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Mardi 16 décembre, Thierry Henry annonce la fin de sa carrière de joueur professionnel. Une carrière commencée 20 ans plus tôt, un jour d’août 1994 contre Nice. Vingt années de succès, de buts, mais aussi d’échecs et de polémiques qui en font aujourd’hui un joueur peu apprécié du public français. Retour sur sa carrière et tentative d’explication concernant cette non-popularité.

Légende pour les uns, simple bon joueur pour les autres, depuis l’annonce de sa retraite, le nom de Thierry Henry est dans toutes les bouches et les langues se délient sur son compte. Depuis son départ aux New York Red Bulls en 2012, Titi avait légèrement disparu de la circulation. Malgré tout, une à deux fois par mois, il venait rappeler à l’Europe du football qu’il était toujours bien là, au travers d’un but ou d’un geste de grande classe. Depuis deux mois, il fut progressivement de retour au premier plan, la fin de saison en MLS et son contrat arrivant tous deux à échéance en ce mois de décembre. Suite à l’élimination des NYRB en finale de conférence, Henry avait laissé planer le doute sur son avenir : continuera, continuera pas ? Sa réponse, il l’a apporté rapidement. Après une riche carrière ponctuée de succès, il raccroche et devient consultant pour la chaine britannique Sky Sport.

L’annonce de sa retraite a fait remonter des souvenirs chez chacun d’entre nous : la Coupe du Monde 98, l’Euro 2000, les Invincibles du côté d’Arsenal, le sextuplé avec le Barça … Jonchée de succès, la carrière sportive de Thierry Henry ne se limitent pas qu’à des souvenirs marquants, elle est aussi affaire de stats : 411 buts en carrière, 235 passes décisives, 4 Coupe du Monde jouées (dont deux finales), 51 buts en Equipe de France et en Ligue des Champions, 5 titres de champion et ce dans 3 pays différents … Son palmarès semble être une liste exhaustive des récompenses  auquel un joueur de foot peut prétendre à l’aube de sa carrière. Seules ombres à sa carrière sportive, son passage raté à la Juve, la finale de CDM 2006, et Knysna.
Paradoxalement, tout en possédant l’un des plus beaux palmarès de l’histoire du football français (meilleur buteur de l’Histoire des Bleus, et 2ème joueur le plus capé), c’est en Equipe de France qu’Henry traine la plupart de ses casseroles. La première ? Sa relation avec Zidane. Plus particulièrement, le fait qu’Henry n’ait jamais été buteur sur une passe de ZZ en Equipe de France. Cette histoire a fait les choux-gras de la presse française jusqu’un soir de juillet 2006, où le duo a fait tomber le Brésil en quart de finale de Coupe du Monde. La deuxième ? La main contre l’Irlande, lors du barrage retour des qualifications à la Coupe du Monde 2010, qui prit des proportions hallucinantes. Ce soir-là, le français lamba a vu en Henry un truqueur, un escroc, alors qu’il aurait pu y voir un compétiteur ou quelqu’un prêt à contourner les règles (sportives) pour son pays. Menacé de mort, Henry n’a pu compter sur le soutien que d’une petite partie du football français, les autres étant occupé à parler de rejouer le match, et qualifier son geste d’indigne et d’irrespectueux pour l’équité sportive. C’est ce soir-là qu’il y eu cassure entre Henry et le public français, Titi espérant (sans doute à raison) ne pas mériter ce lynchage médiatique d’une très large partie du public et du football français.

Cette fracture se renforcera avec la perte de son statut d’intouchable pour la Coupe du Monde 2010. Convoqué pour faire banquette, délesté de son brassard de capitaine, le joueur, qui sort d’une saison compliqué avec le Barça, perd son aura dans un groupe comprenant de nombreux leaders vieillissants. Lors de l’épisode Knysna, il n’intervient pas, laisse couler le navire, lui dedans. S’il n’avait pas été trainé dans la boue un an plus tôt, aurait-il réagit ? Lui dont la rumeur prétend qu’il était le seul en crampons lors de cette fameuse grève, voulait-il s’entrainer normalement ? Des questions jusqu’à aujourd’hui sans réponse.
Thierry Henry aura joué son dernier match en bleu contre l’Afrique du Sud, 3ème match de poule de la parodie de Mondial offert par l’Equipe de France. Une sortie internationale indigne de son parcours en bleu et qui se fait donc par la petite porte, entachée par ces deux affaires. A son retour en France, Henry ira déjeuner à l’Elysée, à la table du président de l’époque, Nicolas Sarkozy, pour y évoquer le drame sud-africain. Ce déjeuner avec un président à l’époque décrié par l’opinion publique, ne passera pas, et fera encore la une des médias, provoquant encore un peu plus l’indignation de la doxa.

La doxa, Henry s’en moque, partiellement du moins. Adulé Outre Atlantique, il puise dans ses fans anglais la force que ne savent lui donner les français. Elu meilleur joueur de l’histoire d’Arsenal par les supporters du club, Henry restera dans la postérité du côté de Londres, pour preuve sa statue, plantée au bas de l’Emirates Stadium. Ses larmes et ses paroles le jour de l’inauguration de sa statue le montre, Henry n’est pas le plus extraverti sur un terrain. Ce point ne remet pas en cause l’amour de ses différents maillots et la détermination avec laquelle il les a porté et en douter revient à dénigrer l’abattage de travail qu’a fourni Henry tout au long de ses vingt années de carrière.

Légende d’Arsenal, Henry ne jouira donc jamais de cette même popularité en France et c’est donc logique de le voir débarquer en tant que consultant chez Sky Sport. Discret dans les médias français depuis 2010, il n’avait jamais cessé de faire des appels du pied aux chaines de télévision anglaises. Les portes du cinéma semblent également lui être ouvertes, il aurait décroché un rôle dans le film tiré de la série Entourage, et prévu dans les salles pour l’été 2015. Ces projets devraient en appeler d’autres, et un probable au plus près des terrains, avec cette fois, une nouvelle casquette. Pendant ce temps, en France, les hommages ont cessé et les polémiques ont repris, cette fois, concernant son salaire de consultant… Pas simple d’être prophète en son pays…


Maxime.