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Deuxième partie de La Palette de Charaf, consacrée à Benfica. Pour (re)lire la première partie, sur l’effectif du club lisboète, rendez-vous ici.

Les phases défensives

Pour qu’un système puisse être très bien rodé, il faut que toutes les phases soient effectuées dans le sens que l’entraîneur veut avoir. Défensivement, les consignes de ce dernier doivent permettre à l’équipe d’être le plus possible réunie et compacte.

Lors du match face au FC Porto (1-1), l’équipe de Rui Vitoria subit durant une longue période et met en évidence ses principes lors des phases défensives. Sur cette image, on observe que le bloc équipe se forme en 4-4-1-1 avec Guedes un peu plus en retrait que Mitroglou. Ce dispositif est l’un des plus récurrents dans le football moderne et l’un des plus efficaces durant ces phases, car plusieurs aspects sont contrôlés.

Premièrement sur le front de l’attaque, la position reculée du jeune prodige portugais crée une présence dans la zone du milieu récupérateur adverse, qui est essentiel à la construction du jeu. Avec ce positionnement, Danilo peut soit être présent dans la même zone et réaliser un exploit technique efficace face à son adverse direct, soit décrocher au niveau des deux défenseurs centraux. Dans cette situation, il décide de choisir la seconde option ce qui va amener un handicap. Une zone ne sera pas exploitée par le FC Porto mais défendue quoi qu’il arrive par Guedes restant dans cette partie du terrain. De plus, son équipe se retrouve dans une situation où trois joueurs sont derrière le ballon et cela crée un souci sur l’occupation du terrain. Benfica montre bien que son occupation est efficace et conçoit des difficultés à la création du jeu.

Au niveau du milieu de terrain, la ligne des 4 joueurs va permettre de contrôler la largeur avec des joueurs excentrés. La profondeur quant à elle sera contrôlée par les mouvements que le porteur de balle adverse effectuera. Sur cette illustration, on observe que Pizzi va presser le porteur de balle (Oliver Torres) pour l’obliger à reculer et revenir en arrière. Avec l’orientation de l’ancien joueur de l’Atlético, Samaris va s’orienter vers l’espace libre créé pour couvrir les possibilités de passes que le porteur de balle pourrait effectuer. Défensivement, les intentions sont claires : Rui Vitoria veut que l’équipe adverse ne puisse pas poser le jeu et qu’elle soit obligée de jouer sur de longs ballons.

Enfin, le back four se place selon le positionnement de l’attaque adverse. On remarque que la défense de Benfica est resserrée vis-à-vis du positionnement des ailiers qui se postent dans les half-spaces. De ce fait, Nelson Semedo et Eliseu vont rentrer dans l’axe pour combler ce trou, utilisé par l’adversaire, les empêchant d’être pris de vitesse.

Lorsque l’équipe est assiégée par son adversaire, elle se positionne en bloc bas en essayant de contrôler tous les espaces possibles.

Contre le Napoli de Sarri (défaite 2-1), les rouges sont disposés en 5-3-2 lorsque les italiens s’imposent dans leur moitié de terrain (les 10 joueurs de champ dans le camp de Benfica).

Tout d’abord la ligne défensive est plus large et numériquement supérieure au système habituel, car on voit que les Napolitains occupent très bien la largeur du terrain par la présence de Ghoulam et Callejon sur les côtés. Le dispositif permet d’avoir un apport numérique supérieur dans toutes les zones importantes avec cette assise défensive. Sur les côtés, on retrouve un 2 contre 1 avec l’apport du milieu excentré du même côté qui va obliger l’adversaire à jouer en retrait et perdre du terrain sur l’avancée. Pour former cette « barrière » de joueurs, on voit que Salvio redescend et occupe le rôle de latéral. Grâce à sa vélocité et son intelligence de jeu, Rui Vitoria a décidé de le faire travailler défensivement pour l’équipe, en lui demandant d’occuper ce poste lors des phases défensives où le bloc est bas.

