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Roi sans couronne

 David… Comment expliquer ma peine et mon désarroi à l’heure de ton départ ? Bien sur, il était inéluctable ; mais on ne se prépare jamais au départ d’un proche. Les mots sont lourds, les pisse-froids et autres rabat-joie viendront nous rabattre les oreilles que ce n’est que du foot, que tu n’es pas mort, mais ceux là ne peuvent pas comprendre.

Non, ils ne peuvent pas comprendre toutes les émotions que tu as réussi à me transmettre pendant toutes ces années. Tu étais plus qu’un simple joueur de football, tu étais un héros, un personnage de roman. Ton parcours de Monaco à Pune, en passant par Turin, Alicante, Abou Dabi, Buenos Aires et Rosario résume à lui seul les hauts et les bas d’une carrière tout sauf banale. Franco-Argentin ayant brillé en Italie, mais ton épopée footballistique, où tu as cotoyé gloire et drames, succès et fracas,  ressemble plus à un mythe de la Grèce Antique.

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Un Roi en Principauté

Tu as décidé de mettre un point final à l’histoire de ta carrière, et la façon dont le microcosme du football français a accueilli la nouvelle a eu l’impact d’un véritable autodafé. Le roman David Trezeguet fut rangé aux oubliettes comme si tu étais un Etranger. Les Misérables… Ils ne comprennent pas, ils ne savent pas. Quelques semaines après avoir braqué les projecteurs sur la sortie de ton copain Thierry Henry, il n’y avait sans doute plus assez de courant pour la tienne. Dans l’ombre d’Henry… c’est presque ce que pourraient retenir ceux qui ne te connaissent pas. Mais au fond, je le sais bien, tu n’en a rien à faire, tu le disais toi-même lors de ton entretien à SoFoot (« Mieux vaut être Trezeguet que Onze et Tristes ») ; « Henry a été quelqu’un de très médiatisé en France. Je crois qu’il était plus dans une recherche de notoriété que moi. ». Ta philosophie de vie était la même sur le terrain qu’en dehors, la recherche de la justesse à son paroxysme ; « toucher peu de ballons, parler peu, mais les toucher bien et parler bien ».

David, si on met de côté tes aventures exotiques, tu as connu 3 pays : l’Argentine, la France et l’Italie. Toujours à SoFoot, tu nous disais que le maillot bleu c’était un choix de carrière. Ton palmarès ne ment pas, champion du monde, champion d’Europe… Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que ce choix n’était pas le bon, que tu méritais mieux que ce que la France t’a offert. Tu n’es pas français, tu n’as rien de français. Ton style de jeu est italien, ton amour du football est argentin. Là où la France t’a tourné le dos en 2006, l’Italie a toujours pris soin de toi, et continue de le faire ; la Juve dans sa plus grande tradition de respect des Idoles t’a offert un poste pour promouvoir la Vielle Dame partout dans le monde. Là ou la France te jugeait trop vieux, trop « has-been », River et le Monumental t’ouvrait grand ses bras pour que tu puisses finir ta carrière dans le club de ton cœur, le club pour lequel tu en pinçais gamin, quand tu frappais toute la journée sur les murs de ton quartier Florida de Buenos Aires…

Tu sais David, il n’est pas évident de trouver les mots même pour moi, pour te définir. Mais si à l’instar d’un improbable retourné de Del Piero, un après midi de Mai 2005 à San Siro, je devais tenter ma chance, je dirais probablement que tu étais un joueur en noir et blanc dans une époque en couleurs. Non… Ne le prends pas péjorativement… Mais tes valeurs, tes qualités humaines et sportives n’avaient rien à voir avec le football d’aujourd’hui. Ces valeurs qui t’ont amené à rester en Serie B avec la Juve ou finir à River Plate chez les tiens… Bien sur je pourrais également parler de ton escapade à Alicante, que tu justifiais publiquement par ton envie de découvrir la Liga, cachait des motifs beaucoup plus personnels… Bien sur, tes détracteurs, parce qu’il en existe même derrière les plus grands, derrière les meilleurs, parleront de tes piges à Abou Dabi et Pune. Et alors… Cela ne change strictement rien… Toi, Roi David, même si je cite « Tu ne veux être le Roi de rien du tout », cette escapade à Abou Dabi, bien sur elle ne te ressemblait pas… Mais moi je l’ai vu comme un purgatoire avant ta rédemption. Abou Dabi avant River Plate… Les Petrodollars avant les Millonarios. A 35 ans tu étais enfin de retour. « Daddy’s home ». Et les locaux et locos n’allaient pas tarder à s’en rendre compte.

