a concédé seulement 13 matchs nuls lors des 3 premières saisons mais 11 lors de la 4ème où le club madrilène sera relégué.
Fait qui crédibilise encore plus sa thèse sur les matchs nuls. « Pour une équipe comme la nôtre, dont l’objectif est toujours le maintien, les nuls ne sont pas très utiles. Le calcul est simple : les équipes entre le milieu et le bas de tableau en Liga perdent au moins la moitié de leurs matchs chaque saison. Il ne reste alors que 19 rencontres. Si vous faites 14 nuls et 5 victoires, vous n’avez que 29 points et vous descendez. Les nuls ne nous servent à rien. Soit nous gagnons soit nous perdons. Avec cet état d’esprit, nous gagnons beaucoup de matchs, 14 ou 15 par saison, et cela nous aide à atteindre notre objectif chaque année. » défend Paco.
Une mentalité ambitieuse mais également risquée, d’où leurs quelques raclées récoltées.

« Il faut savoir mourir avec ses idées. » Johan Cruyff

Sous l’égide de Paco Jemez, même face aux cadors de la Liga espagnole, le Rayo Vallecano avait toujours cette volonté de faire le jeu. Peu importe l’adversaire, il faut jouer. Que ce soit Barcelone ou Getafe en face, il ne renonce jamais à ses idées.
Ce dogmatisme lui a permis, entre autres, de mettre fin, au Camp Nou qui plus est, à l’historique série de 317 matchs consécutifs de possession positive du FC Barcelone. En septembre 2013, le Rayo Vallecano est parvenu à avoir la possession du ballon 54% du temps. Performance remarquable que son équipe rééditera même lors d’une défaite 5-2 face au FC Barcelone de Luis Enrique fin 2015.

Parmi les excellents matchs de son équipe face aux gros, difficile de ne pas mentionner leur rencontre face au Real Madrid de Carlo Ancelotti en avril 2015. Durant toute une mi-temps les Franjirrojos surclassèrent les Merengues. Malgré un superbe match, les joueurs de Paco Jemez s’inclinèrent 0-2 après avoir plongé physiquement.
Ce jour-là, ils sont allés presser le Real extrêmement haut en les privant d’oxygène dès le début de la rencontre. Ils ont même eu 56% de possession du ballon en se procurant énormément d’opportunités dont beaucoup ont été obtenues après de longues phases de possession débutées très bas.

Capable de prestations de grande qualité face aux gros en étant excellente en attaque placée, cette équipe était également capable de complètement
sombrer face à des équipes moins «prestigieuses» à l’image de ce match face au Celta Vigo où, en étant complètement dépassée, elle a perdu 6-0.
Au fond, peu importe, tellement cette équipe était capable sous les ordres de Paco Jemez de donner un spectacle superbe même en manque de talent et d’offrir du bonheur. Et ça, ça n’a pas de prix.

« Il est impensable d’obtenir un meilleur résultat que son adversaire en jouant plus mal que lui. » Arrigo Sacchi
Paco Jemez fait partie de ceux qui considèrent qu’il est presque immoral de gagner si on n’offre rien aux spectateurs.
Paco : « La meilleure façon de respecter quelqu’un qui dépense son argent pour venir te voir, c’est de tout donner. Si les gens repartent du stade et qu’ils se sont amusés, alors nous avons gagné. ». Il estime donc que pour gagner il faut jouer et accepte la victoire seulement en l’ayant méritée. «Mal jouer et gagner paraît acceptable. Moi je n’aime pas cette idée. Je veux que mon équipe gagne en l’ayant mérité».
Dans sa philosophie de jeu, Paco fait de la possession du ballon une nécessité : « Le fait de tenir le ballon est le plus important pour moi ». Peu importe l’adversaire, il veut que son équipe soit dominatrice en ayant le ballon, et si son équipe ne l’a pas, qu’elle exerce un pressing rapide, effectué en allant chercher l’adversaire le plus haut possible.

Les influences de Jemez sont nombreuses. Pep Guardiola d’abord, dont il s’est beaucoup inspiré pour son jeu de position et dont il est complètement fan : « Je pense que l’époque de Guardiola (avec son Barça) a été l’une des plus brillantes dans l’histoire du football. Peu d’équipes ont aussi bien joué au football que son FC Barcelone. » Outre Pep, il y a également Marcelo Bielsa avec qui il a partagé l’un des plus beaux matchs de sa vie en affrontant son Athletic Bilbao (victoire 1-2 à San Mames du Rayo Vallecano). L’Argentin a eu une réelle influence sur sa vision du football ; Jemez a d’ailleurs déclaré qu’El Loco ne dit « jamais de bêtises », qu’il est « quelqu’un de très intelligent » et qu’il a beaucoup appris de lui. Dans ses influences se trouve également Paco Seirul-Lo, préparateur physique historique du FC Barcelone de Cruyff, Van Gaal, ou Guardiola, qui a une méthodologie non traditionnelle.
Seirul-Lo : « Pour étudier tout les sports d’équipe, nous devons nous centrer sur le sportif en tant que personne, sur les critères spécifiques qui dans son sport engagent la nature humaine. Ceci, sans aucun doute, nous entraîne vers la nécessité d’élaborer une connaissance sur le sportif au moins aussi importante que sur le sport qu’il est en train de pratiquer. »

Tandis que la préparation physique traditionnelle se fait sans ballon, Paco
Seirul-Lo, ami de Paco Jemez, fait du ballon l’élément central.
Cela a véritablement eu un impact sur l’entraîneur espagnol et notamment sur ses séances d’entraînement qui se font toutes avec ballon.
Jemez : « La grande majorité des entraînements se fait entièrement avec le
ballon. Pour tous les exercices, les jeux, les tâches que l’on propose aux joueurs, le ballon est le dénominateur commun. »

Exemplaire

Paco Jemez défend une idée romantique du football et ne renie jamais ses aspirations esthétiques.
Paco : « Le résultat ne détermine pas quel genre de personne nous sommes, c’est la manière qui te définit. » De plus, Jemez a montré que le manque de moyens n’est pas une excuse : même avec un budget très limité, même avec des joueurs en manque de talent, il est possible de concilier beauté et résultat.
L’œuvre de Paco doit entraîner un changement de mentalité pour les équipes de bas de tableau.
Non, le maintien ne s’obtient pas obligatoirement par le bétonnage.
Oui, le jeu doit toujours primer.

Sources citations :
Entretien, Guillaume Gautier
http://www.dhnet.be/sports/football/europe/championnatsetrangers/paco-jemez-critiquer-le-jeu-deguardiola-c-est-de-la-barbarie-539b03633570d60b4dc71aaa
Entretien : Luis Miguel Hinojal Traduction : Rémi Belot
http://www.cahiersdufootball.net/article-paco-jemez-je-veux-que-mon-equipe-soit-la-patronne-surle-terrain-5978
Citation Paco Seirul Lo extraite du livrre «Eloge du style», Thibaud Leplat, qui avait été extraite du livre «El Modelo de juego del FC Barcelona», Oscar Cano Moreno.

Photo credits : (Photo by Guillermo Martinez/NurPhoto)