Dans l’axe, on retrouve une défense à 3 avec Semedo qui se recentre et toujours le duo Lindelof-Luisao. Le positionnement crée un surnombre avec un 2 contre 3 visible en faveur des benfiquistes. Cela va permettre de contrôler la profondeur à l’aide d’un des 3 joueurs à la couverture et d’être gagnant sur les seconds ballons. De plus, les décrochages (d’un Insigne sur le match) vont toujours être contrôlés par l’un des 3 défenseurs du fait que le mouvement sera suivi et obligera à trouver une solution assez rapidement.

Ensuite, au centre du bloc équipe, les 3 joueurs sont essentiels dans l’équilibre défensif. Ce sont eux qui vont couvrir les espaces laissés par le repositionnement de Salvio à droite. Derrière eux, la largeur est contrôlée par le surnombre mais pas dans leurs différentes zones. Le coulissage est donc important pour empêcher l’adversaire d’avoir le temps de trouver des solutions.

Sur cette image, on remarque qu’Hamsik est agressé par Fejsa, l’obligeant à jouer vers son but : il ne reste pas passif et bien placé. Le comportement du Serbe montre que Rui Vitoria veut faire déjouer l’adversaire avec une animation défensive simple et des attitudes qui vont obliger Naples, sur cette rencontre par exemple, à attendre l’erreur technique ou d’inattention. 

Enfin devant, il y a toujours ce duo d’attaquants qui coordonne ses mouvements. Leur emplacement va permettre de presser sur les défenseurs centraux, qui aiment être présents à la première relance, et de cadrer le milieu récupérateur qui se trouve derrière eux.

En plus d’être une équipe cohérente dans les deux phases précédemment citées, Benfica a une idée lorsque le bloc équipe se retrouve haut.

Le pressing est devenu une pensée répandue dans le football moderne depuis l’arrivée de Klopp et son célèbre contre-pressing de classe allemande. Mais c’est très risqué à effectuer car les mouvements doivent être coordonnés, au risque d’être pris de court et d’amener une situation de crise si l’adversaire arrive à trouver un décalage sur un pressing mal effectué. Pour l’équipe de Rui Vitoria, on remarque que le pressing est assez bien réalisé, de plus l’idée de faire reculer l’adversaire et de le faire déjouer marche.

Observons ensemble l’illustration de cette situation. Au départ de l’action, André Almeida part sur son côté gauche et essaie d’enclencher un une-deux avec Cervi. Mais la justesse de la passe de l’ailier n’est pas au rendez-vous, et il va rendre la balle à Callejon situé derrière eux.

Dès la récupération du ballon, l’ancien joueur du Real Madrid décide de jouer vers son compatriote Raul Albiol, car il ne voit aucune solution proche et pense à la nécessité de  ressortir le ballon pour construire une attaque placée. Lorsque le choix de l’Espagnol a été fait et compris par les joueurs de Rui Vitoria, c’est là que la décision du pressing va être mise en place.

On remarque qu’Albiol décide de chercher la solution axiale mais les joueurs de Benfica sont déjà en place. Leurs orientations de corps indiquent que les Italiens vont être dans l’obligation de jouer vers l’arrière et de retourner vers Reina : Fejsa s’oriente vers Hamsik pour fermer la solution, alors que Cervi va dans le même objectif s’orienter vers Hysaj. De plus, le positionnement des deux attaquants et le pressing de Pizzi sur Diawara va conforter l’idée que la seule solution pour Naples est de jouer vers l’arrière.

Le pressing de Benfica a été concluant au final car on voit que les Napolitains se retrouvent dans leur moitié de terrain, ils sont loin des buts d’Ederson et doivent se dégager. Mais il y a quelque chose d’important en bas de l’image. Cervi se retrouve dans une situation où il a deux joueurs à prendre : Hysaj et Allan. On remarque même que l’ancien joueur de Rosario Central oriente son regard vers le latéral droit de Naples, pour être à distance égale avec Allan. Ce décalage se situe d’un point de vue tactique mais également de pressing, comme on peut le voir ici, car le milieu portugais se trouve en infériorité numérique. Heureusement pour les Portugais, le poussin jaune de Naples va décider de jouer sur le côté opposé.

