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La troisième année d’exploitation est une étape difficile dans la vie d’une entreprise : des avantages réservés aux jeunes entreprises cessent, alors que de nouvelles charges apparaissent. Environ un tiers des entreprises mettent la clef sous la porte durant cette période. Cette phase charnière est aussi valable dans les projets de grande envergure. Le PSG est au milieu de cette période. Paris c’est deux championnat, une Coupe de la Ligue et deux quarts de finale de la Ligue des Champions depuis le rachat par les qataris. Le bilan sportif de ce point de vue est bon. Et pourtant… Au sortir de la confrontation contre Barcelone en décembre dernier, Nasser fait un constat désolant : la LDC, ce n’est pas pour cette année. Paris en est loin d’avoir le niveau, et n’en a d’ailleurs jamais été aussi loin depuis que QSI est l’actionnaire majoritaire. Un temps « craint » par les autres équipes européennes, aujourd’hui le club de la capitale ne l’est plus.

Paris, né à Barcelone, mort à Londres.

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Au terme d’une double confrontation convaincante et gérée à l’expérience face au FC Valence en huitième de finale de LDC en 2013, l’Europe du football découvrait un nouveau PSG, futur outsider sérieux en puissance. La confirmation vînt deux mois plus tard, suite à un quart de final contre Barcelone. Deux matchs où Paris a fait jeu égal avec le Barca, voire mieux. Pastore, Lucas, Verratti sont irrésistibles et donnent du fil à retordre aux défenseurs barcelonais, souvent dépassés. Quant à la défense composée de Jallet ( !) Silva Alex et Maxwell, elle fait preuve d’une grande solidité. Généreux, mais trop imprécis, les parisiens quitteront la coupe aux grande oreilles sans s’incliner. De grands regrets qui ont des couleurs d’espoirs. Ancelotti et ses hommes reviendront, plus fort, mieux armés. L’Europe suit avec attention la progression de ce géant en devenir.

La storyline est trop belle pour être parisienne, un club qui a toujours connu des histoires rocambolesques depuis sa création. Une de ces histoires vînt quelques semaines après le match contre Barcelone, face à Valenciennes. A l’issue d’un match moyen de la part des parisiens et d’une exclusion douteuse de Silva, Leonardo bouscule un arbitre. Résultat : 14 mois de suspension (suspension qui sera finalement annulée quelques mois plus tard). Le mal est fait, Leonardo quitte Paris. Il sera suivi quelques temps plus tard par Ancelotti, désireux de quitter la capitale française pour le Real Madrid. Au milieu de cette agitation, Paris remporte tout de même le championnat.

Les départs sont monnaie courante dans la vie d’entreprise et sont jugés à leurs remplacements. Laurent Blanc et Olivier Letang sont les « élus », dans une vision à court terme, faute de mieux. Deux intérimaires pour deux postes majeurs et des plus médiatiques du club. QSI veut prendre son temps pour remplacer aux mieux les deux anciens milanais. Une année de transition donc.

Blanc poursuit le travail d’Ancelotti. Paris n’a jamais aussi bien joué, et n’a jamais été aussi fort. Après les tumultes du printemps, le calme est revenu à l’automne. 44 points à la trêve, avec la meilleure attaque du championnat et une des meilleures défenses, le club de la capitale est intouchable. En LDC, le constat est semblable : les parisiens écrasent la concurrence, et se qualifient facilement pour les huitièmes.

Pour la deuxième année de rang, Paris a acquis sa qualification au match aller , et peut se permettre de gérer le résultat au retour. 6-1 contre une des équipes les plus cotées en Allemagne : l’Europe est sous le charme. Il s’agit là d’un deuxième quart de final consécutif, une première dans l’histoire du club.

