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Cher Doria,

Te rends-tu compte de ce que tu viens de faire ? Alors que tu t’étais montré relativement discret dans les médias depuis ton arrivée début septembre, tu t’es lâché à peine rentré dans ton pays. Sans doute remis en confiance par ton prêt à Sao Paulo, figure de proue du football brésilien, tu t’es laissé aller à quelques commentaires sur ton passage à l’OM lors de ta conférence de presse de présentation. Avec ton nouveau maillot blanc sur les épaules, tu as commencé à tirer à vue sur le traitement qui t’a été réservé durant tes cinq premiers mois en France. Bizarrement, tu n’as visé que peu de monde. A vrai dire, tu n’as visé qu’un homme, ton ex-entraineur, Marcelo Bielsa. Tu as livré TA vérité au sujet de TA situation. N’ayant pas un accès VIP à la Commanderie, je ne peux ni confirmer, ni infirmer ta version des faits. La seule chose que je puisse dire, c’est qu’il est toujours difficile de parler de soi avec assez de recul et d’intelligence pour tirer les bons enseignements.

Parce que tu n’es pas le nombril de l’Olympique de Marseille et que tout ne tourne pas autour de toi (même si le traitement médiatique qui t’a été réservé t’a peut-être pu le laisser croire), voici en bref ce que tu as déclaré aux journalistes brésiliens : « J’étais triste de ne jouer qu’avec l’équipe réserve de l’OM. Le public, le président et plusieurs joueurs réclamaient pourtant que je puisse jouer avec l’équipe première. Je finissais par me demander si je savais encore jouer au football… Marcelo Bielsa aurait été contrarié de ne pas être consulté sur mon transfert. Ma situation à Marseille est liée à un problème extra-sportif entre le président et l’entraîneur.. Le coach a alors voulu prouver qu’il n’avait pas vraiment besoin de moi. Il ne me parlait d’ailleurs pas. Je ne discutais qu’avec ses adjoints. Il m’a juste dit que je devais travailler. Il allait même jusqu’à aligner des joueurs dont ce n’était pas le poste à ma place. Bielsa est un bon entraîneur. Je ne veux pas être grossier, je ne veux pas parler de lui. Il n’a jamais parlé de moi… ».

Ta sortie médiatique au sujet de l’OM, aussi inattendue que maladroite, confirme une chose, tu es quelqu’un qui a une forte confiance en soi. Cette confiance en toi t’a trahi à ton arrivée. A la traine physiquement, pas au point tactiquement et techniquement, tu as vécu un premier mois difficile pour ton intégration. Tout capitaine des U21 brésilien que tu es, tu ne dois pas oublier que tu n’as que 20 ans, que tu dois travailler, progresser et améliorer tes points faibles. Tu n’es d’ailleurs jamais arrivé comme un potentiel titulaire, mais comme une pépite à polir. Comme l’expliquait mon camarade Youss dans l’article qu’il te consacrait il y a deux mois (cf : https://ultimodiez.wordpress.com/2014/12/07/doria-ce-probleme-qui-nen-est-pas-un/ ), on a voulu te faire passer pour un martyr. Très tôt, tu as été désigné comme le grain de sable dans la machine OM, dès lors que Bielsa a déclaré qu’il n’avait pas validé ton arrivée. Ce début de bisbille était alors du pain béni pour des journalistes qui en avaient déjà marre de parler des progrès technico-tactiques réalisés par l’équipe depuis le début du règne d’El Loco. Ce faux clash Bielsa-Labrune t’a alors entrouvert une porte de sortie qui te dédouanerait automatiquement de toute responsabilité : si tu ne jouais pas, ce n’était pas ta faute mais celle de Bielsa et de son fichu caractère.

Pour pallier à cette mauvaise communication externe, le club a mis en place des reportages valorisant tes qualités et ton état d’esprit. Tu as même été le héros et le fil conducteur d’un épisode d ‘Objectif Match, épisode où on te voyait travailler tes contrôles et la précision de tes passes avec un adjoint de Bielsa, preuve s’il en fallait une que Bielsa voulait te faire progresser dans les domaines qui lui importent quant à une place de titulaire en charnière. Le club a tout fait pour faciliter ton intégration, t’a installé dans une zone de confort pour que tu gardes ton sourire et que tu ne te laisses pas griser par une presse qui voyait plus en toi une façon d’atteindre un club devenu un bunker, qu’une pépite victime d’un mauvais traitement. Il est facile de se réfugier derrière cette pseudo guerre d’ego Bielsa-Labrune pour expliquer ton absence de temps de jeu. Mais parlons un peu football si tu le veux bien, car c’est là-dessus que doit être jugé un footballeur tu en conviendras.

