0

Promis à un brillant avenir depuis sa promotion en équipe première de Manchester United il y a de cela un an, Adnan Januzaj semble quelque peu marquer le pas. Passée l’excitation des débuts et l’enflammade générale autour de lui, le jeune belge peine à retrouver la folie et l’insouciance qui faisaient espérer à tout le peuple rouge une nouvelle pépite issue de l’Academy. Alors, Adnan, où en es-tu ?

Une éclosion éclaire

5 octobre 2013, Stadium of Light. Le Manchester United de David Moyes est mené 1-0 par Sunderland et file tout droit vers une troisième défaite consécutive après les revers face à City et West Bromwich Albion. Le jeune Adnan Januzaj, titulaire ce jour-là, ne semble pas peser énormément sur le jeu mancunien. Et soudain : Adnan frappe. Deux fois, d’abord en reprenant de l’intérieur un centre de Patrice Evra puis d’une volée limpide sur un mauvais renvoi de la défense des Black Cats. En l’espace de 6 minutes, celui dont on ne sait pas encore prononcer le nom renverse la vapeur et accorde un premier sursis à son coach. A star is born.

Adnan n’a toutefois pas attendu ce doublé pour voir son potentiel susciter autant d’attente du côté de Manchester. Grâce à de très belles performances en Belgique, sous les couleurs du FCM Brussels puis du grand Anderlecht, il rejoint l’Angleterre à l’âge de 16 ans. Après avoir fait leurs gammes à l’Academy des Red Devils sous la houlette de Warren Joyce, Januzaj et sa bande –parmi laquelle Jesse Lingard- remportent la Premier League U21 en battant Tottenham 3-2. Si le joueur qui se distingue le plus statistiquement est Larnell Cole avec 5 buts rien que sur la demie et la finale, celui qui attire le plus l’attention n’est autre que l’atypique Adnan Januzaj. Aligné en tant que second attaquant, sa vision du jeu et ses facilités techniques frappent les observateurs ainsi que les courageux supporters qui se sont aventurés à regarder les U21 par une longue soirée d’été. A la fin de la saison, la récompense arrive avec le titre de meilleur joueur U21 de l’année de United. Mais un cadeau encore plus beau est sur la route pour Adnan : pour son dernier match à la tête du club, Sir Alex Ferguson lui fait l’honneur d’une première convocation avec l’équipe première lui permettant ainsi de prendre place sur le banc pour assister au baroud d’honneur du Boss. Certes, cela ne constitue rien d’exceptionnel à une époque où les cracks sont repérés de plus en plus tôt et où certains jouent leurs premiers matchs chez les A à 16 ou 17 ans. Mais pour le jeune Adnan, cela représente déjà beaucoup, tant symboliquement que pour la suite de sa carrière.

Deux mois plus tard, Moyes arrive et tout de suite, la tournée en Asie débute. Comme le veut la tradition, les jeunes sont à l’honneur et plusieurs d’entre eux sont sélectionnés, dont Adnan. Il réalise son baptême de feu avec l’équipe première et ne fait qu’accroître les attentes autour de lui. Toujours à relativiser au vu de le niveau des pâtissiers d’en face, Januzaj se montre très à l’aise techniquement dans son rôle d’ailier gauche et ne semble en aucun cas souffrir de la comparaison avec ses coéquipiers (bon y avait Young dans le lot en même temps). Comme chez les U21, il ne se démarque pas statistiquement –laissant ça à son compère Jesse Lingard- mais bien dans le jeu, à travers des séquences qui laisse déjà entrevoir une intelligence de jeu supérieure à la moyenne. David Moyes lui offre son premier match officiel avec quelques minutes de jeu face à Wigan lors du Community Shield, lui permettant ainsi de gagner son premier titre avec les grands. S’il semble se faire oublier à partir de la reprise du championnat, c’est sans compter sur les difficultés que rencontre Moyes dans le jeu et dans les résultats. Après une nouvelle entrée face à WBA, où il démontre là encore des facilités déconcertantes dans l’explosivité et la prise de vitesse, il gagne sa première titularisation la semaine d’après face à Sunderland. La suite, vous la connaissez. Un doublé qui l’installe définitivement chez les A et qui le propulse au rang de nouvelle hype mancunienne.