Sur les phases défensives, Benfica les gère entièrement avec des concepts à respecter et des mouvements à effectuer. Cette équipe portugaise réunit très bien les deux car les joueurs sont toujours assez proches des défenseurs centraux qui ne se retrouvent jamais à plus de 50 mètres des deux attaquants. Le bloc est toujours compact et mobile, obligeant les équipes adverses à être patientes afin de créer les décalages adéquats, à l’image du match de Ligue des Champions où le Bayern de Pep a eu du mal à se défaire des lisboètes, la saison dernière. L’entraîneur espagnol leur a même adressé un éloge dernièrement, en disant que c’est une équipe sous-estimée qui possède le système défensif le plus efficace d’Europe. Il est peut-être dans l’abus concernant sa comparaison à la “meilleure équipe défensive”, mais il a au moins raison sur une chose : le SL Benfica est l’une des meilleures équipes d’Europe.

Les phases offensives

Grâce à cette sérénité défensive qu’il a réussi à créer au fil du temps, le tacticien portugais peut être plus pointilleux sur les phases avec le ballon. Lorsque l’on voit les différents joueurs dont il dispose, on peut s’attendre à  quelque chose de pas mal. Et bien, c’est le cas.

Pour mettre en place des attaques de qualité, il faut avoir une relance qui puisse créer les premiers décalages :

On peut avoir des relances de plusieurs types avec  3-4 joueurs assez bas sur le terrain et le reste au-dessus de la ligne médiane, afin d’amener un surnombre et une présence sur les seconds ballons. Mais c’est du football rudimentaire. Benfica est une équipe qui aime avoir le ballon malgré le fait qu’elle sache défendre correctement. Et ça se voit dès le début des actions.

L’équipe de Lisbonne se positionne dans la configuration que l’on observe sur cette image : 2-3-3-2.

Premièrement, si la relance se fait à partir d’Ederson, on voit que le gardien brésilien prend part au jeu car c’est un portier qui a une qualité de relance au pied excellente, qui doit être exploitée dès que c’est possible. Il permet d’apporter un soutien aux défenseurs centraux et d’être un 3ème joueur, essentiel à la relance. Cette présence permet une supériorité face à un potentiel pressing adverse, qui se fait habituellement à 2 maximum dans cette zone-là.

Ensuite, on retrouve une autre ligne de 3 avec les deux latéraux ainsi que le milieu récupérateur. Leur positionnement va créer deux solutions de passes aux centraux. Déjà avec un joueur excentré sur un côté, qui va être généralement choisi par le porteur de balle lorsqu’un décalage se trouve, ou avec un joueur axial, qui doit être capable d’orienter le jeu vers l’avant ou de revenir en arrière.

La présence axiale du milieu récupérateur va être essentielle à la continuité de la construction. C’est un joueur qui doit être capable d’orienter le jeu assez rapidement pour jouer sur le décalage qui a été créé au fur et à mesure. C’est aussi lui qui peut faire les différences avec un dribble ou une passe, cassant les lignes adverses lorsque l’équipe fait face à un bloc bien en place.

Enfin, 3 joueurs vont être aussi impliqués dans la construction des actions, se situant plus haut sur le terrain : le milieu relayeur et les deux milieux excentrés. Sur l’illustration, le positionnement de ces derniers est plus axial que sur le dispositif tactique que l’on voit sur les feuilles de matchs. Ils se situent dans l’interligne du milieu et de la défense adverse. C’est utile pour deux choses. Dans un premier temps, leur placement lors de cette phase va permettre de créer des solutions de passes, que ce soit pour les défenseurs centraux, ou pour la seconde ligne de 3 avec un intervalle qui peut s’ouvrir au fur et à mesure des enchaînements. Ensuite, c’est une solution entre une attaque placée et une phase de transition, car une passe qui trouve preneur dans cette zone va mettre l’équipe adverse en crise.

Réutilisons l’image précédente pour illustrer les derniers propos. Supposons que Luisao, qui est ici porteur du ballon, se retourne et trouve directement Cervi dans l’axe. On remarque que 5 joueurs d’Estoril seront alors effacés, ce qui mettra en crise le bloc équipe, car on se retrouvera dans les 50 mètres avec une situation de 5 contre 5, alors qu’ils étaient en place.

