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Les transitions de cycles d’entraîneurs dans une équipe de football sont très importantes pour l’avenir sportif du club. Durant plus de 6 ans, Jorge Jesus était le tacticien de cette équipe portugaise où il a pris en charge d’énorme talents, comme par exemple Di Maria, Matic, David Luiz ou encore Gaitan, qu’il a fait grandir. Malgré le départ de ses nouvelles starlettes, le coach originaire d’Amadora au Portugal décide de rester et de faire progresser cette équipe détenant toujours un vivier de joueurs exceptionnels, qui nous sort un très bon joueur tous les 2 ans. Mais comme nous le savons rien n’est figé dans le football actuel : en effet après plus de 320 matchs sur le banc de Benfica, il part à l’été 2015 en quittant sa zone de confort pour aller au… Sporting Portugal.

Suite à ce départ prématuré pour le club rival de la ville, le SLB prend la décision de recruter local notamment avec la jeunesse pour un projet sur le long terme. C’est ainsi que le choix s’est tourné vers Rui Vitoria, ancien entraîneur du Victoria Guimarães depuis 2011. Âgé de 46 ans, il arrive dans une institution de renommée internationale après n’avoir connu que le Portugal dans sa carrière d’entraîneur et de joueur.

La première saison se passe très bien pour lui avec un triplé (Coupe de la Ligue, Championnat et Supercoupe), lui permettant de mettre sa philosophie en place avec un effectif très souvent modifié. Et on peut dire que ça continue sur la bonne voie cette saison avec une avance de 4 points sur le second, Porto, mais aussi une présence dans toutes les coupes.

Le dispositif tactique

Dans un premier temps, avant de chambouler un dispositif en place, il faut que l’entraîneur ait sa propre conception du jeu au lieu de rester debout avec sa touillette dans la bouche. Il doit avoir ses convictions sans se montrer rigide, mais il ne doit pas les renier. Rui Vitoria montre qu’il sait imposer les siennes par la mise en place d’une équipe à la fois solide défensivement et efficace offensivement, à l’image de son 4-4-2.

Dès que l’on choisit un système en football, on doit penser à son efficacité sur ses phases défensives. Pour ce faire, il faut avoir deux visions qu’il faut prendre en considération : soit on décide que notre équipe récupère le ballon ensemble comme on peut le voir avec Chelsea, ou bien on se fixe sur une défense où il y a une prise individuelle dans une zone comme on peut le voir avec le Manchester United de Mourinho.

Lorsque l’on prend l’initiative de choisir une récupération collective, le dispositif que Rui Vitoria a mis en place est le plus adéquat. Il permet de créer un équilibre pour l’équipe et d’avoir des transitions très rapides entre les phases défensives et offensives. C’est un système qui n’est pas figé et reste ouvert à tous les profils. Avec son effectif, le tacticien portugais peut se permettre de faire jouer la jeunesse, ayant des différents profils à tous les postes, ce qui facilite l’adaptation aux adversaires ou encore à des contextes de matchs.

Au but la place du vétéran Julio César a été laissée, pour cause de blessure au mois de mars dernier, à Ederson. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il met tout le monde d’accord. Gardien de la seconde meilleure défense du championnat de Liga Sagres, il est dynamique sur sa ligne et agressif sur ses sorties dans les pieds ou dans les airs. Mais surtout, le Brésilien, qui a été appelé dans le groupe de Dunga lors de la dernière Copa America, a une qualité de passe assez précise, permettant à Vitoria d’avoir 11 joueurs qui peuvent participer au jeu.

Sur le flanc gauche de la défense, le bon vieux Eliseu a dû laisser sa place à un jeune Espagnol qui nous vient du FC Barcelone, Alejandro Grimaldo. Rejeté pour 1,5 millions par les blaugranas pour Lucas Digne (mdr), le jeune espoir espagnol est allé du côté du Portugal pour avoir le temps de jeu qu’il méritait, avec une équipe jouant un football qui lui convient. Capable d’être placé au poste de milieu de terrain axial, ce latéral gauche de formation est connu pour son apport offensif grâce à un volume de jeu conséquent et à sa qualité technique, qui lui permet entre autres de tirer les coups francs par exemple. Après sa pubalgie contractée le 1er novembre, la jeune étoile espagnole a été remplacée par Eliseu, ancien titualire à ce poste. Mais l’international portugais s’est lui aussi blessé lors du match contre Moreirense (oui pas de bol, on peut le dire). Du coup, depuis ce match, André Almeida prend le rôle de latéral gauche qu’il effectue correctement avec ses qualités dans un poste ne lui étant à première vue pas familier.