Il y a quelques semaines, Thernand Bakouboula, attaquant d’Echirolles, a été interrogé sur le duel qui vous a opposé lors d’une rencontre avec la réserve olympienne. Sa réponse en a surpris plus d’un. Il déclara : « C’est un bon joueur, dur sur l’homme et physique. Un petit bémol qui est propre à tous les joueurs étrangers : il avait un problème de communication. Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal. Il s’exprime avec quelques mots-clés mais ce n’est pas naturel, donc ce n’est jamais évident quand on est étranger. Il faut s’adapter à une nouvelle culture et un nouveau type de jeu. Il a par contre une certaine lenteur dans ses reprises d’appuis ». Des déclarations qui coïncident avec les réponses de Bielsa, interrogé sur tes qualités et tes défauts en conférence de presse.

Difficile donc de se cacher quand tes performances n’ont marqué personne en championnat amateur. Malgré ces difficultés que tu affiches depuis ton arrivée en France, Marcelo Bielsa a, à de nombreuses reprises, hésité à te donner du temps de jeu. Il n’a jamais dénigré tes qualités athlétiques et ton potentiel évident. Il ne t’a jamais condamné en conférence de presse, et ta remontée dans la hiérarchie des défenseurs témoigne que ton travail commençait à payer aux yeux du staff et du coach. Bielsa ne parlait pas de toi ? Il devait indubitablement se justifier en conférence de presse, semaine après semaine, à ton sujet. Aujourd’hui, 11 février 2015, c’est lui qui a tenu à te répondre à la fin de sa conférence de presse. Visiblement marqué et chagriné par tes propos, il a, tout au long d’une tirade d’une quinzaine de minutes, publiquement résumé ton passage sous ses ordres. Se sentant accusé au sujet de son impartialité, il a expliqué publiquement sa façon de hiérarchiser et d’évaluer les performances individuelles de ses joueurs. Ce n’est donc pas une mais cinq personnes, qui ont jugé juste de te préférer Aloé lorsqu’une place de titulaire était vacante. Bielsa l’admet aisément, ce n’était peut-être pas la meilleure des décisions, mais il s’agit de la décision du staff, assumée et prise pour le bien de l’institution. Bielsa est borné, têtu, psychorigide même, mais l’idée d’institution semble chez lui demeurer au-dessus de toute revendication et d’intérêt personnel, que ce soit les siens, ceux de ses joueurs ou de son président. Il a également clos la rumeur propagée comme quoi tu ne savais pas pourquoi tu ne jouais pas, seul moment où sa réponse était en mesure d’égratigner tes propos.

Pour reprendre tes dires, effectivement, les journalistes souhaitaient te voir jouer. Une bonne performance de ta part leur aurait sans doute permis de taquiner Bielsa en conférence de presse. Effectivement, les supporters souhaitaient te voir jouer. Décris comme une future star, tu as suscité notre curiosité. Tu la suscites toujours d’ailleurs. Mais l’intérêt de l’équipe doit passer avant la curiosité et ça, le staff n’en a jamais démordu. Des mauvaises passes depuis l’arrivée de Bielsa, certains joueurs en ont connu. Fanni et Omrani n’ont pas reçu ton traitement médiatique mais sont pourtant passés de « lofteurs » à titulaire pour l’un, joker pour l’autre.  Comme quoi, Bielsa n’est peut-être pas si têtu que ça …

Les débuts en Europe sont parfois difficiles. Nombreux sont les brésiliens qui se sont cassés les dents avant d’exploser au plus haut niveau. Miranda et Dante doivent être tes exemples. A Sao Paulo, tu vas retrouver un autre défenseur central espoir, de retour au pays après un passage raté en Europe, Rafael Toloi. Lui non plus n’a pas eu le temps de jeu escompté à la Roma, même s’il est arrivé en Italie avec le statut de futur grand. Un futur grand, tu en es peut être un, mais l’aigreur qui entache tes propos sur Bielsa ne joue pas en ta faveur. Tu y racontes ta vérité au sujet d’un club et d’un coach à qui tu es toujours lié contractuellement. Tu as donné du grain à moudre aux journalistes à l’heure où le Bielsa Bashing est de mise, et rien que pour ça, tu n’en sors pas grandis. Tu apprendras avec l’âge que les médias sont des bâtons de dynamite à manipuler avec précaution. En personne expérimentée, Bielsa a su désamorcer ce quiproquo avec clarté et classe, deux mots qui ne semblent pas ressortir de ton discours. Malgré ceci, difficile de savoir qui dit vrai. Difficile également de dire si ton discours est vraiment le tien ou s’il t’a été soufflé par une tierce personne. Toujours est-il qu’en cette période de moins bien sportif, à l’heure où Bielsa et le groupe sont régulièrement remis en cause par les médias mainstream, tes propos ne tirent pas l’institution vers le haut.

Je ne sais pas de quoi ton avenir est fait. Je ne sais pas si je te verrai un jour sous le maillot de l’OM. Je ne sais pas si tu recroiseras un jour la route de Bielsa. Je te souhaite juste de faire une grande carrière, ici ou ailleurs. Comprends juste que c’est par tes performances et ton travail que tu deviendras grand, pas par des écarts dans la presse.

Maxime.