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À l’aube de la saison 2014/2015, Manchester United fait face à un défi inédit pour un club habitué à une stabilité presque religieuse : celui de la modernité. En effet, depuis sa création en 1878, jamais un entraîneur non-britannique/irlandais n’en avait pris les rênes. S’il est évident qu’avoir bénéficié du passage des deux Sir, Matt Busby et Alex Ferguson a permis d’éluder cette question, celui calamiteux de David Moyes à la tête des Red Devils a au moins eu le mérite de la remettre au goût du jour. Depuis, Louis van Gaal est arrivé, avec dans ses valises sa plus belle recrue : le changement.

1285647-27705627-1600-900« Essaye pas de porter mes couilles, tu vas t’faire un lumbago »

Un champ de ruines. Voilà ce qu’a laissé David Moyes à son successeur à la tête du club le plus titré d’Angleterre. Une défense catastrophique -tant sur le plan du bloc défensif que sur le plan des individualités-, un milieu qui n’en a que le nom et une attaque qui s’en remettait aux exploits individuels de ses figurants. Autant le dire tout de suite, le chantier qu’a entrepris Louis van Gaal le 16 juillet dernier est colossal. Il ne doit pas seulement redonner vie à une équipe, il doit restaurer un monument en péril. Ce monument s’appelle Manchester United.

Une équipe en confiance

5 matchs disputés sous Louis van Gaal. 5 victoires. 16 buts marqués, 4 encaissés. Des victoires de prestige contre la Roma, le Real et l’ennemi de toujours, Liverpool. On pourrait résumer cette pré-saison mancunienne en ces quelques statistiques mais cela serait réduire l’énorme travail entrepris par le Hollandais depuis sa prise de fonction.

Ce qui frappe en premier lieu, bien au-delà des aspects techniques et tactiques, c’est le sentiment de confiance qui semble habiter les joueurs pendant les matchs. Des joueurs qui ont pourtant vécu une année calamiteuse tant individuellement que collectivement, Jones, Young et j’en passe, et qui semblent désormais parfaitement s’insérer dans la logique sportive de l’équipe. En réalité, rien de bien surprenant (bon, pour Young si quand même) : à partir du moment où le coach instaure un projet de jeu clair, cohérent et où chacun des joueurs de l’effectif sent qu’il peut y prendre part, l’équipe gagne en confiance et joue libérée. Car elle sait que ce qu’elle doit reproduire en match n’est rien d’autre, en simplifiant grossièrement, que ce à quoi elle s’est entraînée durant la semaine.

Le parallèle avec Moyes apparaît comme un poncif mais il est, à mon sens, inévitable tant il permet de comprendre la distinction entre deux types d’entraîneurs : les compétents et les moyens. On raconte que certains joueurs auraient lâché Moyes et qu’ils se sabotaient volontairement pour précipiter son départ. Au contraire, il s’agissait en fait d’un cercle vicieux qu’à créé l’écossais sans s’en rendre compte : absence de projet de jeu -> joueurs perdus -> mauvais résultats -> perte de confiance ->  joueurs qui apparaissent comme de + en + mauvais -> impression de joueurs qui ne se donnent pas à fond.

« J’ai quitté le Barça parce que je n’arrivais plus à motiver mes joueurs. Si tu ne peux pas motiver tes joueurs en tant qu’entraîneur, tu sais que le moment de partir est venu.  J’ai senti que je ne pouvais plus aider l’équipe. » Pep Guardiola, sur les raisons de son départ

L’entraîneur moderne n’est pas qu’un simple technicien. Il doit mettre en confiance ses hommes, les motiver, leur faire croire qu’ils sont en mesure de faire ce qu’il leur demande. Car même si l’on essaye de faire croire que le « footballeur payé des millions n’a pas besoin d’être motivé », il apparaît que comme partout, la confiance est un facteur au moins aussi important que le talent. Allez donc demander à Guardiola. On a bien vu ce que donnaient des attaquants de classe mondiale comme Rooney et RVP sans cet osmose avec leur entraîneur. Mais au delà de ces deux hommes, c’est l’équipe entière qui semble emballée par l’idée de travailler avec un coach aux idées aussi claires.
Louis van Gaal semble avoir parfaitement assimilé cet aspect psychologique du coaching, et le changement opéré se ressent aussi bien dans l’attitude de ses hommes que dans la qualité du spectacle proposé.