Dans l’axe central, le duo Lindelöf-Luisao est en place et montre une certaine complémentarité. Parlons premièrement du briscard de cette équipe : l’ancien international brésilien qui a participé à 471 matchs avec Benfica est toujours ce joueur avec le physique imposant, allant au contact. Malgré son âge et les doutes le concernant sur son niveau, il apporte cette expérience et sagesse dans une équipe de jeunes louveteaux affamés.

A côté de lui, on retrouve un jeune guerrier qui grandit de match en match. Ayant débuté sa carrière à 16 ans en D3 suédoise, Victor Lindelöf est aujourd’hui un défenseur propre tactiquement avec un placement toujours correct, ayant un physique qui lui sert à répondre présent lors des duels et simple au niveau de la technique. Âgé maintenant de 22 ans, sa marge de progression est l’une des plus forte d’Europe à ce poste et ce ne serait pas du côté de Lisbonne que son avenir devrait continuer (annoncé avec insistance du côté de Manchester United), malgré son amour pour le club.

« Benfica est un grand club. Je suis très heureux d’être ici et d’apprendre autant que possible. Je n’aurais jamais été le footballeur que je suis aujourd’hui si je n’avais pas eu la formation que j’ai reçue au fil des années ici. Je dois beaucoup à Benfica ».

Dans le couloir droit, on retrouve un jeune poulain du centre de formation de Benfica nommé Nelson Semedo. Comme tous ses potes c’est un joueur bourré de talent mais inexpérimenté, qui prend malgré tout son plaisir du côté du Estadio da Luz. Impressionnant par sa capacité à fournir les efforts nécessaires, c’est un latéral capable de distiller d’excellentes passes décisives sur son côté et de remporter son duel près de sa surface de réparation contre un adversaire direct 30 secondes plus tard. Après le départ du briscard Maxi Perreira qui occupait ce poste vers Porto, la relève est toute trouvée avec ce néo international portugais, jusqu’au jour où il partira vers un top club européen.

Au cœur du jeu, on trouve un double pivot qui s’entend très bien avec une complémentarité marquante : Pizzi-Fejsa. L’ancien joueur de l’Atlético Madrid prend son pied sous le maillot rouge cette saison, marquant 7 buts et délivrant 4 passes décisives en 23 matchs toutes compétitions confondues. Cet international portugais est un joueur hargneux qui brille par son activité dans le cœur du jeu et sa capacité à créer des situations offensives pour son équipe ; c’est le véritable leader technique pour l’équipe de Rui Vitoria. Son profil est parfaitement résumé par celui qui l’a lancé, Joao Eusébio :

« C’est un joueur plutôt insatisfait, parce qu’il donne le maximum, avec passion. Il arrive à avoir une lecture tellement parfaite et créative, que c’est un joueur indispensable dans la mécanique du Benfica »

 

Concernant son compère sur le terrain, la pression était plus grande sur ses épaules à son arrivée. En effet avant le départ de Matic, le club de Lisbonne prévoit un remplaçant mais pas n’importe lequel : c’est quasiment un clone. Ljubomir Fejsa est un joueur de 28 ans, d’origine serbe, qui a fait ses classes du côté du Partizan Belgrade. Son arrivée n’a pas été tout de suite concluante avec des contre-performances et des blessures qui l’ont empêché d’être le titulaire indiscutable qu’il est actuellement depuis l’arrivée de Rui Vitoria. Habile techniquement, c’est un milieu récupérateur capable de dicter le jeu comme d’être un ratisseur de ballon en première ligne. Il est aussi celui qui va enclencher parfois les passes pour les deux ailiers.

Les joueurs de côté doivent être la force de toutes les équipes, car c’est généralement là que les décalages se créent par une présence ou par un duel remporté dans une zone excentrée : avec ses deux titulaires, le tacticien portugais peut prendre du plaisir sur le côté.

Premièrement, il y a le chef Eduardo Salvio qui est l’un des rescapés de la génération Jesus. Le vice-capitaine, blessé une partie de la saison dernière, est un joueur explosif grâce à son petit gabarit en plus d’être technique. Il apporte sa vivacité et son expérience (27 ans) en étant toujours présent dans les contextes particuliers ainsi que les moments importants.

De plus, on retrouve la nouvelle recrue phare de l’été, Rafa Silva. Le champion d’Europe, arrivé de Braga pour la somme de 16 millions d’euros, est le transfert le plus cher de l’histoire entre deux clubs portugais. Ce jeune ailier, qui a été intégré à l’équipe type progressivement, est un joueur pouvant apporter de la percussion en plus d’être un soutien technique grâce à ses qualités de dribbles et de passes (à l’image du match contre le Sporting).

