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Pep Guardiola avait toutes les raisons d’être satisfait du stage de préparation effectué par son équipe au Qatar et en Arabie Saoudite. En effet, après avoir battu les Qatar Stars par quatre buts à un quelques jours auparavent, le Bayern remporta également son deuxième match de préparation hivernale face aux saoudiens du Al-Hilal sur le même score, grâce à des buts de Dante, Schweinsteiger, Lewandowski et Pizarro. Mais au delà des résultats, peu révélateurs étant donné l’adversité, c’est les nombreux retours de blessure qui font le bonheur du technicien catalan. Et s’il prédit entre autres une excellente deuxième partie de saison à Bastian Schweinsteiger et atteste à Holger Badstuber des qualités rares ballon au pied pour un défenseur, c’est avant tout le retour de l’international autrichien David Alaba qui enchante l’entraîneur du Bayern.

En effet, le numéro 27 du géant bavarois est non seulement un des élèves préférés de Guardiola, mais également un des joueurs les plus importants de son effectif. Et il ne s’est pas privé de le rappeler à l’ensemble des journalistes présents lors des conférences de presse données en marge du stage d’entraînement. Questionné sur l’état de santé de David Alaba, il a ainsi déclaré : « si la finale de la Ligue des Champions était demain il jouerait ! On lui demande chaque jour comment va son genou» avant d’ajouter : « avec lui nous sommes une meilleure équipe. Il peut jouer partout. Sensationnel ! Sur une échelle de 1 à 10 il a toujours un niveau de 8, 9, parfois 10. C’est un des joueurs les plus importants pour le Bayern Munich ». Rien que ça !

Les débuts au Bayern

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On ne peut donc s’empêcher de remarquer à quel point Pep Guardiola, qui a tout de même côtoyé et entraîné de nombreux joueurs parmi les meilleurs de leur génération, s’extasie devant les qualités et le potentiel du jeune international autrichien. Ce potentiel les dirigeants du Bayern l’ont très tôt reconnu et sont allés le recruter chez la réserve du FK Austria Vienne dès l’été 2008. A 16 ans à peine, David Olatukunbo Alaba faisait donc ses premiers pas au sein d’une des plus grandes écuries européennes, dominatrice depuis des décennies en Bundesliga mais qui n’avait plus brillé sur la scène européenne depuis de longues années. Et s’il était prévu que le jeune autrichien aux origines métissées intègre tout d’abord les équipes de jeunes du Bayern Munich, son ascension au sein du club allait se montrer fulgurante.

Ainsi, Hermann Gerland, alors entraîneur de la réserve du club, prévoyait de l’intégrer à la deuxième équipe dès la saison 2009/2010. Celui qui est maintenant l’un des adjoints de Pep Guardiola et depuis toujours réputé pour avoir le nez fin en ce qui concerne les jeunes pousses bavaroises avait une fois de plus reconnu en Alaba un joueur doté de la qualité nécessaire pour intégrer rapidement l’effectif professionnel du club munichois. Mais c’est un autre technicien réputé pour sa capacité à faire progresser les jeunes joueurs qui allait donner à Alaba ses premières minutes avec l’équipe du Bayern. En effet, Louis van Gaal, aux commandes du club depuis 2009, lui permit de faire ses débuts en Bundesliga dès le 6 mars 2010 et en Ligue des Champions trois jours plus tard seulement, faisant de lui le plus jeune joueur ayant porté le maillot du Bayern dans l’histoire de la compétition.

Ses débuts avec le Bayern, David Alaba les fit systématiquement au poste de latéral gauche, malgré le fait que le joueur lui même se considérait comme milieu de terrain. Le technicien néerlandais disait ainsi à ce sujet : « C’est un latéral gauche, même si lui ne le pense pas », une déclaration avec laquelle Pep Guardiola ne serait probablement plus d’accord à l’heure qu’il est. La première année d’Alaba avec l’équipe professionnelle fut couronnée de succès, le Bayern s’adjugeant le doublé (Coupe, Championnat) et allant jusqu’en finale de la Ligue des Champions, finale toutefois perdue contre l’Inter de Milan de José Mourinho sur le score de 2-0. Malgré tout, la saison se termina sur une bonne note pour le néo-latéral gauche étant donné qu’il finit par signer son premier contrat professionnel avec le Bayern Munich le 30 juin 2010, peu après son 18ème anniversaire.

