Comment Thomas Gronnemark et Liverpool vont révolutionner la touche

Pour maîtriser des détails qui comptent de plus en plus, les formations n’hésitent pas à engager des spécialistes en tout genre dans l’optique de faire la différence. La saison passée, Leeds s’est offert les services de Gianni Vio, un Italien, banquier dans une autre vie et maintenant spécialiste des phases arrêtées. Il y a quelques semaines, le staff de Jürgen Klopp (Liverpool) a, quant à lui, accueilli un nouveau membre à temps partiel : Thomas Gronnemark, autoproclamé « entraîneur des touches », ancien sprinteur danois reconverti en spécialiste des touches et détenteur mondial de la plus longue touche (51,33m). Dans un football moderne en quête de gains marginaux, allons-nous vers une révolution de la touche ?

La passe, la frappe, le tacle, la conduite de balle, le contrôle, la tête, le dribble, le une-deux, la volée, le centre… Le football est rempli de gestes techniques, plus ou moins difficiles à effectuer, plus ou moins répandus et plus ou moins appréciés. La touche longue en fait partie. C’est certainement le geste le moins sexy dans un match de foot, ou en tout cas celui dont tout le monde se fout le plus. On ne parle jamais assez de l’importance des coups de main arrêtés. Et pourtant, à bien y regarder, ce geste mériterait sûrement qu’on y prête un peu plus attention. Si le foot est un art, alors pourquoi pas la remise en jeu ?

Ce n’est pas la première fois que la touche fait parler d’elle. Pour ne pas se faire oublier aussitôt les crampons raccrochés, certains font preuve d’ingéniosité pour se distinguer. En devenant des spécialistes de la touche longue par exemple. Entre 2007 et 2013, le joueur de Stoke City, Rory Delap était une véritable légende dans ce domaine. Ses exploits ont fait le tour de la planète. Plus jeune, il était lanceur de javelot. Stoke a eu la bonne idée de combiner les deux, puisque le club a marqué de nombreux buts grâce à ses touches.

Mais depuis sa retraite, le roi de la touche n’a pas vraiment fait d’émule. On peut retenir les noms de Marcos Ceara ou César Azpilicueta qui étaient très doués. Pour gagner en puissance, d’autres, comme Abdulmutalib Al Traidi, ont carrément remis au goût du jour la flip-touche qui consiste en un salto avant en s’appuyant sur le ballon. Des touches plus ou moins loufoques sont peu à peu apparues notamment sur les terrains de foot amateur, entraînant souvent gamelles et ballons en pleine tête. Certains veulent aussi marquer l’histoire de leur pays avec ce geste, à l’image de Mohammadi, le joueur iranien qui restera dans les annales de la dernière Coupe du Monde. L’occasion de revoir cette magnifique touche. Le tout décrypté par notre merveilleux consultant MaxVendrell.

Le geek des touches

Outre cet exemple manqué, si elle bien exécutée, la touche peut-être une action clé menant à un but. Le Danois Thomas Gronnemark, 43 ans, l’a bien compris. Dans les années 2000, il décide de consacrer sa vie à sa passion : les touches. Uniquement les touches. « Depuis que je suis gosse, j’ai toujours aimé les touches. Je sais, ça peut paraître étrange, je suis une sorte de geek des touches. » Faut dire qu’il sait de quoi il parle. En 2010, Gronnemark est devenu le recordman de la plus longue remise en jeu (51,33 mètres).

Pour lui, les entraîneurs font une grave erreur en snobant ce geste, anodin sur le papier, mais terriblement efficace sur le pré. « Comme on ne peut pas être hors-jeu sur une touche, c’est une vraie arme offensive, sans parler des touches longues qui font office de corner ouvert. Je le répète, quand on voit le nombre de touches par match, je trouve que ça serait stupide de ne pas y consacrer du temps à l’entraînement. » Alors il a décidé de se lancer.

Après avoir proposé ses services à des clubs danois (AC Horsens, Midtjylland), Gronnemark a réussi à se faire un nom. Rien que la saison dernière, il a permis aux deux clubs de signer un cumul d’une vingtaine de buts sur des longues touches. À Midtjylland, il a fait croître l’amplitude de la touche d’Andreas Poulsen d’environ 13m et le club a remporté le titre grâce à une touche longue. Jürgen Klopp lui-même a voulu en savoir plus sur cet animal étrange qui s’est carrément inventé son propre métier. Car oui, il s’agit du seul coach de touches au monde.

Spécialisation

Le technicien pourrait bien exporter ses miracles sur les bords de la Mersey. Aujourd’hui on estime qu’une équipe de Premier League se procure entre 40 et 50 touches en moyenne par match. Pourtant, le soin apporté à ce geste est souvent minime et ne bénéficie que très peu de considération stratégique. Klopp espère bien changer la donne : « Maintenant qu’il est là, on peut travailler là-dessus comme il faut. Et même quand il n’est pas avec nous, on utilise ses conseils en permanence, aussi bien chez les pros qu’auprès de l’Académie. Et on voit déjà que son arrivée chez nous nous a profité. Les joueurs l’apprécient et ils ont envie de travailler avec lui, de l’écouter et de progresser. »

L’homme n’analyse pas que la partie technique de la touche mais également la partie tactique avec le positionnement, la créativité des joueurs et la création d’espace. « La touche longue peut être une arme si vous la faites avec la bonne technique, de la précision et de la conscience tactique », avait déclaré Gronnemark. Il enseigne trois types de touches : la touche longue qui a vocation à créer une situation dangereuse, la touche rapide pour lancer une contre-attaque mais aussi la touche astucieuse qui vise à conserver la possession sous la menace adverse. Le moindre espace créé peut faire la différence, on peut gagner des dixièmes de secondes. Quand on connaît les capacités de Liverpool à se projeter vite vers l’avant, ces petits détails peuvent jouer en leur faveur.

Au-delà des remises en jeu à la main, c’est le sujet global de la spécification des entraîneurs qu’on touche du doigt. Et à ce niveau-là, le foot est à la traîne. « Comparé à d’autres sports, notamment des sports US (basket, football américain), ou le rugby, le foot a été un peu lent à tenter l’expérience des coachs de skills, à séquencer ses phases de travail à l’entraînement. Mais ces dernières années ça évolue très rapidement. Il y a tellement de skills différents que ça me semble logique que le football s’y mette petit à petit », avance Gronnemark. La preuve avec Klopp, clairement ouvert à l’idée d’élargir son staff et de s’entourer de spécialistes. Un grand pas vers la révolution de la touche et plus largement la spécialisation des entraîneurs ?

 

Photo credits : Josep Lago / AFP

Supporteur des Girondins de Bordeaux, mais j'aime aussi le foot.

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