Des hauts et débats

Visage juvénile, maillot frappé du numéro 44, Adnan Januzaj se lance ainsi à la conquête du peuple rouge et de la perfide Albion. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la mayonnaise prend. D’une insouciance folle, rappelant aux plus audacieux le passage d’un certain portugais, le jeune belge s’éclate et saisi toutes les opportunités offertes par David Moyes, qui voit sans doute en lui sa chance de sauver son début de saison déjà très mitigé. Encore tout frêle, Adnan fait étalage de toute sa panoplie : dribbles en veux-tu en voilà, changements de rythmes, coups de reins dévastateurs, contrôles porte-manteaux, tout y passe. Très fin techniquement, il donne l’impression de flotter on the peech.

adnanjanuzaj_3064965

Au-delà de ces qualités, c’est surtout son activité qui frappe. Majoritairement positionné en tant qu’ailier dans le « schéma » tactique de Moyes, Januzaj bénéficie de beaucoup de liberté et se mute parfois en meneur de jeu pour prendre le jeu à son compte. L’écossais privilégie en effet un système avec un ailier de débordement pur –Valencia- et un autre, plus libre qui se baladerait presque sur le front de l’attaque. Et c’est sans doute là que se situe le plus gros du potentiel d’Adnan : ses qualités naturelles de meneur, sa créativité et sa vista déjà très visible constituent une formidable base de travail pour un joueur de cet âge-là. Trois matchs illustrent assez bien sa panoplie : Tottenham, Swansea et Fulham. Malgré beaucoup de déchet dans son jeu (taux de passes/centres/tirs réussis très moyen), Januzaj démontre deux principales facettes de son jeu : il peut aussi bien jouer les mangeurs de lignes pour aérer le jeu que revenir dans l’axe et ainsi créer le surnombre. C’est précisément dans ces phases de retour vers l’intérieur que le potentiel d’Adnan se voit le plus, ses déplacements offensifs et ses courses entre les lignes sont très difficiles à suivre pour les défenses : ses heat-maps révélant une grande variété dans les zones du terrain utilisées. De plus, ses courses dénotent une très grande compréhension du porteur du ballon. La première partie de saison se révèle ainsi pleine de promesses pour lui, tant il semble s’être inséré avec brio dans l’effectif, allant même jusqu’à gratter un match de Champions League.

adnan-januzaj-vs-tottenham-fulham

Tableau de bord d’Adnan Januzaj contre Tottenham et Fulham

adnan-januzaj-heat-maps-vs-west-ham-swansea

Heat-maps d’Adnan Januzaj contre West Ham et Swansea : très grosse activité et beaucoup de liberté

Sa deuxième moitié de saison (à partir de mars pour être précis) s’avère néanmoins beaucoup moins réjouissante. En cause, une baisse de forme individuelle, l’arrivée de Juan Mata en provenance de Chelsea qui, de fait, verrouille une place dans le XI et l’entêtement tactique de Moyes privilégiant les ailiers de débordement, comme Young et Valencia. Physiquement et donc techniquement, Januzaj semble indéniablement avoir marqué le pas : beaucoup moins de vivacité, qualités de percussion moins efficace, moins de verticalité et surtout beaucoup moins d’activité. Adnan propose moins et s’enferme parfois, souvent ?, bêtement sur son aile selon les consignes de jeu et perd toute la folie qui faisait sa force quelques semaines auparavant. Cette baisse de forme semble n’être imputable qu’au joueur lui-même, car si l’on peut faire beaucoup de reproches à Moyes, sa gestion du cas Adnan n’a pas souffert de beaucoup d’accrocs, lui accordant une confiance méritée puis le préservant peu à peu. Sur la saison complète, Januzaj prend part à 35 matchs, un total assez conséquent pour une première saison avec l’équipe première. A titre de comparaison, des joueurs plus confirmés comme Young et Kagawa n’en n’ont joué que 30, Nani lui seulement 13. Après une série de 7 matchs plus insipides les uns que les autres, la confiance de Moyes envers le jeune belge s’estompe peu à peu et il se met à l’utiliser avec plus de parcimonie. Si la gestion de l’écossais en elle-même apparaît encore une fois peu critiquable, surfant sur l’état de forme du numéro 44 et l’euphorie de ses débuts jusqu’à sa baisse de forme logique compte tenu de son manque d’expérience, la question de son schéma tactique se pose inévitablement. Comment un joueur aussi dépendant du mouvement autour de lui, aussi à l’aise dans les petits espaces et dans un jeu axial peut s’épanouir dans un système où les lignes sont aussi étirées et où l’une des rares consignes est d’écarter sur les ailiers pour leur permettre de déborder ? Ajoutez à ces deux très gros paramètres l’arrivée d’un top-player comme Juanito Mata et vous comprendrez aisément la diminution du temps de jeu accordé à Adnan Januzaj.

adnan-januzaj-vs-wba-liverpool

Tableau de bord d’Adnan Januzaj contre WBA et Liverpool

Quoiqu’il en soit, la saison 2012/2013 constitue un véritable tournant pour Januzaj, passant du jeune espoir des U21 à membre à part entière de l’effectif chez les A. Malgré un apport statistique presque famélique -4 buts et 4 passes décisives en 35 matchs joués-, sa folie et le vent de fraîcheur qu’il a apporté du côté d’Old Trafford laisse présager le meilleur pour la suite. Ca tombe bien, la suite s’appelle Louis van Gaal.

Quid de son rôle sous van Gaal ?