Un renouveau tactique

« Manchester United/jeu plaisant » pour retrouver ces deux expressions associées sur la durée, il fallait remonter à une époque où la darone de rayandeuxfois n’avait pas encore signé son premier contrat pro et où Ben Ali ne courait pas encore plus vite qu’Usain Bolt. Le premier mois de travail de van Gaal laisse espérer de nombreux changements tant le contenu des 5 matchs de préparations est positif.
Premier changement, le dispositif tactique. Exit le 4-4-1-1 totalement obsolète qui coupait l’équipe en deux, LVG propose un 3-4-3 ambitieux qui semble parfaitement s’insérer aux qualités de l’effectif, même si sur ce qu’on a pu voir, ce 3-4-3 a plus ressemblé à un 3-5-2 une fois sur le terrain.

Expérimentation de taille dans un club où Sir Alex ne jurait que par l’occupation de toute la largeur du terrain, la défense à 3. Un type de défense qui demande de l’intelligence de jeu à chacun de ses membres, et surtout, des solutions de relances courtes. Le but étant que la défense soit la rampe de lancement des offensives, et non plus une fausse solution à la faiblesse du milieu de terrain. Le parallèle avec l’équipe des Pays-Bas est tentant : en l’absence de réel taulier, la défense à 3 apparaît comme la meilleure alternative.
S’en suit un milieu à 5 qui requiert une grosse activité de la part des deux latéraux et des rôles bien définis entre les 3 milieux axiaux.

« Il y a 40% d’entraîneurs incompétents et qui ne le savent pas. 30% d’entraîneurs nuls mais qui voudraient changer. Le reste sont des entraîneurs compétents, consciemment ou inconsciemment. Il y a donc 70% d’entraîneurs incompétents. L’incompétence est devenue la norme, au point que plus personne ne la voit. » Raymond Verheijen

Cependant, comme dans tout système, ce n’est pas tant le 3-5-2 qui est fondamental mais l’animation. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a l’air de fonctionner. Des combinaisons, du jeu, des séquences de possession, des projections rapides vers l’avant et enfin l’impression d’un plan de jeu parfaitement établi au sein de l’équipe.

Au fil de sa carrière, van Gaal a toujours répété que son système favori était le 4-3-3. Il l’utilisait d’ailleurs avec les Oranjes jusqu’à la blessure de Strootman qui le poussa à opter en moins de 3 mois pour un 3-5-2. Et pourtant, en arrivant à United, il déclare que l’effectif ne lui semble pas propice à l’utilisation du 4-3-3. Il cherche à adapter son système aux hommes à sa disposition, et non l’inverse. Sans doute le meilleur gage de cohérence dans le travail qu’il entreprend.

La communication

Au delà de tous les progrès techniques, tactique et propres au jeu en lui-même, c’est aussi une révolution en terme de communication que représente l’arrivée de LVG. Sous Ferguson, le club était « une association familiale » que l’écossais refusait de livrer en pâture aux médias. Seules les informations les plus importantes étaient données aux médias et donc aux supporters. Pas de Twitter, pas d’application officielle du club, Ferguson était un des derniers résistants.

Si David Moyes s’est si vite mis en difficulté, c’est sans doute du à sa gestion de la communication, flirtant entre amateurisme et maladresse. Dès sa première conférence de presse, il donne l’impression d’être trop petit pour le costume Manchester United. À coup de « c’est merveilleux d’être ici », Moyes semble subir les événements plutôt que de les commander.

