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Doucement mais sûrement… Depuis plusieurs années, la SüperLig fait son trou dans l’univers impitoyable qu’est le football européen et s’impose désormais comme une destination appréciée par les joueurs, qui y trouvent leur bonheur, aussi bien financièrement que sportivement.

Une passion inégalée et inégalable

En 2013, Didier Drogba et Wesley Sneijder avaient ouvert le bal des grands noms rejoignant la Süper Lig en signant à Galatasaray. Deux ans plus tard, le mercato turc a été marqué par les arrivées de Van Pesie, Quaresma, Podolski ou encore Eto’o. En plus d’être non exhaustive, cette short-list illustre parfaitement l’évolution positive du championnat. Cette année encore, l’été est bouillant en Turquie, ce qui ne laisse pas le petit monde du foot indifférent… et surtout pas les pensionnaires de la bien nommée Ligue 1 Conforama : Valbuena, Dirar, Menez, Belhanda, Gomis… Tous ont quitté l’Hexagone pour la Süper Lig, où ils ont été accueillis en véritable héros au premier pied posé sur le sol turc.

Car c’est ça la Turquie, un pays qui respire, mange et dort football. La ferveur des supporters y est incroyable, il suffit de voir l’ambiance survoltée lors des derbys stambouliotes entre Galatasaray et Fenerbahçe pour se rendre compte de ce que représente le foot pour les turcs. Dans le même style, voyez donc comment les supporters de Besiktas ont fêté le deuxième titre consécutif de leur équipe il y a quelques semaines.

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Pour garder cette ambiance si particulière et caractéristique à la Süper Lig, la Turquie n’hésite pas à investir massivement sur les infrastructures. Plusieurs stades ont été construits ou rénovés récemment dans l’espoir d’attirer toujours plus de spectateurs et de grands noms. Le champion d’Europe Pepe est d’ailleurs venu garnir les rangs du champion en titre Besiktas, devançant ainsi le PSG sur le dossier.

Pour l’amour du fric

Même si elle y participe sans doute, l’atmosphère footballistique qui règne en Turquie n’est évidemment pas la raison première de la venue de l’ancien madrilène, ni celles des autres recrues estivales. Ne soyons pas naïfs, le régime fiscal et la dynamique positive de l’économie turque sont des arguments de poids pour attirer des joueurs internationaux.

La Süper Lig ressemble en effet à un petit eldorado financier pour plusieurs raisons. La première est liée au faible taux d’imposition mis en place pour les footballeurs professionnels puisqu’il est de l’ordre de 15%, soit trois fois moins qu’en France à titre de comparaison. Avec un tel score, la Turquie est en deuxième position au classement des taux les plus bas, juste derrière la Bulgarie. En bonus, l’impôt est payé par les clubs du championnat turc, qui ont alors une marge de manœuvre conséquente grâce à une telle fiscalité, d’autant plus qu’un nouveau contrat juteux concernant les droits télé a récemment été signé. Sur la période 2017-2022, le diffuseur officiel Digiturk devra débourser 500 millions d’euros par an pour retransmettre les matchs à la télévision. Pour toutes ces raisons, Fenerbahçe se permet d’offrir quatre millions par an à Petit Vélo et trois à l’ancien Monégasque Nabil Dirar.

Cette approche économique est bénéfique sur le court terme et semble porter ses fruits, en témoignent les récentes arrivées dans le championnat. Mais l’avenir pourrait s’assombrir pour les clubs turcs dans un futur proche, tant ils dépensent un argent qu’ils n’ont, en réalité, pas dans leurs caisses. « Un écart de l’ordre de 50% » entre les revenus générés et les dépenses » d’après Tugrul Aksar, spécialiste en économie du football.

Des grands noms et des grands clubs

Mais l’intérêt financier que trouvent les joueurs en Süper Lig se marie parfaitement avec leur envie de rester compétitif. Il n’est en effet pas juste de réduire le championnat turc à un simple bon plan financier car il reste tout de même d’un niveau assez qualitatif et accroît chaque saison sa réputation en Europe. Évidemment, ce n’est pas comparable à la Bundesliga ou à la Liga, la faute à une hétérogénéité entre les équipes assez développée. Mais la présence des trois titans que sont Fenerbahçe, Galatasaray et Besiktas tend à développer la compétitivité et l’envie des autres clubs à jouer les premiers rôles.

Sa modeste onzième place au rang UEFA peut cependant constituer un frein puisqu’elle ne permet de n’avoir que trois équipes européennes à l’issue de la saison : le champion et le dauphin sont qualifiés pour la Ligue des Champions mais doivent respectivement passer deux et trois tours qualificatifs avant d’entrer dans la phase de groupes. Quant au troisième, il obtient un billet pour le 3ème tour préliminaire de l’Europa League. Certes, les résultats européens des clubs turcs, notamment en Ligue des Champions, sont généralement décevants mais en signant chez les grosses écuries de Süper Lig, les joueurs ont tout de même l’assurance de jouer de grands matchs dans une ambiance torride.

Alors il est vrai que la Turquie n’est pas encore une destination privilégiée des jeunes talents européens et attire plutôt des trentenaires soucieux de s’offrir une préretraite financièrement et sportivement agréable. Mais tout doucement, la Süper Lig commence à accueillir des joueurs qui en ont encore sous le pied et qui vont apporter une réelle plus value au championnat, Wesley Sneijder en est le parfait exemple. Après un début de saison compliqué par les blessures sous le maillot de l’Inter Milan, l’international néerlandais rejoint Didier Drogba du côté de Galatasaray en janvier 2013. Il n’est alors âgé que de 28 ans et compte bien se relancer du côté d’Istanbul… pari réussi ! En plus d’être considéré comme un super-héros par les supporters stambouliotes, Sneijder enchaîne les bonnes performances dans un championnat de bon niveau et joue très régulièrement l’Europe.

À l’instar de l’ancien de l’Inter Milan, nombreux sont les bons joueurs à avoir fait ce choix de carrière avant d’atteindre la trentaine : Kjaer, Sow, Quaresma, Muslera et plus récemment Belhanda. En additionnant ces derniers aux plus anciens (Pepe, Podolski, Dirar, Valbuena, etc.) et aux joueurs de qualité mais moins connus (Bruma, Lens, Talisca, etc…), on se rend vite compte du casting étoilé que l’on trouve en Süper Lig. De plus, les quotas larges concernant le nombre de joueurs étrangers présents dans chaque effectif donnent des moyens considérables aux clubs turcs pour recruter hors de leur sol.

Pour le plus grand bonheur des amoureux de football que sont les supporters turcs, la Süper Lig a su redorer un blason largement sali par les affaires de matchs truqués en 2011 et peut désormais être considérée comme un championnat majeur en Europe dans lequel évoluent de grands clubs et de grands noms.

Crédits photos :  Sebnem Coskun / Anadolu Agency