Révélation et consécration sur la scène internationale

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Après un court intérim de six mois au TSG 1899 Hoffenheim où il démontra d’une part sa capacité à être régulier en Bundesliga et d’autre part sa grande versatilité en alternant tour à tour entre les postes de milieu défensif, milieu central, milieu offensif et même ailier gauche, il fit son retour au Bayern avec qui il prolongea son contrat jusqu’en 2015. A la fin de l’année 2011 il fut élu joueur autrichien de l’année, devenant le plus jeune joueur de l’histoire à recevoir cet honneur, et lors de la deuxième partie de la saison 2011/12 il gagna définitivement sa place de titulaire au détriment du brésilien Rafinha.

C’est également à partir de ce moment là qu’Alaba se révéla aux yeux de l’Europe, toujours à ce poste de latéral gauche qui selon lui n’était pas le sien. Et pourtant, grâce à sa technique, son intelligence de jeu, sa vitesse ainsi que son entente fabuleuse avec Franck Ribéry, il s’imposa en quelques mois à peine comme l’un des meilleurs latéraux de la planète football. Ses excellentes prestations en Ligue des Champions, notamment en demi-finale face au Real Madrid de Mourinho (encore lui!) marquèrent rapidement les esprits. Au grand dam du Bayern, David Alaba écopa de son troisième carton jaune lors du match retour contre les méringues et se vit suspendu pour la finale à domicile face à Chelsea. Si cette finale perdue aux tirs au but demeure le plus grand traumatisme de l’histoire du club, la saison 2011/12 était, à titre personnel, un nouveau succès pour le jeune autrichien. Ainsi, il défendit son titre de footballeur autrichien de l’année et fut par ailleurs élu « révélation de l’année » par le magazine allemand spécialisé en football : Kicker.

Mais l’ascension de David Alaba ne devait pas s’arrêter là. En effet, si l’année 2012 était celle de sa révélation sur la scène européenne, la saison suivante allait être celle de la consécration, pour lui, mais aussi pour tout le club bavarois. Au lieu de se laisser abattre par les échecs de l’exercice précédent (qui s’était soldé par deux finales perdues et une 2ème place en championnat), les hommes de Jupp Heynckes se lancèrent dans ce qui allait devenir la meilleure saison de l’histoire du club. Au terme de celle-ci, ils remportèrent non seulement la Bundesliga (avec 25 points d’avance sur le dauphin Dortmund), mais également la Coupe d’Allemagne et la Ligue des Champions face au même rival national qui les avait privé de titres les deux saisons précédentes. Et si le collectif bavarois et la science tactique de Heynckes étaient les principales raisons de ces succès, David Alaba en était sans conteste l’un des principaux artisans.

Malgré une fracture qui l’éloigna des terrains durant trois mois au début de la saison, il réintégra rapidement l’équipe première et confirma son statut de titulaire indiscutable au sein de la machine bavaroise. Il inscrivit ainsi ses deux premiers buts en Ligue des Champions (contre le FK BATE Borisov en phase de poules et contre la Juventus de Turin en quart de finale) et enchaîna les prestations de haute volée jusqu’à la fin de saison. Les récompenses individuelles ne se firent pas attendre longtemps. Il devint ainsi footballeur autrichien de l’année pour la troisième fois consécutive mais fut également, et pour la première fois, élu sportif de l’année en Autriche et dans l’équipe de l’année de l’UEFA. En moins de deux ans et à même pas 21 ans, le latéral gauche malgré lui était devenu une des références mondiales à ce poste.