Durant cette intégration, on a Cervi qui gagne du temps de jeu et qui montre qu’il est une très bonne solution de rechange. Ayant le même profil que Rafa, il apporte une vivacité et une explosivité permettant de faire des différences sur quelques mètres en plus d’être assez technique.

Enfin devant, deux jeunes briscards du football européen sont toujours là et répondent présent : Mitroglou-Jonas. Leur association est assez logique vu les profils de chacun. Dans un premier temps on a l’international grec qui joue un peu plus haut. Ancienne révélation de l’Olympiakos, il brille par sa capacité à garder le ballon dos au but grâce à son physique imposant (1m88). Son pied gauche de feu, son allure, ainsi que les buts inscrits ont de quoi étonner : frappes lointaines, coup-francs, acrobaties, tout y passe. C’est un attaquant moderne par excellence.

À côté de lui, un ancien pensionnaire de la Liga est en train de prendre son pied du côté du Portugal dans cette équipe. Jonas est un attaquant toujours présent au bon moment et au bon endroit. A l’aise techniquement et ayant une grande intelligence de jeu, il est l’élément central de l’attaque de Benfica. Même les journalistes portugais l’ont félicité : l’année dernière, il a été élu meilleur joueur de la saison 2015-2016 de la Liga Sagres en terminant meilleur buteur du championnat (31 buts).

Actuellement de retour progressivement dans le 11 de départ, le duo infernal pour cause de blessure a laissé la place à la jeunesse, avec notamment Raul Jimenez et Gonçalo Guedes. L’international mexicain apporte cette hargne sur les efforts défensifs et permet d’avoir encore ce point d’appui essentiel au système de Benfica. Son associé est un jeune joueur adroit devant les buts, bon techniquement et rapide.

Rui Vitoria est un entraîneur chanceux, avec un groupe possédant un potentiel énorme dans lequel des joueurs qui peuvent devenir les meilleurs à leur poste sont associés à des anciens apportant cette sagesse et cette expérience qu’il peut manquer durant les rencontres ou moments importants. Suivies par les plus grands d’Europe, les pépites vont-elles rester longtemps du côté de Lisbonne ? Seul l’avenir nous le dira mais pour le moment, le tacticien portugais profite de leurs qualités pour avoir un jeu léché et plaisant à voir.

Credit photo : slbenfica.pt

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  1. Je vous remercie pour vos articles, et pour votre considération envers Benfica et le foot Portugais en général.
    Etant moi même socios, je ne suis personnellement pas totalement d’accord avec vous sur certains points (surtout sur les caractéristiques), mais ça reste un tres bonne article !

    Ce qui fait la force de Benfica cette saison c’est qu’il n’ait pas 11 joueurs mais 22 joueurs de top niveau et interchangeable.

    Défensivement, vous avez cité le tandem Luisao et Lindelof, mais Lisandro Lopez et Jardel c’est loin d’être dégueulasse, je les trouve même meilleurs individuellement. Luisao et Lindelof ça manque un peu de vitesse et d’agressivité à mon gout.

    Au milieu de terrain, vous avez oublié de citer le jeune Andre Horta qui a commencé la saison titulaire mais n’était plus dans l’effectif pour blessure, il est revenu la semaine dernière en jouant 18 minutes contre Guimarães.
    Il y a aussi Andreas Samaris, titulaire du temps Jorge Jesus et relayé sur le banc par Rui Vitoria.
    Et puis Danilo, le jeune Brésilien, dont l’agent n’est autre que Gestifute de tonton Mendes.

    Plus offensif, il y a le serbe Zivkovic venu du Partizan Belgrad, suivi de prêt par le PSG, City et liverpool avant son arrivée cet été. Pour l’instant il a démontré de bonne performance lorsqu’il est entré en jeu et en coupe.
    Et Carillo, l’ancienne pépite Brésilienne du Sporting; en conflit avec son ancien club il a été contraint d’attendre la fin de son contrat pour quitter le club et…. signer au Benfica.

    Ce vivier de joueurs a permis à Benfica d’être premier de la Liga, et toujours en course dans toutes les compétitions dont la C1 malgré les très (trop) nombreuses blessures cette saison.
    Avec le retour de joueurs clefs pour cette deuxième partie de saison, rien ne semble pouvoir les arrêter au niveau national.

    Et au niveau des jeunes craques de l’équipe B et de la formation. (peut être votre prochain article ?) on peut parler de Kalaica le défenseur Croates de 18 ans, Zé Gomes l’avant centre et Joao Carvalho le milieu de terrain, tous les deux formés au club.

    M’enfin bref, ce qui devait être un commentaire c’est transformé en contre-article.

    Abraço Benfiquista.

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