Avec van Gaal, c’est tout le contraire. C’est lui le patron, et les commodités d’usage n’ont duré qu’une vingtaine de seconde lors de sa préparation. Le club est grand, certes. Mais il ne s’agit plus de brosser dans le sens du poil la grandeur d’une institution pour faire bander quelques fans asiatiques hystériques. Il s’agit de se mettre au travail, et d’expliquer aux supporters, dans les limites du possible, le plan de travail qui est le sien.
Car c’est de ça dont il est question, et encore une fois, deux écoles s’affrontent là-dessus : la presse n’est qu’un organe de transition entre les supporters et le club. Quand un entraîneur parle à la presse, il ne parle pas au journaliste SkySports en face de lui. Il s’adresse à tous les supporters qui attendent le point de vue du technicien le plus proche des joueurs. Et il se doit de livrer le plus d’informations possible. Autant dire qu’avec le Hollandais, on est servis. Rien de bien folichon certes, quelques explications tactiques + des infos sur le mercato. Mais elles valent tellement plus qu’un banal « United est un grand club, nous serons de retour » après un énième fiasco tactique…

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« Déjà tu fermes ta gueule »

Quid du mercato ?

Malgré toutes les bonnes intentions de van Gaal, il semble évident que l’effectif actuel manque d’un patron, notamment en défense. Même si Evans, Smalling et Jones ont sans aucun doute le potentiel pour s’y installer, démarrer la saison avec seulement 3 défenseurs paraît difficile. À noter également qu’au vue de sa pré-saison, le jeune Blackett s’est assuré une présence tôt ou tard dans la saison chez les A. L’arrivée d’un Hummels ou, dans l’idéal, d’un futur king’zer inconnu dans le style d’un Vidic serait donc la bienvenue.

Concernant la saga Vidal, évidemment qu’un mec de ce niveau ne se refuse pas. Et, au-delà de son niveau, c’est un gain de flow non-négligeable que représenterait son arrivée. United doit inspirer la crainte. Qui mieux qu’Arturo pour succéder à Roy Keane dans ce rôle d’étendard de la maison rouge ? Mais la tournure que prennent les négociations agace quelque peu. Le joueur n’ayant pas vraiment envie de bouger, son club n’étant pas spécialement vendeur et surtout MU qui se contente, selon les rumeurs, d’augmenter les offres et d’allonger les steaks sur le salaire. Encore une fois, un Vidal ne se refuse pas. Mais son profil n’est pas exactement celui dont le club a besoin, la projection vers l’avant incombant déjà à Herrera.
La piste menant au chilien s’est de toute façon refroidie depuis quelques jours, l’arrivée d’un milieu confirmé reste donc en suspens.

Quant aux départs, ce n’est un secret pour personne, LVG aime travailler avec un groupe de joueurs restreint, à l’inverse d’un Ferguson par exemple. Comme annoncé un peu partout, 5 joueurs s’apprêtent à quitter le club. Selon toute vraisemblance, Anderson et Nani devraient faire leurs valises. Le doute est permis pour Chicharito, Kagawa et Zaha qui ont montré de belles choses pendant la préparation, notamment le japonais qui s’inscrit comme une très belle solution de rechange à Mata (même s’il vaut tellement mieux que ça) en soutien des attaquants et qui offre plusieurs alternatives tactiques en cours de match. L’avenir du mexicain reste en suspens, tant le secteur offensif paraît bouché avec RVP, Rooney et Welbeck en position de force pour l’occuper. D’autant plus que Welbinho semble avoir assuré sa place de titulaire grâce à de très belles performances, sa qualité de déplacement ayant grandement contribué à la qualité de jeu produit par l’équipe.

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« Si je l’attrape … pauvre David Moyes »

La pré-saison ne veut jamais rien dire, tout le monde le sait. Elle ne donne aucun gage quant au succès de la saison à venir, en terme de titre. Mais, sur ce que l’on a vu durant ce premier mois de travail de Louis van Gaal, tous les espoirs sont permis, au moins sur le plan du jeu proposé. Tout cela ne restant que des suppositions, le hollandais est validé pour la simple raison que son projet apparaît comme cohérent, clair et précis. Tout l’inverse de Moyes. L’engouement est donc légitime. Mais comme tout coach, il sera jugé sur la qualité de son travail sur la durée. Et là, peu importe qu’il s’agisse de van Gaal, Moyes ou Abdelhamid, les bilans se feront.

En attendant, c’est un vent de renouveau et de fraîcheur qui souffle sur Old Trafford. Un vent venu de Hollande. Retrousser ses manches et se taire. Et récupérer le trône qui nous appartient.  So come on Louis van Gaal, play like Fergie’s boys.

Mohamed.