Le « faux » latéral

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Suite au départ à la retraite amplement mérité de Jupp Heynckes c’est l’ancien entraîneur à succès du FC Barcelone Pep Guardiola qui prit les commandes du club. Si beaucoup lui ont fait le reproche d’éviter les challenges compliqués en reprenant une équipe se trouvant sur le toit de l’Europe, il ne mit toutefois pas longtemps à changer les habitudes, consignes tactiques, voire même les postes de plusieurs joueurs, abandonnant les acquis de son prédécesseur. Philipp Lahm par exemple, considéré depuis de longues années comme l’un des meilleurs latéraux du monde, se vit octroyé un nouveau rôle dans l’axe au milieu de terrain. Ce ne fut cependant pas le cas de David Alaba, qui malgré sa polyvalence et son ambition affichée d’évoluer plus haut dans le dispositif tactique de l’équipe, fut systématiquement aligné en tant que latéral gauche par le technicien catalan tout au long de la saison.

Cet état de fait ne voulait néanmoins pas dire que rien n’allait changer pour l’international autrichien lors de la première saison sous les ordres de Guardiola. En effet, le nouvel entraîneur du Bayern est depuis longtemps réputé pour sa volonté d’innover et de transcender les codes traditionnels concernant les différents postes de ses joueurs. Le plus bel exemple est sans aucun doute l’utilisation de Lionel Messi comme « faux 9 » afin soit d’obliger un défenseur central d’abandonner son poste pour suivre l’attaquant nominal, soit de créer une situation de surnombre au milieu de terrain. Le Bayern ne disposant pas de joueurs aux caractéristiques similaires à celle du phénomène argentin, ce sont les latéraux qui se sont chargés de mettre les adversaires devant des tâches inhabituelles.

En effet, ni Rafinha ni Alaba ne remplirent le traditionnel rôle du latéral dans le football moderne, à savoir écarter le jeu, prendre le couloir, proposer des solutions par des dédoublements et se charger du marquage des ailiers adverses. Au contraire, les latéraux bavarois se laissaient régulièrement glisser vers l’axe du milieu de terrain, pour proposer de nouvelles solutions à leurs coéquipiers, particulièrement lorsque l’adversaire tentait d’effectuer un pressing sur une zone spécifique du terrain. Et si l’ailier adverse se décidait de continuer son marquage sur le « faux latéral » dans l’entrejeu, de nouveaux espaces se créaient pour d’autres joueurs (les milieux de terrains notamment) qui pouvaient se décaler sur l’aile et ainsi créer une situation de surnombre face au latéral adverse. Cette innovation a donc non seulement le mérite de proposer de nouvelles solutions afin de garantir la possession du ballon, mais également d’aller à l’encontre du dogme de la nécessité d’écarter le jeu.

Profitant de sa formation en tant que milieu de terrain ainsi que de sa technique mais surtout grâce à sa science du jeu lui permettant de réaliser dans quelles situations il pouvait se décaler vers l’entrejeu, David Alaba se montra particulièrement efficace dans l’exécution de la nouvelle tâche qui lui était proposée. Ce n’est donc pas un hasard si celui qui, quelques mois auparavant, se disait frustré de ne pas évoluer au milieu de terrain et affirmait ouvertement son ambition de se trouver au cœur du jeu, finit par prolonger son contrat avec le Bayern à la fin de l’année 2013. Les conditions nettement améliorées de son contrat ont certes du jouer un rôle important dans son choix, mais on peut légitimement se poser la question si cela aurait été suffisant si son rôle au sein de l’équipe n’avait pas changé sous la direction de Pep Guardiola.

Le couteau suisse autrichien du Bayern

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Si les exigeances du poste de David Alaba ont changé lors de la première année sous le technicien catalan, ce n’est que depuis le début de la saison en cours qu’Alaba s’est imposé comme l’élément clé du système de jeu bavarois. En effet, il ne se contente plus d’interpréter différemment le poste de latéral gauche comme il le faisait lors de la saison 2013/14, mais est aligné par Guardiola à des postes différents, d’une part en fonction des adversaires et d’autre part en fonction des besoins tactiques poncutels de l’équipe. Il est donc pratiquement impossible de définir clairement le poste d’Alaba. Celui-ci change non seulement d’un match à l’autre mais également (et souvent) au cours d’un seul et même match selon les ajustements tactiques nécessaires.

