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Nous l’avions quitté en 2013, à la fin de son contrat avec l’AS Nancy Lorraine, nous le retrouvons sur les pelouses françaises cet été. Paul Alo’o Efoulou, ancien meilleur joueur de Ligue 2, est de retour en France, après une pige de presque quatre ans dans le Golfe. Aujourd’hui sans club, celui qui recherche « un challenge sportif, un endroit où prendre du plaisir » s’entraîne avec l’UNFP FC, l’équipe des joueurs sans contrat. Il nous raconte son quotidien, l’ambiance dans ce club particulier, et ses envies à bientôt 34 ans.

Bonjour Paul, nous t’avions un petit peu perdu de vue depuis ton départ dans le Golfe, tout d’abord comment ça va ?

Ça va bien ! J’ai continué à faire mon métier comme je l’ai toujours fait, malgré le changement de pays, de mentalité… Là haut, c’est le même engouement, la même passion, la même pression, peut être même plus ! Au final, ce fut beaucoup de plaisir sur le terrain, un petit peu moins en dehors car la vie est différente. Mais aucun regret, j’ai appris beaucoup, j’ai mûri, acquis de l’expérience. Très bonne expérience !

De France, on a l’impression que l’Arabie Saoudite est le pays du Golfe où règne le plus de passion. Ça doit être sympa de jouer là bas ?

J’ai continué à faire mon métier, avec plus de passion que ce que j’ai connu en France. Ce fut une très belle surprise. J’ai passé de très belles années là-bas. Ce n’est pas compréhensible pour ceux qui n’y ont pas mis les pieds. Jouer dans ces conditions, c’est franchement plaisant. Il y a de l’attention, de la pression, des attentes au niveau des résultats… Le club a eu de très bons résultats quand j’y étais. Ces trois années sont passées très vite. Tout ça m’a donné encore plus envie de continuer à jouer. Ici en Europe, les gens regardent souvent l’âge des joueurs, là-bas, tu es juste jugé sur tes performances. Sur le terrain, j’étais en forme, donc c’était très bien.

Pourquoi as tu eu envie de rentrer aujourd’hui ?

J’ai décidé de rentrer pour ma société (https://c-bryd.com/), une marque de vêtements créée depuis maintenant 3 ans. Je pense à l’après carrière. C’était le moment de revenir, je voulais continuer le foot. Pour voir ma famille aussi, on se voyait peu, tous les mois ou tous les deux mois, ce n’était pas évident…

Comme es-tu arrivé à l’UNFP FC ?

C’est moi qui ai fait la démarche. Je savais que ça existait et que c’était un bon stage pour les joueurs au chômage, pour retrouver un club. J’avais fait mon dernier match le 13 mai, ça faisait long d’attendre à la maison. C’était une façon de me remettre en route, et de juger mon niveau par rapport à ce qui se fait actuellement en France. Je suis très content de voir que je suis toujours dans le bon tempo, à un bon niveau ! Je pensais que j’allais être un peu en galère mais pas du tout ! Je me sens plutôt très bien, ça a été une très bonne décision de venir ici. On est dans un cadre professionnel, un staff technique génial, c’est le top. Ça ne peut que nous aider. Si on est amené à retrouver un club, ça ne posera pas de problème de rythme, on sera affûté.

Quels sont tes relations avec Ghislain Printant, le coach de ce stage ?

Je le connaissais juste de nom et c’est un personnage attachant, plein de valeurs, avec sa rigueur des gens du Sud. Travailler avec lui fut un plaisir, sa façon de travailler est ce qu’il nous faut ici. C’était un bonheur. C’est quelqu’un avec qui j’aimerais travailler plus tard !

De l’extérieur, l’UNFP FC semble être une grande famille, tu confirmes ?

