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En cette période estivale de disette footballistique, une lumière dans les ténèbres est sur le point d’apparaître : l’Euro Féminin 2017. Disputée du 16 juillet au 6 août aux Pays-Bas, la compétition sera retransmise en direct et en intégralité sur France Télévisions. A cette occasion, France 4 a décidé de diffuser un documentaire retraçant l’histoire de l’autre équipe de France. « Les Bleues avec un E » est à retrouver ce dimanche à 22h50.

Alain Vernon, le réalisateur du film, est à l’initiative du projet. Ancien joueur de CFA, il a ensuite été intégré au monde de la télévision. « J’ai été embauché par Robert Chapatte en 1982 à Stade 2. J’y suis resté plus de 7 ans. J’ai fait le football tout de suite avec Thierry Roland et Bernard Père à l’époque, parce que je suis moi-même un ancien joueur. » Pendant cette période, Alain Vernon découvre le football féminin. « Assez rapidement je me suis intéressé au foot féminin, dès mes premières années. L’équipe de France jouait déjà, même si elle n’était pas médiatisée à l’époque. Au début des années 2000 je me suis intéressé aux Lyonnaises, qui commençaient à percer, même si à Stade 2 certains étaient encore réticents sur le foot féminin. Et puis je me suis attaché à elles. Maintenant je les connais un peu, et donc j’ai voulu raconter l’histoire de l’Equipe de France, d’où l’idée du documentaire », explique-t-il. Le joueur devenu réalisateur, avec plusieurs films dont un documentaire sur le XV de France, lance alors l’idée de présenter l’histoire des Bleues. Les choses s’enchaînent rapidement : « On a mis six mois pour le tourner et le monter. Ça a été assez vite parce que je savais ce que je voulais. J’ai regardé pas mal d’archives quand même, mais j’avais une idée assez précise dès le départ, et c’est une histoire assez récente, qui n’a commencé qu’en 1971, donc c’était plutôt rapide. Autant l’histoire du foot masculin a commencé tôt –aux JO de 1896 il y avait déjà du foot, en 1904 l’équipe de France a commencé à jouer-, autant le foot féminin a mis beaucoup plus de temps. Le foot pour les filles est rentré un siècle plus tard aux jeux olympiques, en 1996 seulement. Donc c’est tout neuf l’histoire de l’équipe de France féminine. »

Ce film, qui retrace ainsi l’histoire du football féminin de sa création à nos jours, va au delà de la simple frise chronologique. Il oscille entre le documentaire sportif et le reportage sociétal. « C’est un vrai choix éditorial. Il y a eu une telle évolution dans la société qu’il fallait la montrer. C’est pour ça qu’on a attaqué dès le début par ce commentaire de 55 sur les femmes à la cuisine, qui paraît aujourd’hui totalement fou. Ça plante tout de suite le décor. »

Une histoire jonchée de plusieurs événements qui ont propulsé le football féminin sous les projecteurs. Après une période de découverte, d’ouverture du monde du football aux femmes, marquée par l’hégémonie rémoise, vient le temps de l’envol. « La victoire en 1998 a aidé Aimé Jacquet à ouvrir Clairefontaine au foot féminin et aux espoirs. Ensuite, la victoire des Lyonnaises en 2011, quand elles ont été championnes d’Europe, a permis l’éclosion du foot féminin. Aulas a mis tous les moyens pour les filles, il les a fait jouer à Gerland… Les accords entre France Télé, Eurosport et la fédé se sont noués à ce moment-là pour diffuser la division 1 régulièrement… C’est là qu’il y a eu l’explosion. Le nombre de licenciés est passé de 50 000 à 120 000 en moins de 10 ans je crois.»

Une explosion poursuivie depuis par la plupart des clubs français, qui commencent à investir vraiment sur la formation. « Ca évolue doucement mais maintenant dans tous les clubs pros il y a une section féminine, une formation… Il y a le projet sport de Clairefontaine qui marche et qui a son développement propre… C’est en train de grandir. Mais il faut laisser un peu de temps. Pour les hommes ça a mis du temps. Là pour les filles ça va à vitesse grand V par rapport à ce qu’a été l’histoire des hommes. Après ça peut être une bulle qui monte, qui monte et puis qui explose un jour. Le foot féminin aurait peut-être moins d’attrait que le foot masculin pour le téléspectateur… Mais je ne le pense pas, parce que c’est un spectacle agréable, il y a un état d’esprit différent, elles portent des valeurs qui sont bonnes pour l’image du sport. ».

Pour la suite, Alain Vernet voit le football féminin continuer sa progression. « Je pense que le niveau va s’élever. Il va y avoir plus de matchs médiatisés. Jusqu’à présent on médiatisait seulement un Lyon-PSG ou PSG-Montpellier parce qu’il manquait des bons clubs français. Mais maintenant qu’il y a les Girondins, l’OM… Une fois que tous les clubs de ligue 1 auront une grosse section féminine on aura le pendant de la ligue 1 en foot féminin. Évidemment ça fera moins d’audience, il y aura moins d’argent… Mais quand je vois les agents qui commencent à tourner autour des filles maintenant que l’EDF est dans les grands clubs, c’est en train de changer. Il va y avoir de plus en plus d’argent et de médiatisation du foot féminin, c’est évident. Ça va devenir un peu comme en Allemagne ou dans les pays nordiques. Il y aura peut-être une limite, mais ça n’a pas fini d’évoluer. Et puis il y a surtout une chose qui va se passer c’est que dans 2 ans il y a la Coupe du Monde en France, et là ça va vraiment exploser.»

Avant cela, place à l’Euro « On a envie de penser que cette année c’est la bonne. Notamment parce qu’il y a pas mal de filles dans cette équipe qui sont proches de terminer leur carrière, et d’autre part il y a aussi des plus jeunes qui ont déjà le goût de la victoire. Donc je pense que ce mélange peut aboutir à un podium. »

Pour tout savoir de l’histoire des Bleues, rendez vous ce soir, 22h50 sur France4.