Cette première aura lieux contre Chelsea. Un an après Barcelone, Paris affronte un autre grand d’Europe, vainqueur de la compétition reine deux ans auparavant. La première rencontre fut magistrale (victoire 3-1), à l’image de Jallet (encore lui) annihilant littéralement Hazard, ou encore d’un Lavezzi, étincelant et à l’origine des deux premiers buts parisiens. Et comme la saison passée, Lucas et Pastore ont marqué la rencontre. Mais c’est bien collectivement que le PSG a impressionné, en privant de ballon son adversaire ainsi qu’en multipliant les occasions. Paris est bien revenu en quart de finale, avec des hommes différents certes, mais plus fort, comme prévu.

La confirmation était attendue une semaine plus tard, à Stamford Bridge. Et elle ne vînt pas. Pour la première fois depuis que Paris est sous actionnariat qatari, les parisiens déçoivent en coupe d’Europe. Une défaite 2-0 méritée, et un match sans relief. Chelsea multiplie les occasions, touche deux fois la barre, bref domine sans partage une rencontre ratée par le PSG. D’autant plus que le scénario est cruel : Demba Ba marque le second but à la 84ème minute de jeu et les parisiens n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

La fin de saison est anecdotique : une coupe de la Ligue, un deuxième sacre consécutif, et quelques records. Laurent Blanc prolonge de deux ans son contrat, et le directeur sportif n’est toujours pas trouvé. Ce qui devait être temporaire, s’inscrit finalement dans la durée.

#ParisienetInvaincu

La première partie de la saison 2014/2015 parisienne est d’une rare morosité. Paris a toujours une possession écrasante (60% en moyenne), mais l’utilisation qui en est faite est stérile. Seulement 26.4% des ballons sont joués vers l’avant. De plus, les parisiens n’arrivent plus à tuer un match, à se mettre en « sécurité » avec plusieurs buts d’écart. Bien que fébrile, Paris a longtemps été invincible, encaissant sa première défaite seulement en décembre, au Camp Nou, contre le Barça. Est-ce scandaleux ? Non. Alors pourquoi Nasser a-t-il rendu un jugement aussi dur sur son équipe ? La longue série sans défaite des parisiens n’était qu’un léger voile de fumée qui masquait à peine les faiblesses parisiennes. Si l’on compare le PSG d’aujourd’hui à celui d’il y a un an et demi que remarque-t-on ? Que le club ne cesse de régresser. Mais à qui la faute ?

Laurent Blanc, l’intérimaire.

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En sortant Verratti, meilleur joueur parisien contre Barcelone,à la 60ème minute de jeu pour Pastore, Blanc s’est attiré les foudres des supporters et des médias. Une première pour lui, qui était jusqu’à présent surprotégé dans le monde médiatique. Son coaching, sa personnalité, sa gestion du groupe et des grands joueurs, sont-ils finalement faits pour un grand club ? Des éléments de réponse tendent vers le non. Premièrement, Blanc est un entraineur qui laisse les entrainements à son adjoint, Jean Louis Gasset. Une déclaration de Christian Gourcuff à ce sujet ne trompe pas : «Pour moi, un entraîneur, c’est quelqu’un qui travaille dans le domaine technique. Or, il y a des entraîneurs qui n’entraînent pas. Comme Laurent Blanc à Paris, où c’est Jean-Louis Gasset qui s’en charge. C’est un modèle qui ne me plaît pas. C’est sur le terrain qu’on construit. Sinon, on ne fait que de la com’. Un entraîneur qui ne maîtrise pas le terrain n’est, selon moi, pas un entraîneur. » On peut alors se poser la question sur le réel impact tactique de Blanc sur son équipe, et sur la légitimité d’avoir un tel profil de coach à la tête d’un club ambitieux qui souhaite s’inscrire dans la durée. Ensuite, nous avons Blanc le communicateur. Que ressort- il de ces conférences de presse ? Des constats justes couplés à des excuses, comme si, conscient de la situation, il ne savait comment répondre aux défis qui lui sont proposés. Il fait preuve à la fois de lucidité, mais aussi de faiblesse.