Après un été 2014 bien chargé, entres tractations pour « choisir » son équipe nationale et une première Coupe du Monde avec la Belgique, et des vacances prolongées, Adnan Januzaj rejoint le groupe de Louis van Gaal tout juste de retour des Etats-Unis. Le 3-5-2 proposé par LVG durant cette tournée estivale pose évidemment la question du rôle qui va être attribué au belge. Ailier tout terrain classique ou alors, pour les plus audacieux, un rôle à la Robben 2014 avec les Pays-Bas ?
Premier constat : Adnan Januzaj a pris 192 kg de flow pendant l’été, et ça se voit. Fini la coupe de premier de la classe et l’anonyme numéro 44, Adnan revêtit désormais le mythique 11 de Ryan Giggs et a gagné en masse musculaire.

Sur le terrain en revanche, cela ne se passe pas tout à fait comme prévu. Après avoir pris part aux 3 premiers matchs de Premier League en qualité de remplaçant, le rôle auquel veut l’assigner van Gaal semble toujours aussi flou. Rentré en début de match face à Swansea, Januzaj prend place sur l’aile droite et livre un match assez prometeur. Malgré encore une fois beaucoup de déchets, il est le seul à avoir provoqué et lui seul semble avoir donné l’impression de pouvoir faire basculer la rencontre.

adnan-januzaj-heat-map-vs-swansea-stats

Tableau de bord et heat-map d’Adnan Januzaj contre Swansea : de la percussion mais aussi du déchet

La semaine suivante, à Sunderland (tiens, tiens !), LVG le teste à un poste assez inhabituel de milieu relayeur. L’expérience n’est pas très concluante : Januzaj est efficace lorsqu’il est lancé, il n’est en aucun cas une rampe de lancement. La suite se révèle plus compliquée avec l’arrivée de Di Maria qui lui oppose une nouvelle concurrence directe à son poste et qui fait baisser son temps de jeu au fil des semaines. Après une période de quelques matchs sur le banc, Louis van Gaal décide de lui donner sa chance sur 4 matchs déjà cruciaux, vu le retard comptable pris : WBA, Chelsea, City et Crystal Palace. Les fantômes de la deuxième partie de saison semblent ressurgir : le jeune belge semble liquéfié et perd toute la folie qui faisait sa force un an auparavant. Tous ses dribbles semblent téléphonés, ses changements de directions forcés. L’intelligence dont il faisait preuve semble avoir disparu au profit d’un jeu plus stéréotypé et facile à lire pour les adversaires. Différence notable : Januzaj se balade beaucoup moins et se cantonne à un rôle d’ailier de débordement classique, ce qu’il n’est manifestement pas.

adnan-januzaj-vs-wba-chelsea-city

Tableau de bord d’Adnan Januzaj contre WBA, Chelsea et City : moins d’activité et peu d’impact

La question de son rôle, et même plus largement de son poste, se pose ainsi inévitablement : Januzaj doit-il continuer à jouer sur l’aile ou, comme avec les U21, doit-il être recentré derrière l’attaquant voire même se muer en un second attaquant à la manière d’un Robben pendant la Coupe du Monde ? Un repositionnement axial paraît compromis compte tenu de l’embouteillage à ce poste (Di Maria –pour qui le même problème aile/axe se pose d’ailleurs, toutes proportions gardées- et Mata) tandis que la place de second attaquant semble se jouer entre Rooney, Falcao et Wilson (vous savez pas qui c’est ? Nous non plus).

 Entre ceux qui voient encore en lui le futur Cristiano Ronaldo pour des stats similaires sur leur première saison avec MU et ceux qui le placardisent définitivement en oubliant les qualités assez exceptionnelles démontrées un an auparavant, Adnan Januzaj n’a pas fini de cristalliser les débats du côté du Vieux Trafford. La progression et le niveau du jeune belge dépendront indéniablement de l’utilisation que compte en faire Louis van Gaal. Seuls quelques wagons sont passés pour Adnan, le train pas encore. Si une place est à prendre actuellement, elle se situe du côté d’Ashley Young : malgré de très solides performances depuis un mois et demi, lui opposer un profil plus fin et déroutant peut être intéressant. D’autre part, à l’image de ce que fait Marcelo Bielsa avec Florian Thauvin, persister en l’alignant à droite peut le faire progresser sur tous les plans : volume de jeu, qualité technique et intelligence tactique. Si un prêt au mercato d’hiver chez un bon club de Premier League pouvait s’avérer utile (Everton notamment où il aurait pu progresser sous la houlette de Roberto Martinez et s’éclater avec ses copains belges Lukaku et Mirallas), Louis van Gaal a réfuté toute idée de départ en affirmant qu’Adnan Januzaj finirait la saison avec le club. Ce qui laisse supposer qu’il compte sur le jeune belge pour la suite de la saison. En attendant, Adnan Januzaj a l’avenir devant lui et très certainement le potentiel pour prétendre à une place de titulaire à Manchester United.

To be continued.

Mohamed.