Les deux « piles électriques » sont accompagnées par le milieu relayeur qui a lui un rôle d’électron libre dans le jeu. C’est un meneur de jeu excentré qui se balade dans les interlignes, pour faire le lien entre le milieu et l’attaque.

Malgré une liberté dans ses mouvements, il reste tout de même influencé par l’avancée de la relance.

Lorsque le jeu avance et que l’on sort de la surface de réparation, on se doute bien qu’Ederson ne va pas monter avec les deux défenseurs centraux pour effectuer la relance. De ce fait, on voit que le milieu récupérateur s’intercale entre les DC, afin de garder cette ligne de 3 à la première relance. Par conséquent, des mouvements vont être coordonnés avec ce déplacement. Il y a premièrement la montée des deux latéraux qui vont commencer à occuper l’espace libre se situant en face d’eux, et le déplacement du milieu relayeur. Il se doit d’apporter le soutien à la ligne de 3 pour effectuer le même travail que le milieu récupérateur, comme dans la situation précédente.

Le seul positionnement qui reste, comme tout à l’heure, est celui des deux joueurs excentrés. Ils vont toujours créer cette situation axiale en plus d’amener les espaces libres pour les latéraux.

Après avoir passé cette phase, l’attaque placée est en cours car la quasi-totalité de l’équipe adverse défend dans son camp. C’est donc une autre organisation qui s’établit.

Cette image face au Pacos de Ferreira permet de montrer leur animation. On voit que le milieu récupérateur est la première rampe de lancement, grâce à son positionnement devant la défense centrale. Ensuite, il y a le milieu relayeur qui va être le meneur de jeu (on le voit mieux lors des attaques placées). Enfin, il y a le positionnement des deux attaquants qui ne va pas rester fixes, comme on l’observe ici. L’un des deux peut décrocher pour apporter du soutien dans l’organisation, pendant que l’autre se positionne plus haut dans le rôle de finisseur.

Mais le plus important dans cette animation reste les côtés. Rui Vitoria met en place deux types de situations que les joueurs peuvent faire varier selon leurs intentions. La première consiste pour l’ailier à occuper son poste et à jouer le duel en 1 contre 1 face à son adversaire direct. Cette situation va permettre au porteur de balle d’avoir 3 solutions, avec son latéral qui peut dédoubler ou être en retrait, le milieu relayeur qui sera présent dans l’axe et l’attaquant de pointe sur son côté qui peut faire office d’appui.

La seconde permet au latéral d’occuper l’espace libre que l’ailier va créer. Ce dernier va entrer dans l’axe pour être en soutien de l’organisation du jeu, et son déplacement va être la conséquence d’un décalage. Lorsque le latéral sera trouvé, il se projettera dans la surface afin d’être à la réception du centre.

Lorsque cette solution est choisie, on voit que l’arrière opposé ne se projette pas et va être en retrait en cas de contre-attaque, pour ne pas déséquilibrer la défense.

La carte de passes montre que l’animation offensive passe bien par les côtés. Cette force s’explique par l’influence des latéraux dont Rui Vitoria dispose. Ce sont des joueurs apportant une contribution offensive qui permet d’avoir un joueur en plus dans le camp adverse, ainsi que des centres de qualité. De plus, ce schéma illustre l’influence du milieu relayeur dans le jeu.

Benfica est une équipe capable de manier le ballon et de faire déjouer le jeu de son adversaire grâce à la qualité technique de ses joueurs ainsi qu’à l’intelligence tactique de Rui Vitoria. Cela permet aux joueurs d’être efficaces lors des phases avec le ballon. Mais avec la vitesse des ailiers, c’est aussi une équipe redoutable en contre.

Située à la première place en Liga Sagres et qualifiée en 8èmes de finale de Ligue des Champions, cette équipe peut connaître une nouvelle saison de gloire, amenée par un entraîneur qui arrive à mettre ses idées à exécution. Connu pour être un vivier de talents, elle connaîtra des départs à l’intersaison, mais pourra se renouveler, comme cette année avec l’arrivée de Cervi pour remplacer le départ de Nico Gaitan.

L’avenir s’annonce radieux du côté d’Estadio del Luz.

Crédits photo : EPA