Troisièmement, nous avons Blanc le manager. Sa gestion humaine est disons-le, calamiteuse. La préparation physique en est la preuve : elle fut très légère et loin d’être au niveau d’un soi-disant grand club. D’autant plus que Zlatan, qui sans avoir participé à la Coupe de Monde, s’est vu octroyé le droit de revenir en juillet. Impensable pour un club de standing. Aujourd’hui, Paris subit de plein fouet cette mauvaise préparation. Ajoutons à cela les cas Thiago Silva, qui décide de jouer contre le Napoli et qui se blesse par la suite, ou encore Lavezzi et Cavani qui arrivent en retard de deux jours au rassemblement prévu à Marrakech. Dépassé, il l’est également lors des grands moments. Durant la causerie d’avant match contre Chelsea, le discours de Blanc s’est limité à une phrase : « Ne prenez pas de risques, tenez le score ». Consternant. L’entraineur est la dernière personne qui doit montrer des faiblesses, d’autant plus dans le vestiaire.  Les défaillances affichées par Blanc se sont transmises aux joueurs, et les répercussions sur le terrain ont été désastreuses.

Blanc n’était qu’un intérimaire à qui l’on a confié des responsabilités qui étaient au-delà de ses compétences. Longtemps, il a su profiter de la vague Ancelotti et de son travail, notamment au niveau du jeu. Mais ses diverses absences, principalement contre Chelsea, l’ont clairement fragilisé. A sa décharge, il semble être laissé à l’abandon par sa direction.

Nasser, set et match.

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Le constat est frappant : depuis la prise de pouvoir des qataris, donc depuis maintenant 3 ans, Paris n’a toujours pas l’infrastructure d’un grand club. Il y a certes des sièges chauffants sur les bancs des joueurs ou un nouveau centre d’entrainement flambant neuf, mais toutes ces choses restent superficielles et ne font finalement pas le standing d’un club. Car oui, cela fait plus d’un an que Paris n’a pas de directeur sportif, ni de remplaçant viable à Ancelotti. L’organigramme du PSG est le même que celui d’un club moyen de L1. Les changements profonds qu’implique un projet comme celui de Paris n’ont pas été effectués. Comment peut-on alors expliquer la gestion hasardeuse du fair play financier ? Ou encore l’arrivée très chère de David Luiz, notamment connu pour ces errements défensifs, qui a plombé le mercato ? Le manque de structure est le plus grand tort parisien.

Nasser est le premier coupable de ce que l’on peut aujourd’hui appeler un échec. Son obsession du résultat immédiat, symptomatique de la culture entrepreneuriale qatarie, est une des raisons pour lesquelles Paris a du mal à passer un cap sportif, notamment sur la scène européenne. Ancelotti a parfaitement résumé cette pensée : « À la fin de la deuxième saison, j’ai commencé à me convaincre que quelque chose clochait à Paris. On était en tête du championnat, mais je n’étais pas convaincu que le travail qu’on faisait était correct. Les dirigeants ne pensaient plus au projet, mais plutôt aux résultats immédiats. Ils étaient impatients, alors que le PSG a besoin de travailler à moyen et long terme. Le club ne devrait pas penser tout de suite à gagner la Ligue des Champions. Quand j’étais là-bas, chaque match que nous perdions débouchait sur des engueulades. »

Il est vrai qu’avec de l’argent on peut acheter des clubs, des joueurs et quasiment tout ce que l’on désire. Mais l’argent ne fait pas d’un club un grand club pour autant. Seul le temps et une gestion adéquate feront de Paris un club de ce standing. Nasser, que l’on peut estimer intouchable, doit pour cela changer son comportement capricieux. A défaut de le voir partir, espérons le voir changer. Cet homme, ou son remplaçant, est la clef de voute du projet. Et sa vision, la future direction du PSG.

Hugo.