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Le 19 mai 2014, après une saison cauchemardesque sous Tata Martino avec une saison blanche (à cause d’un vestiaire qui le lâche), le Barça nomme son nouvel entraineur : Luis Enrique. Un pari assez risqué, lui qui est plus connu pour son flop à l’AS Roma que pour ses bonnes expériences au Celta Vigo et avec les jeunots de la Masia (3ème place en D2 espagnole avec des gamins, une jolie perf’ tout de même). Mais maintenant, tout est différent, on attendra beaucoup plus de « Lucho » surtout avec le chéquier sorti pour plusieurs recrues et un effectif qui a faim de titres entre les nouveaux qui n’ont rien accompli au très haut niveau (Rakitic, Suarez, Mathieu..) et les anciens qui ne vont sans doute pas laisser encore une saison s’échapper sans rien gagner. Et ça commence plutôt bien, avec une période d’août jusqu’à fin octobre où le Barça enchaine les victoires et en encaisse 0 (!) buts en Liga jusqu’au jour du Clasico. Mais voilà au Bernabeu, tout bascule. On ne sait pas vraiment si ce sont les cadres ou l’entraineur qui est fautif mais ce jour là tout a changé, la façon dont jouait le Barça sur le début de saison, l’intensité, le nouveau systeme qui ressemblait fortement à un 4-4-2 losange (coucou Remi Garde) avec Messi en meneur de jeu… tout ça s’est volatilisé ce jour là, même Rakitic qui faisait un bon début de saison s’est retrouvé sur le banc. Pourquoi? On ne sait pas. Tout cela donne une leçon de foot devant le public madrilène, défaite 3-1, aucune contestation possible, et c’est le début des emmerdes.

La suite de cette défaite est encore plus tragique, à tel point que le Celta se ramène au Camp Nou et repart avec les 3 points. Et les purges s’enchainent, l’équipe est en auto-gestion et les victoires durant cette période… c’est l’arbre qui cache la forêt. Nous retrouvons le fameux Barça qui ne respire que grâce à quelques exploits de Messi, qui pour une fois est aussi aidé par un autre coéquipier : Neymar. Mais c’est tout. Les joueurs ont lâché l’entraineur (sûrement à cause de son turnover excessif et ses choix douteux sur ses compositions et style de jeu), comme avec Tata Martino l’an dernier. Côté supporters, la saison blanche est déjà dans les têtes, et l’optimiste du début de saison a disparu.

Anoeta : l’électrochoc.

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Le 4 janvier, ce Barça en « pilotage automatique » se déplace pour affronter la Real Sociedad de l’ex Chosen One, David Moyes. Quelques heures avant, la bande à Ancelotti connaissait sa première défaite à Valence après une série d’une vingtaine de matchs remplie de victoires. L’occasion rêvée pour recoller à un Real assis confortablement sur son trône de Liga. Et bah non. Encore une défaite, ce qui n’est en soi, pas surprenant lorsqu’on sait qu’Anoeta est un stade où même la Pep Team galérait, ce n’est donc pas ce Barça autonome qui irait gagner là bas. Même si c’est bizarre de dire ça lorsqu’on parle de l’un des clubs les plus exigeants au monde, cette défaite a fait du bien. Elle a réveillé l’ego des fortes tête du vestiaire, à commencer par Messi qui n’a pas hésité à faire pression sur le club (les supporters de Chelsea s’en souviennent encore, pour eux l’argentin était déjà londonien après quelques like instagram) et à entrer en conflit avec Enrique. Et tout ce bordel aura fait beaucoup de bien, car le coach n’a pas baissé la tête, il ne s’est pas retiré du club comme l’argentin qu’il succède (Tata Martino avait posé sa démission en décembre 2013, refusé par Sandro Rosell à l’époque.) et ne s’est pas « pissé dessus » devant les cadres de ce vestiaire catalan. On n’aura pas les détails de tout ce remue-ménage mais la suite nous laisse penser que les Messi, Iniesta, Piqué, Xavi ont finalement accepté les idées et les méthodes d’Enrique après une explication entre homme. En gros : « les gars, faites moi confiance et on refera peur à tout le monde ». Et cela commence par la réception de l’Atlético Madrid.

Après avoir passé une saison entière à être les petites escorts des 11 guerriers de Cholo sur l’excercice 2013-2014, l’heure de la revanche à sonné. La précédente journée de Liga, c’était le voyage à Anoeta, inutile de vous dire que personne à Barcelone n’était confiant pour ce match. L’idée était d’éviter une raclée à domicile. Ouais mais non. Le foot est irationnel, et le Barça encore plus. Dans un 4-3-3 avec Messi sur l’aile droite, Suarez comme seule pointe et Rakitic qui reprend sa place dans le onze, Barcelone gagne assez facilement 3-1 devant son public. ENFIN. Enfin le Barça détruit ces lignes de 4 colchoneros après en avoir fait des cauchemars la saison dernière. Sur ce match, il y a eu une cohésion, un pressing, une discipline qui étaient trop longtemps absentes au Barça. Avec le ballon, ça allait trop vite, à tel point que les hommes de Simeone ne se sont fait remarquer que par des sales gestes et des provocations. Et cette rencontre est plus qu’une victoire, car elle permet à Luis Enrique d’avoir enfin son groupe qui tire dans le même sens que lui, ce qui fait que le club redevient une terreur en Europe, sort l’Atlético en Copa Del Rey en gagnant l’aller et le retour, gagne des matchs qu’il n’avait plus l’habitude de gagner comme le déplacement à San Mames, récupère sa place de leader en Liga, sort City très (trop) facilement en huitièmes de Ligue des Champions, et va accueillir le Real en Liga en tant que favori pour essayer d’avoir 4 points d’avance pour la course au titre. Tout s’est inversé, comme quoi lorsque les footeux répètent à chaque interview « Dans le foot ça va vite » ils n’ont pas si tort que ça. Ça peut encore changer d’ici la fin de saison. Mais le plus intéressant est de savoir pourquoi le Barça a retrouvé un second souffle.

