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« Un peu de toi, une dernière fois. Le temps d’un moment, le temps d’un instant ». Depuis cette minute où une force étrangère a choisi de reprendre le contrôle de ton corps, nous pleurons tous ton absence. Nous donnerions tout, sans modération, pour pouvoir goûter une nouvelle fois au plaisir de te voir évoluer dans ton jardin d’Amsterdam. Pour t’admirer encore, dansant au milieu de tes courtisans, tel un prince au milieu de la Cour. Pour te peindre, toi esthète du sport roi. Oeuvre d’art à toi seul quand tu décides de nous éclabousser d’un talent extrême, nous serions disposés à dépenser toute somme, même la plus folle, pour t’acquérir, pour passer un dernier instant au plus près de ce qui aurait dû représenter le futur, notre futur.

Comme les légendes de ce sport, ton éclosion s’est effectuée dans un club qui sait former sa jeunesse, qui sait la mettre en avant. Une jeunesse jusqu’ici symbolisée par ton sourire, innocent, désintéressé et sincère. Un sourire qui restera à jamais gravé dans nos esprits. Plus qu’une sommaire image, il était synonyme de bonheur pur et inégalable. De surcroît, il prouvait au plus grand nombre ton amour profond pour cette discipline dont tu servais chaque jour la cause. Innover, créer, vendre du rêve à ceux qui ne vivront jamais que le cauchemar, profiter de l’instant présent, autant de verbes qui devaient certainement être les fondements de ton credo, de ta raison d’exister.

Photo credits : ajaxdaily.com

 

Né à Amsterdam, tu étais devenu l’égérie d’une ville, la coqueluche d’un public. Formé à l’Ajax comme un certain Johan Cruyff, tu suivais la voie des demi-dieux. Cette voie royale que peu peuvent se permettre d’emprunter, par manque d’aura, d’ingéniosité. Le ballon, ton meilleur ami comme tu le disais, contribuait paradoxalement plus souvent à te faire des ennemis qu’à créer des affinités. Ton aisance pour le manier avait bâti une réputation de magicien autour de ton nom. Une notoriété et une légende qui se narraient partout en Europe, et bien au-delà de nos frontières. Tu faisais partie de ce cercle clos des joueurs capables de faire frissonner sur une touche de balle, de faire lever une foule compacte sur un coup de rein. Si ton sport était un art, tu étais en passe d’en devenir ce génie toujours copié, jamais égalé.

Comme ton ancêtre, tu avais enfilé la tunique orange, celle de ta nation, de l’unique véritable amour de ta vie. Passé par toutes les catégories jeunes, tu toquais à la porte de l’étage supérieur pour y faire régner une fois de plus ta loi. Ton ambition, ton insouciance et ton insolence auraient bientôt décidé Dick Advocaat à te sélectionner, à t’aider à réaliser le grand saut. Celui qui t’aurait fait passer de révélation à lumière de ton siècle, pour la plus grande fierté de tes proches.

Photo credits : fminside.net

 

La saison passée, ta première sous le feu des projecteurs, ta dernière aussi à notre plus grand regret, aura suffi à te désigner comme le chef de file de cette génération dorée. Les autres membres de cette constellation, les Dolberg, Younes & Co n’auraient osé contredire ta science du football. Toi qui le sentais comme personne, tu savais mieux que quiconque où guider le ballon, où se placer sur le terrain. Véritable visionnaire, tu avais cette capacité à lire entre les lignes, à voir la face cachée du monde dont personne n’aurait ne serait-ce que soupçonné l’existence. Toi, tu y trouvais un sens. Le sens de ta vie, de ta vie de football.

Photo credits : www.thesun.co.uk

 

Ces quelques mots, mis bout à bout, n’auraient que pour dessein d’esquisser ton portrait. Seulement, ils ne seront jamais, et ne sauront jamais être à ta hauteur, à la hauteur de ton prestige. Muse et peintre de ton temps, tu auras toujours eu ce double rôle : celui de dépeindre ta vision du football tout en l’incarnant. Si par bonheur je ne pouvais passer rien qu’une seconde auprès de toi, je l’utiliserais pour te glisser ces quelques paroles : « Stay Strong Appie ». Pour ce que tu étais, pour ce que tu es et pour ce que tu seras, nous ne saurions nous montrer qu’admiratifs. Tu resteras à jamais notre exemple. Tu resteras à jamais dans nos cœurs. Aujourd’hui et demain, Abdelhak, tu resteras à jamais notre Nouri.

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