Un truc s’est créé dès le début. Un truc inexplicable. On a chacun un but, des ambitions, mais on sait que le foot c’est collectif. A travers les matchs qu’on joue ensemble, à travers les résultats, on se sublime autant collectivement qu’individuellement. Le stage est conçu dans cette idée, dès le départ, on nous a fait comprendre comment nous devions fonctionner. Ça fait des années que ce stage est mis en place (ndrl : depuis 1990), ils savent comment faire. C’est vraiment un plus d’être ici. Si on fait un match comme on a fait hier (cf : contre Amiens, victoire 1-0), cohérent tactiquement, il faut comprendre qu’il y a un travail derrière. Si on l’avait joué individuellement, ça n’aurait pas été aussi abouti tactiquement. Dans tout ce qui est volonté, on envoie un peu plus sur le terrain, mais gros travail derrière pour produire ce jeu qui permet de gagner contre des équipes qui ont une cohésion plus avancée que nous.

Vous enchaînez les bons résultats (après deux défaites et un nul, deux victoires contre des équipes de Ligue 1, Amiens et Troyes), est ce que les sollicitations arrivent aussi ?

Ça fait trois semaines que nous sommes arrivés et il y a déjà deux collègues qui ont trouvé un point de chute. La preuve qu’on est suivi et regardé. Des sollicitations oui il y en a. Mais entre une sollicitation et une concrétisation, vous savez… On espère que ça arrivera vite pour tout le monde. On continue de travailler en sachant qu’on doit être patient, que ça va arriver.

Est ce que quand on a ton CV, ancien meilleur joueur de Ligue 2, c’est simple de repasser à l’UNFP FC ?

Rien n’a jamais été simple ! Même quand j’étais médiatisé et connu. Je savais que ce ne serait pas simple à mon retour. Ce n’est absolument pas une honte de passer par l’UNFP FC ! On se donne une chance en venant ici. Ce n’est pas par défaut ou par dépit. On veut se donner une chance de trouver un challenge intéressant, c’est une démarche personnelle pour être performant. Je crois en moi, mes qualités sur le terrain. A moi de travailler en espérant de trouver un bon projet pour continuer de faire ce métier que j’aime tant.

Tu parles de projet, tu souhaites rester en France ? Partir en Jupiler League, là où tout a commencé ?

Ça dépend beaucoup du marché… Je ne me fixe pas un projet déterminé genre « Ligue 1 » ou « France » ou « Belgique ». Niveau famille, ça serait bien pour moi de me poser. Après ma femme est Belge donc, France ou Belgique, ce n’est pas un problème. Je ne ferme la porte à rien.

Et l’après carrière, tu la vois dans le monde du foot ? Ou ailleurs, par exemple, avec ta société ?

Pas spécialement dans le monde du foot… On a tous des capacités en dehors des terrains, dans le monde du travail, il faut savoir les cibler. J’ai créé ma société pour avoir un pied en dehors du football, mais rester dessus, pas forcément, j’ai envie de voir autre chose. Je ne peux pas rester chez moi à ne rien faire. Ici, à l’UNFP, on a des réunions pour nos reconversions, les démarches à effectuer. C’est encore un des plus ici. Il y a un suivi, des entretiens individuels qui nous permettent de découvrir nos capacités dans tel ou tel domaine. Il ne faut pas négliger ces formations, les rendez-vous par rapport à Pôle Emploi, les pièges à éviter dans les contrats de travail. Ça nous aide et nous rassure.

Pour terminer, quel serait le projet sportif idéal aujourd’hui ?

Un projet sportif qui me permettrait de jouer en France. J’ai envie de m’éclater, de gagner quelque chose. J’ai besoin d’objectifs, j’ai envie de jouer la montée avec un club, de gagner quelque chose. Pourquoi pas en National ou en Ligue 2. Je suis ouvert, je n’ai plus l’âge de me fixer des objectifs de club, j’ai envie de m’éclater, d’entrer dans un projet pour le plaisir de jouer et de retrouver la compétition. Je suis encore à 100% et j’ai toujours l’envie d’y aller à fond !

Crédits photos : AFP PHOTO / FRANCOIS LO PRESTI