Comment Luis Enrique a pû remettre Barcelone dans de bons rails?

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Quand Lucho a signé, la première chose qu’il disait en conférence de presse était de vouloir rendre son Barça imprévisible. Fini la posession stérile, les mêmes phases de jeu, le but est de compliquer la préparation des matchs des adversaires et de changer de style selon le match, l’adversaire, le terrain. L’exemple parfait est la double confrontation en Copa Del Rey contre l’Atletico Madrid. Contrairement au match aller, le Barça a joué en contre. On n’avait plus vu ça depuis quand? Longtemps hein. Et ça a marché, victoire 3-2 au Calderon avec deux buts sur contres attaques et un CPA. En gros, le Barça a battu l’Atléti avec les armes de Simeone, assez cocasse comme situation. Mais que ça fait du bien, et les joueurs l’ont bien compris, même les plus radicaux de notre effectif niveau possession comme Xavi participent à ce Barça qui saute volontairement son milieu après une récupération pour éviter que les équipes en face défendent trop bas. Cette équipe est désormais pragmatique, même si l’idée est de toujours faire le beau jeu et garder le ballon sur l’ensemble du match, mais les attaques sont enfin variées et rapide.

Quand je parle des blocs bas assez compact (ou bus, comme vous voulez) qu’Enrique veut neutraliser assez rapidement, le repositionnement de Messi va aussi dans ce sens. Avec Leo et Neymar sur les ailes, et un avaleur d’espaces comme Suarez en pointe, aucune possibilité pour les équipes voulant jouer défensif de rendre le Barça stérile offensivement si cette MSN est en forme. Cela étire le bloc et oblige les latéraux à défendre sur les deux meilleurs dribbleurs du monde. Sur-peupler la zone où joue Messi ? Pourquoi faire, ça va donner des espaces à Suarez et Neymar qui n’attendent que ça. Faire de l’indiv sur les 3? Avec leurs qualités en 1vs1 essaye si tu veux.. Bloquer Neymar et Suarez ? Ouais si tu veux laisser Messi plus libre que d’habitude c’est ton problème. Bref, vous l’aurez compris, c’est un trop gros casse-tête pour l’équipe d’en face, ce qui n’était pas le cas lorsque Messi était en position de faux 9 ou meneur de jeu, plus « facile » de défendre en surnombre dans l’axe. Et ce repositionnement permet à Messi de retrouver son meilleur niveau et de retrouver ce Léo qui aime jouer au foot.

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Il y a aussi un homme qui est souvent dans l’ombre mais qui est l’homme le plus important de ce Barça selon moi : Ivan Rakitic. Grâce à ses qualités et la façon dont Luis Enrique l’utilise, il est l’atout numéro un de l’équipe (hors Messi). Jeu long, jeu court, lancement des contres attaques, abattage défensif, création du surnombre devant suite à des fausses piste de Neymar ou Suarez ou bien dans le triangle Messi-Alves-Rakitic sur le côté droit où il couvre le latéral brésilien à chaque montée, le croate aux 20 poumons est bien trop précieux et a une grande part de responsabilité dans la forme actuelle du Barça. Et tout ça dans un milieu où Iniesta ne l’aide pas trop étant donné que le petit Andres a décidé de se la couler douce cette saison, même s’il y a du mieux sur les derniers matchs.

Nous pouvons citer plein d’autres ingrédients de cette dynamique comme la solidité sur coup de pied arrêté grâce au long travail du staff en début de saison, des joueurs qui retrouvent leurs meilleurs niveau comme Piqué, Busquets ou Alba etc.. mais le plus important a été écrit. Nul ne sait combien de temps ça durera, si ça va tenir jusqu’à la fin de saison, mais ce Barça a montré qu’il pouvait régner à a nouveau sur l’Europe si tout un vestiaire avance avec son coach et accepte ses idées. Ils ne leurs restent plus qu’à confirmer lors du Clasico au Camp Nou dimanche prochain, et vivre une grande fin de saison.

Bilel

Catégories Espagne

  1. Bonjour,

    Je suis d’accord sur tout ce qui a dit sur le BARCA 2014-2015. Il y a juste une partie qui me chagrine un peu: Tu dis qu’à partir du Clasico perdu 3-1 au Bernabeu, l’équipe se met en auto-gestion en n’entendant plus ce que le coach propose. Cependant, il y a un match qui me semble prouver le contraire: le match de LDC face à Paris au Camp Nou, gagné 3-1. La composition il me semble c’est 3-5-2: trois défenseurs, double pivots, Pedro et Iniesta sur les cotés (il me semble), Messi dans l’axe en meneur, Suarez et Neymar pour l’attaque « pure » je dirais. Comment ça se fait qu’une équipe en « auto-gestion » puisse mettre en place une telle compo sans coach?
    Il avait juste cette partie qui me dérangeait un peu. Sinon, l’article était très bon, très complet et tu as très bien montré l’évolution du barca durant cette saison. Ton blog est super, continue!

    Cordialement

    Pierrick Ozenne.

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