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Ce jeudi, Guingamp affronte le Dynamo Kiev au Roudourou, pour le compte du match aller des 16èmes de finale de la Ligue Europa. Un exploit rendu possible par le travail abattu par Jocelyn Gourvennec, entraineur du club depuis mai 2010. Arrivé sur la pointe des pieds, le breton a permis à son club de gravir les échelons en passant du National à la phase finale d’une coupe d’Europe, en à peine cinq ans. Retour sur le parcours de ce coach atypique, qui insuffle un vent de fraicheur sur l’ensemble du football français.

Atypisme. Si l’on devait décrire en un terme la carrière et le caractère de Jocelyn Gourvennec au sein du « football circus », il n’y aurait pas de mot plus juste. Dans un milieu sans grande personnalité, où le mimétisme est roi et source d’intégration, le natif de Brest a, lui, décidé très tôt de ne pas faire comme tout le monde. Tout d’abord, il refuse les sirènes des clubs professionnels à 13 ans, afin de terminer ses études et sa formation à Lorient, près des siens. Il quitte le cocon familial en 1991, part à Rennes, et toujours en parallèle à ses activités de footballeur, intègre la filière STAPS de l’Université, afin d’y terminer ses études supérieures. Professionnel modèle, il brille autant sur les terrains que sur les bancs de la fac. A Rennes, il devient l’un des pions essentiels de la remontée du club en Ligue 1, est élu meilleur joueur de Ligue 2 et se retrouve catapulté capitaine à 22ans. Son ascension est fulgurante, il part à Nantes, figure de proue du football français au milieu des années 90. Malgré une rupture des ligaments croisés, il revient encore plus fort, participe à la demi-finale de Ligue des Champions du club face à la Juve, le futur vainqueur. La machine s’enraye lors de son départ raté à l’OM, où ses différents avec Courbis stopperont net sa progression. Après l’OM, s’ensuit un deuxième échec, à Montpellier avec Jean-Louis Gasset. Ces deux erreurs de parcours sonneront le glas de sa carrière et de ses ambitions d’Equipe de France, une carrière qu’il terminera sans le moindre trophée, avec comme sommet sa demi-finale de Ligue des Champions avec Nantes et sa finale de Coupe UEFA avec Marseille (défaite 0-3 contre Parme). De cette faillite, Gourvennec garde aujourd’hui encore un goût amer, même s’il admet que ces péripéties l’ont forgé, et qu’il en est aujourd’hui grandi et sorti plus fort.

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Au-delà de ses études supérieures et de son parcours en jeune, Gourvennec se démarque durant sa carrière de joueur par son tempérament calme, studieux, à la limite de l’autarcisme. Ses besoins ? Ses proches, de la musique, des livres … Affiché rapidement via des portraits de lui paru dans Libé, il fait également le bonheur de l’Huma et des Inrocks. Gourvennec devient une sorte de paria, un extra-terrestre qui divise. Lui s’en fiche, et se consacre très tôt à sa reconversion. Très vite, il sait qu’il veut coacher. Coacher oui, mais pas n’importe où, ni n’importe comment. Soucieux de ne pas se griller rapidement, il débute sa carrière sur le banc à La Roche VF, en DH. Comme il l’indiquait dans une interview de 2010 parue sur Foot365, il souhaitait démarrer au bas de l’échelle, dans un club structuré, avec des moyens. C’est ce qu’il a pu faire durant deux saisons avant que Noel Le Graet le contacte au printemps 2010 afin de prendre les rênes de Guingamp, fraîchement relégué en National. Un an plus tard, Guingamp remontait en Ligue 2, auréolé d’une belle troisième place et du prix honorifique de meilleure attaque. Durant son passage en Ligue 2, Gourvennec entretient un groupe hétéroclite, fait d’anciens (Giresse, Mathis, Fauré) et de jeunes pousses (Imbula, Knockaert, Alioui, Samassa). Il fait également progresser de nombreux joueurs comme Kerbrat ou Yatabaré. Le malien sera d’ailleurs l’un des grands artisans de la montée en 2012-2013 avec ses 23 buts. Guingamp termine la saison avec 63 buts (contre 64 pour le Monaco russe), et Gourvennec est sacré meilleur entraineur de Ligue 2 par ses pairs. L’an passé, pour le retour du club en Ligue 1, ses ouailles se classent 16ème, avec l’avant dernière attaque MAIS la 5ème défense. Mieux encore, le club remporte la mythique Coupe de France contre Rennes (2-0), ce qui permet aux guingampais de retrouver la C3, une première depuis vingt ans. Ce titre représente la première réelle ligne au palmarès du Brestois, la première d’une longue série ?