Un exemple parfait pour illustrer la versatilité du jeune autrichien au cours d’un même match est la rencontre de Ligue des Champions face à Manchester City en septembre dernier. Le plan de jeu initial de Guardiola prévoyait d’évoluer avec trois défenseurs centraux afin de faciliter la relance face aux deux pointes habituellement alignées simultanément par Manuel Pellegrini. David Alaba devait donc prendre le rôle de défenseur central gauche et ainsi proposer une alternative supplémentaire pour la construction du jeu. Mais il s’avéra très tôt que les Citizens n’avait nullement l’intention de presser leur adversaire du jour. Voyant qu’il était superflu d’avoir un troisième joueur pour assurer la relance, Guardiola replaça très vite Alaba au milieu de terrain, aux côtés de Xabi Alonso et de Philipp Lahm. Au fur et à mesure que le match avançait, David Alaba en fit autant sur la pelouse, finissant une rencontre qu’il avait débutée au poste de défenseur central en tant que milieu offensif. En l’espace de 90 minutes il avait donc occupé trois postes différents, en fonction des besoins de son équipe.

Cet exemple est loin d’être esseulé et s’est répété régulièrement lors de la première moitié de saison. Ainsi, alors que le Bayern étrillait la Roma à l’Olimpico sur le score de 7-1, les commentateurs de la chaîne italienne eux, étaient dubitatifs quant au poste de l’international autrichien, ne sachant s’il était défenseur central, milieu latéral ou milieu axial. En effet, le rôle d’Alaba sur le terrain peut paraître confus au premier abord et cela est du au système de jeu asymétrique du Bayern, au sein duquel les côtés sont rarement occupés de manière égale. C’est ici que l’intelligence de jeu d’Alaba, sa science du placement et sa capacité à répéter les courses pour constamment proposer des solutions se montrent particulièrement utiles. Et cela se reflète également sur les statistiques, étant donné qu’Alaba était, avant sa blessure, le joueur avec le plus d’action de jeu par match de l’équipe derrière Alonso.

Les permutations d’Alaba ne désorientent pas seulement le spectateur lambda ou les commentateurs de Sky Italia. Les joueurs et entraîneurs adverses eux mêmes sont souvent confus par les mouvements incessants du joueur. En effet, pour tenter de contrer le jeu de possession du Bayern, nombreux sont les adversaires qui misent sur un marquage individuel au milieu de terrain afin de gêner les joueurs bavarois dès la prise du ballon. Les moments de surprise créés par les mouvements d’Alaba sont donc particulièrement précieux dans ce genre de configuration. Par ailleurs, le style de jeu de l’équipe change également selon la zone de jeu qu’il occupe. Par exemple, en se décalant au milieu il apporte plus de dynamisme à l’équipe quand elle est incapable trouver la solution grâce au jeu de combinaisons en petit périmètre. La polyvalence d’Alaba est un atout qui permet de confrontrer les adversaires à de nouveaux challenges, évitant ainsi qu’ils ne s’habituent à un style de jeu en particulier.

David Alaba a toujours fait partie des joueurs les plus doués techniquement et intelligents tactiquement du Bayern. S’il a effectué ses débuts au poste de latéral gauche c’est avant tout à cause de sa vitesse, de son dynamisme et de sa solidité dans les duels, des atouts indéniables à un poste où le Bayern n’avait alors pas d’alternative crédible. Suite au recrutement de Juan Bernat à l’intersaison, le Bayern dipose dorénavant d’un joueur capable de répondre aux exigeances du poste de latéral gauche tel que le conçoit Pep Guardiola. Ainsi, le technicien catalan a tout le loisir d’utiliser la grande polyvalence que lui offre le profil tactique unique de David Alaba pour en faire l’homme clé de son projet de jeu, et il ne s’en prive pas.