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Alors que son nom est l’objet des principaux fantasmes journalistiques de ces dernières semaines, il me semblait essentiel de clarifier un bon nombre de points de cette situation qui n’a rien de problématique.

Bien aidé par le « plus grand quotidien sportif français » qui met beaucoup d’énergie dans ses récents tentatives de déstabilisation de l’OM (sans doute agacé de ne plus être dans les petits papiers des décisionnaires phocéens cette saison), le « football circus » s’est pris au jeu des rumeurs à propos de Matheus Doria, arrivé cet été pour 5 millions (selon les organisateurs, et 10 selon la police).
« De toutes façons Bielsa, n’en a jamais voulu », « Vu comme il est tétu, il va le laisser moisir en CFA juste pour faire chier Labrune » sont devenues les principales rengaines médiatiques. Quelle utopie…

L’insistance des médias montre qu’ils n’ont pas retenu les leçons du passé. Comment reprocher à Bielsa de prendre son temps avec un jeune brésilien d’à peine 20 piges signé jusqu’en 2019 ? Allez demander à Luis Fabiano, Lucas (le sévère, pas Moura), Nilmar, ou encore Dante si l’adaptation est un mythe…

Est-ce que Thiago Silva pense que ses 6 premiers mois à Milanello sans jouer (pour d’autres raisons certes) l’ont desservi ?

Tout ce tapage médiatique nous a fait oublier certaines précisions importantes du cas Doria. Rappelons qu’il est arrivé blessé à l’OM, il n’avait ainsi plus joué depuis 1 mois avec Botafogo. Le brésilien était un peu à court physiquement et en retard par rapport à un groupe qui commençait tout juste à ressentir les effets positifs de la préparation.

Un « problème » de préparation ? Oui, mais pas seulement. La méthode Bielsa et notamment sa philosophie défensive n’a pas été adoptée par la simple écoute, et nous avons tendance à l’oublier. Doria est donc arrivé, pas à 100% de ses moyens, dans une équipe qui venait à peine d’assimiler les consignes défensives. Comment reprocher à Bielsa de ne rien changer dans la hiérarchie défensive ? Alors qu’il semble avoir trouvé une solidité défensive qu’il n’a jamais aperçue à Bilbao, une solidité lui permettant de se débarrasser définitivement du qualificatif insultant de « Zeman argentin » que certains lui ont attribué dans le passé…

Mais ne nous arrêtons pas là, parlons concret, parlons terrain. Doria a un gros potentiel, c’est un excellent stoppeur qui lit très bien le jeu comme en témoignent ses 2,7 interceptions et ses 4,7 dégagements en moyenne par match. Mais il est jeune, c’est un talent brut qui doit (en plus d’assimiler les préceptes Bielsista défensifs, comme vu plus haut) travailler ses quelques défauts (Jeu aérien et relance notamment), malheureusement pour lui essentiels dans la philosophie de Marcelo Bielsa.

Le brésilien gagne seulement 47% de ses duels aériens malgré son gabarit qui ferait de lui une bonne menace défensive dans la raquette de n’importe quelle franchise NBA, alors que Morel, N’koulou, Fanni et Aloé en remportent respectivement 63, 74, 55 et 75%.

Aussi, la relance du natif de Rio laisse à désirer… Il réussit seulement 74,4% de ses passes, quand Aloé en réussit 100% (sur un temps de jeu moindre, bien entendu), Nkoulou 90,4%; Fanni et Morel autour de 85%. Ainsi, même si les chiffres sont à relativiser étant donné la différence des deux championnats, et l’effet dopant qu’a eu Bielsa sur les performances du collectif marseillais, ils témoignent des faiblesses de Doria et justifient le fait que Bielsa ait le long du mois de Novembre; poussé Doria à les retravailler.

Doria a enchainé contre Bordeaux, Nantes et Lorient 3 présences d’affilée dans le groupe, préféré à Sparagna et Andonian, quand ces derniers passaient avant lui il y a quelques semaines. Anecdotique pour les éternels pessimistes, gage d’une progression, et récompense des efforts des entraînements pour les optimistes. Il n’a pas été pas des 18 pour la réception de Metz hier soir, et c’est normal vu la prestation pleine de promesses d’Aloé contre Bordeaux. Le cas Aloé d’ailleurs (rarement appelé en début de saison, Sparagna lui était préféré la plupart du temps) montre que pour Bielsa rien n’est figé, et tout le monde aura sa chance. A Doria de la saisir quand il l’aura, en attendant, il montre des aptitudes de patience, d’esprit de groupe et de travail remarquables, et cela n’a pas échappé à Marcelo, présent à chacun de ses matchs en réserve, lui distillant conseils avisés et félicitations, afin de continuer à modeler le stoppeur auriverde, pour qu’il devienne à l’avenir, une pièce importante de cet OM Bielsa et pourquoi pas un fidèle lieutenant…

Youss.