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La patte Gourvennec pourrait être résumée en trois mots : travail, rigueur, humilité ; trois mots qui résument les différents leitmotivs de Joce tout au long de sa carrière. Disciple de Suaudeau et de Gourcuff, Gourvennec a mis en place un 4-4-2 solide, fait de redoublements de passes, de pressing et de mobilité capable d’aller chercher des résultats imprévus (inflige la 1ère défaite bordelaise de la saison, victoire contre le PSG 1-0 et contre Monaco sur le même score malgré une longue infériorité numérique). Adepte du jeu léché, c’est bien logiquement qu’il a réalisé son stage pratique en vue de l’obtention de son DEPF auprès de Lucien Favre, alors entraineur du Herta Berlin. La patte Gourvennec, c’est aussi faire progresser ses attaquants. Milieu créateur, Jocelyn réussit à tirer le meilleur de ses hommes offensifs. Du duo, Yatabaré-Mandanne au duo Mandanne-Beauvue, il a toujours misé sur une paire complémentaire, efficace, capable de permuter et d’être à la dernière ou à l’avant-dernière passe. Ceci s’explique peut être par son travail universitaire : son mémoire de fin d’études supérieurs reposait sur le thème de l’analyse des déplacements de ses coéquipiers d’attaque de l’époque, dont Nicolas Ouédec, autre grand espoir français n’ayant jamais véritablement percé. Ses inspirations sont évidentes, et l’actuelle 8ème place de Guingamp est tout sauf usurpée, et ce malgré un début de saison compliqué. Paradoxalement, c’est en Ligue Europa que l’équipe a trouvé son second souffle, notamment après une victoire salvatrice contre le PAOK au Roudourou (2-0). Les guingampais finiront leur campagne avec 10pts, suite à une victoire décisive (2-1), toujours face au PAOK mais cette fois ci dans une bouillante ambiance grecque. Cette qualification vient contrer les arguments risibles que l’on peut entendre en France depuis quelques années et selon lesquels il faut faire un choix entre la C3 et le championnat. Ces dernières saisons, aucun club français n’a pris le parti de jouer sérieusement la Ligue Europa (excepté Lyon en 2013-2014) et le résultat se ressent aujourd’hui durement sur le coefficient UEFA de l’Hexagone. De Marseille à Bordeaux en passant par Lyon et Saint-Etienne, aucun club français n’a tenu son rang décemment, et ce, quelque soit le niveau de l’équipe qui lui faisait face. Les valeureux bretons prouvent, s’il fallait le prouver, que l’on peut avoir le 19ème budget de Ligue 1, une équipe inexpérimentée sur la scène européenne,et une place en Ligue 1 à défendre et malgré tout, faire honneur sur la scène européenne. Certains devraient s’en inspirer…

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Alors à quoi peuvent aspirer le club guingampais et leur coach pour cette fin de saison ? Avec 35 points, le maintien semble quasi acquis pour les hommes de Gourvennec, de quoi jouer à fond les deux autres compétitions dans lesquelles les irréductibles bretons sont toujours en course. Avec un quart de finale de Coupe de France contre Concarneau à jouer, Guingamp est toujours candidat à sa propre succession. Le petit tour au Stade de France n’est plus qu’à deux matchs, dont ce fameux duel entre bretons prévu le 5 mars prochain. Côté Ligue Europa, la tâche s’annonce ardue face au Dynamo Kiev de Belhanda,Veloso ou encore Yarmolenko, avec notamment un match retour en Ukraine. Lueur d’espoir, le Dynamo effectue sa reprise à la compétition après une coupure de plus de 3 mois. Quant à Joce, il est sans doute plus proche de la fin de son aventure guingampaise que du début. Après avoir fait toutes ses classes, il est un candidat potentiel pour briguer un poste dans un club plus huppé que Guingamp. Mais au vu de ses déclarations passées, il fonctionnera plus au coup de cœur qu’à la hype. S’il déclarait être attaché à ses terres, pas franchement dans le besoin financièrement après sa carrière professionnelle, il aura peut-être cœur à reprendre une équipe de sa contrée. La valse des entraineurs en Ligue 1 sera d’ailleurs un des feuilletons du mercato estival. Certains semblent en délicatesse (Montanier à Rennes, Der Zakarian à Nantes …) d’autres sont potentiellement sur le départ (Galtier à Sainté, Bielsa à l’OM). Si le jeu des chaises musicales se déroule cet été, nul doute que le brestois sera convoité. Et si finalement, lui qui n’a jamais gravi les sommets lorsqu’il était encore actif prenait depuis le banc de touche sa revanche sur une carrière de joueur au goût amer d’inachevé ?

Maxime.