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Vuelve a Casa

Trezeguet en deuxième division pour le clin d’oeil de l’histoire, chez les Gallinas. Mais fier comme un Coq. Mais un Coq bien argentin. L’écart de niveau est abyssal. A vrai dire, durant tes 6 premiers mois tu es plus proche de David-Christ que de Roi David. Tu multiplies les buts et fends à travers la B, un chemin pour tout le peuple Millonarios vers la « A ». Moïse. Les spécialistes ne s’y trompent pas David, je ne suis pas un seul et unique fan aveuglé. Olé Clarin important journal sportif argentin :

« Trezeguet est un bidon d’eau gelée au milieu du désert de talent du football argentin. Un spécimen rare du football local. Le Français est un crack. Un champion du monde. Un numéro neuf qui se suffit à lui-même. Un autodidacte sur la pelouse. A qui il importe peu si son équipe joue bien, s’il reçoit le ballon ou non. Il se débrouille seul. Comme face à Merlo, lorsqu’il marqua un but splendide de la tête sur un centre flottant. Comme face à Ferro, clouant dans la lucarne une volée exquise et presque inédite dans ces contrées. Demandez à Vega (Ndlr : le gardien de River) sinon, lui qui s’est pris la tête dans les mains, incrédule, muet devant le génie de David (…) »

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Ton football c’était de l’Amour David, et les histoires d’amour finissent mal… Tu quittes la Ligue des  Champions avec la Juve sur une triste élimination en phase de poules (malgré un but d’anthologie contre le Bayern), le Roi quitte la Vieille Dame dans une période plus que compliquée pour elle… Pourtant on fait comprendre à David que sa place n’est plus à ses côtés. A Alicante, tu marques, encore et toujours, mais tu ne permets pas à Hercules de se maintenir en Liga. En Equipe de France tu n’as jamais eu le droit à la sortie que tu méritais, et les manques de respect à ton égard ont été nombreux. Alors il fallait bien que River, une autre de tes histoire d’amour perpétue cette triste tradition…

Après des matchs compliqués en première division, ton manque de fraicheur physique est pointé du doigt. Officiellement. Car officieusement le son de cloche est bien différent. Fernando Cavenaghi idole des hinchas, certainement encore vexé de ton influence sur la remontée de River en A -ou tu as marqué tous les buts décisifs dans le sprint final- ne veut pas partager le gateau millonario avec toi, et agit ainsi en coulisse pour t’écarter. Il arrivera à ses fins -après un prêt à Newell’s- grace à l’appui de Ramon Diaz et son fils Emiliano. A l’été 2014 il t’est signifié que ton aventure à River est terminée. Là encore ta sortie se fait par une porte dérobée, dans l’ombre.Mais tu ne diras rien. Pas un mot. Car tu nous l’a dit David, tu ne parles que très peu.

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Ton palmarès compte presque autant de trahisons que de buts

 Ton histoire David, ce n’est pas à travers ces quelques lignes que je vais la conter. Ceux qui suivent le football depuis suffisamment longtemps en connaissent les chapitres majeurs. Je ne vais pas revenir sur tes deux penaltys ratés. Dans mon cœur les penaltys ils sont transformés…Ca n’a aucune importance. L’important est ailleurs David. Tout comme il n’est pas utile de rappeler que tu es le meilleur buteur étranger de la Juve, que toute ta carrière est chiffrée par un ratio de un but tous les deux matchs, que tu es le buteur le plus prolifique des Bleus, que ta reprise de volée du gauche à Rotterdam est la plus belle de l’histoire des Bleus…

 Alors qu’est ce que je dois retenir de toi David, qu’est ce que NOUS devons retenir de toi ? C’est lors d’une nuit hivernale de 2013, que la vérité vraie est venue éblouir un obscur streaming de Roja Directa. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était ton premier match officiel sous les couleurs de River (officiel, car tu avais déjà joué un amical… lors duquel tu avais marqué évidemment…). Tu rentres en cours de jeu au Monumental contre l’Independiente Rivadavia. River mène 2-0, et Mathias Almeyda décide de te laisser goûter pour la première fois aux Olé Olé Olé de la Banda Roja. La suite ? Un centre d’Abecassis, une tête décroisée, des filets qui tremblent, et ce sourire indescriptible sur ton visage… La réaction des commentateurs n’a pas de prix ; c’est ton premier match chez eux et le constat est le plus juste que j’ai jamais entendu à ton sujet…

« Il (David) fut Champion du Monde… Il a joué avec Zidane, il a joué avec qui vous voulez… Avec Del Piero ! Mais la joie qu’il a sur son visage… Je crois que… Je crois qu’il pourrait tout échanger pour ça, pour ce but. »

Tout est dit en ces quelques mots. A 35 ans, en deuxième division argentine, tu inscris un but  anecdotique pour l’issue du match ou du championnat, mais non, pour toi ça n’avait rien d’anecdotique. Tu ne courrais jamais aussi vite que pour célébrer tes buts et ta joie, communicative, était d’une pureté unique … Cette allgéresse, ce sourire sera la seule image que je garderai de toi. A River pour signifier ton bonheur tu avais un « grito » spécial, tu aimais te taper le cœur en symbole de ton amour pour les hinchas, de ton amour pour le foot, pour le but, mais aujourd’hui David, c’est moi qui me frappe le cœur… Mais sans le sourire…

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Edu.