[Allemagne] La renaissance de Thomas Müller

Thomas Müller n’est plus vraiment celui que l’on prenait pour un joueur maladroit, à la technique approximative. Il n’est plus le joueur qui a longtemps été considéré comme celui qui a réussi parce qu’il est au Bayern Munich. Désormais, bien que toujours dans son registre atypique, propre à lui-même, il est reconnu à sa juste valeur. Et ses accomplissements dans les grands matchs ou les grandes compétitions comme la Coupe du monde ont sans doute permis de construire cette nouvelle image, bien plus seyante.

Cette image-là n’est d’ailleurs pas prête de se détacher, elle n’est pas décidé à s’envoler. Et la saison qu’il réalise permet d’appuyer cela. En effet, celui qui n’a pas véritablement de poste attitré a atteint un niveau stratosphérique. Doucement, il est monté en puissance, notamment depuis le retour de Jupp Heynckes. Au fil du temps, doucement mais surement, l’allemand a retrouvé la lumière. Il faut dire qu’il s’était bien perdu. Entre le banc, un temps de jeu bien plus réduit qu’à l’accoutumée et des blessures, il a vécu une période délicate. À tel point que l’on s’accordait à dire qu’il était méconnaissable.

Aujourd’hui, pourtant, les avis ont pris une toute autre tournure. Celui que l’on perçoit comme le plus allemand des allemands a inversé la tendance. Il a pris son temps, il a patiemment attendu, sans doute travaillé. Et puis il a aussi passé du temps avec Lisa, sur un terrain radicalement différent de celui qu’il occupe habituellement. Et ce temps-là, délicat, remplis d’incertitudes, à sans aucun doute permis à l’enfant chéri du Bayern Munich de remonter en selle. Plus fort et hargneux que jamais.

Du haut de ses 28 ans, celui qui a longtemps intrigué touche doucement un niveau qu’il n’a peut-être jamais atteint. Et pourtant, il y a quatre ans de cela, il était déjà magnifique. L’air du mondial l’avait enivré et Müller avait impressionné la planète football. Et comme un cycle, un schéma répétitif, cette année 2018 a vraisemblablement poussé le joueur à se dépasser encore davantage. Les matchs passent, les minutes s’écoulent et celui qui court, s’égosille, s’arrache du milieu de terrain au front de l’attaque fait tourner la tête à son vis-à-vis.

Comme si l’histoire n’était pas assez douce, le bavarois a cette fois décidé de corser encore un peu plus l’affaire. Puisque non seulement il a recommencé à jouer de façon indécente, d’une façon dont seul lui a le secret, mais en plus il rend chèvre les gardiens. Encore une fois, c’est bien connu, l’élégance n’est pas le terme qui convient à ce joueur hors-norme. Pourtant… Pourtant il fait mentir son monde, il semble avoir décrété que le moment était arrivé de changer. Face à l’Espagne, une reprise limpide, douce mais violente fait mouche. Et d’une célébration incongrue, propre à lui et sa simplicité, Thomas Müller démontre encore un peu plus qu’il est bel et bien de retour.

Certains y verront un signe, d’autres non, mais il n’est pas improbable que ce retour en fanfare soit spécialement réservé à la Russie. La planète football le sait, et lui aussi, très bien même, le mondial c’est l’affaire de Thomas Müller. C’est son jardin, son terrain, c’est là où il excelle. Et cette année, le frêle bonhomme a envie d’écrire l’histoire et sans doute celle de son pays aussi. Il a envie de toucher le record établi par son compatriote Miroslav Klose quatre années auparavant. Dans la fraîcheur de l’été russe, la bête qui sommeille en lui prendra probablement l’ascendant sur le reste pour toucher ce but-là.

 

Son 100ème but.

 

Finalement, les matchs de cette nouvelle saison s’écoulent, le temps s’égraine, l’horloge tourne et l’on en vient à se demander si ce n’est pas la belle de ses saisons à laquelle le public allemand est en train d’assister. Avec sa fougue légendaire, Thomas Müller semble vouloir repousser les limites, continuer à briser des frontières, des lignes, des cadres. Il ne semble rien vouloir laisser sur son passage. La courtoisie et la bonté attendront encore un peu, puisque pour lui cette année, ces mots-là n’entrent visiblement pas dans son vocabulaire.

Les adversaires peuvent en témoigner. Le Borussia Dortmund en a d’ailleurs fait les frais. Impitoyable, le bavarois a doucement poussé à l’agonie ses adversaires qui ont plongé dans les ténèbres. Un but, une passe et autres actions de classe ont été suffisant au joueur et à son sourire brinquebalant pour faire chavirer son public. Et Munich n’en finit plus d’aimer celui qui est sur le terrain de l’Allianz Arena comme à la maison.

Thomas Müller et sa classe légendaire, ses grimaces et ses jérémiades n’ont donc pas encore envie de lâcher le ballon ou les crampons. Probablement pour le plus grand bonheur des amoureux du football authentique, du football déluré qui n’a rien de machinal ni de stéréotypé. Le Raumdeuter est loin d’avoir fini de sévir. Et cette saison-là n’en est qu’une preuve parmi tant d’autres.

Crédit photo: ODD ANDERSEN / AFP

Parle d'Allemagne et de Bundesliga, et c'est à peu près tout.

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