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Benvolgut senyor Guardiola,

J’ose espérer que ces quelques mots de catalan, qui constituent par ailleurs toute l’étendue de mes connaissances de ce charmant idiome, sauront vous rappeler quelque peu l’amour que vous portez à votre Catalogne natale. Qui sait ? Peut être même que ce message de bienvenue enflammera votre nostalgie à tel point que vous déciderez de quitter les rives de l’Isar pour rejoindre les côtes ensoleillées de la Mer Méditerrannée. Et si le mal du pays est aussi prononcé chez vous que mon mal-être à l’idée de vous voir entraîner le Bayern Munich, peut être même que vous quitterez la capitale bavaroise avant l’expiration de votre contrat le 30 juin 2016.

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Les propos que je tiens doivent vous paraître surprenants étant donné le climat très largement positif régnant du côté de Munich en ce moment. En effet, depuis votre arrivée vous avez le vent en poupe et les critiques se font rares, passant presque inaperçues au milieu des louanges incessantes à votre égard. Vous semblez faire l’unanimité au sein du Bayern, un consensus qui ne fait d’ailleurs que s’accentuer avec le temps. Cette admiration, cet amour même, que vous portent ces messieurs Rummenigge et consorts, est tel qu’ils vous courtisent ouvertement en vue de prolonger votre contrat.

 Comment pourrait-on d’ailleurs leur en vouloir lorsque l’on s’intéresse de près à votre personne ? Si on laissait les résultats sportifs de côté, on se retrouverait tout de même en présence d’un technicien doté d’innombrables qualités. Des qualités qui se manifestent tout autant sur le plan professionnel que sur le plan humain, n’en déplaise aux amis Zlatan et Samuel. Club souvent haï de l’autre côté du Rhin, le Bayern profite sans conteste de votre présence et de votre prestance pour faire croître son capital sympathie.

 A cela nous pouvons ajouter un bilan comptable qui, objectivement parlant, est plus que positif. Votre première saison est couronnée de succès avec à la clé un titre en Bundesliga (remporté haut la main), une coupe d’Allemagne ainsi qu’une place dans le dernier carré de la Ligue des Champions. Et la saison actuelle semble suivre le même chemin vu que le Bayern est toujours présent dans toutes les compétitions et caracole une fois de plus en tête du championnat avec une avance confortable sur ses poursuivants.

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Pourquoi voudrais-je donc vous voir mettre la clé sous la porte et abandonner les commandes du Bayern? La réponse à cette question trouve son origine dans la demi-finale de Ligue des Champions perdue face au Real Madrid, le pire moment de votre carrière d’entraîneur selon vous. Et pourtant, vous portez presque entièrement la responsabilité de ce cuisant échec. En effet, lors de ces deux matchs, les bavarois ont réussi à montrer le pire visage que l’équipe ait connu depuis plusieurs années. Inoffensifs à souhait, incapables de faire des différences ou de trouver la faille au sein d’une excellente organisation merengue, on était en mesure de sentir le désespoir de l’équipe.

 Ce malaise bavarois, qui avait atteint son paroxysme face aux hommes de Carlo Ancelotti était apparent depuis quelques mois déjà. En effet, les prestations contre Manchester United et Arsenal lors des tours précédents faisaient déjà apparaître les symptômes qui se sont affichés aux yeux du monde entier lors de la demi-finale. Si ces problèmes n’ont pas été discutés avec la même virulence que le lendemain de l’élimination c’est avant tout parce que le Bayern est sorti vainqueur de ces confrontations, arrachant tant bien que mal la qualification.

 Ce mal-être, caractérisé entre autres par un manque de créativité, une répétition inlassable et lassante de passes horizontales couplés à une incapacité chronique à se procurer des occasions de but n’était pas sans rappeler les plus sombres heures de l’ère Van Gaal. Il s’agissait d’ailleurs d’un phénomène observable en Bundesliga dès le mois de mars à travers une longue série de matchs peu convaincants dans le contenu. Ces contre-performances ne constituaient cependant que la partie émergée de l’iceberg madrilène auquel l’équipe allait se heurter quelques semaines plus tard. La question qui se pose ici est comment vous, en tant que capitaine du navire, avez pu observer cette évolution et rester de marbre vis à vis du naufrage qui se profilait ?

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Sans vouloir déresponsabiliser les joueurs dans cette amère déconvenue, vous en restez à mes yeux le principal responsable. Le timing de cette mauvaise passe est particulièrement édifiant, l’équipe faiblissant à un moment où elle aurait du être complètement en phase avec les principes et la philosophie de jeu que vous avez commencé à lui inculquer huit mois auparavant. Et l’équipe l’était bel et bien, sans avoir toutefois atteint la perfection du FC Barcelone d’il y a quelques années. Le problème était autre et se situait dans l’unidimensionnalité ultra-prévisible de cette idée de jeu que vous avez réussi à imprégner aux joueurs. Face à des adversaires de qualité, la force du jeu de possession se transformait en faiblesse étant donné l’absence systématique d’alternative crédible au Plan A.

 Telle est donc l’origine du problème : votre étroitesse d’esprit et votre rigidité face aux challenges auxquels vous êtes confrontés. Le jeu de possession est une idée de jeu qui a, depuis ses heures de gloire, fait l’objet d’innombrables études dans le monde du football professionnel et dont les faiblesses ont été mises à jour. Le très haut bloc équipe qui caractérise cette façon de jouer est une lame à double-tranchant. Les espaces pour l’équipe attaquante s’en retrouvent terriblement réduits,  pendant que l’équipe qui défend peut au contraire profiter de larges boulevards à la récupération du ballon. Et pourtant, loin de vous remettre en question, vous avez répété votre confiance vis à vis de votre philosophie de jeu, la considérant comme l’unique voie possible pour le Bayern et la seule en laquelle vous croyez. Cette rigidité d’esprit et ce refus du compromis est l’une des deux principales raisons pour lesquelles je ne peux tolérer de vous voir aux commandes du club plus longtemps.

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L’évolution de l’équipe lors de la saison actuelle ne fait que confirmer mes doutes quant à la viabilité d’une idée de jeu reposant exclusivement sur la possession du ballon et le jeu de position. Certes le Bayern est encore en lice dans toutes compétitions et trône au sommet de la Bundesliga, confortablement installé dans son fauteuil de leader, mais certaines facettes de l’équipe inquiètent. En effet, le schéma de la saison passée semble se reproduire et l’équipe est une nouvelle fois en perte de vitesse lors de cette même période de février-mars. Car si le Bayern déroule contre les adversaires du bas de tableau (Stuttgart, Hambourg, Paderborn, Hanovre et le Werder), les résultats contre les équipes d’un niveau plus élevé sont eux pour le coup misérables (défaites 1-4 et 0-2 contre Wolfsburg et Gladbach ainsi qu’un match nul 1-1 contre Schalke).

 Les défaites contre Wolfsburg et Gladbach en particulier, mais également le nul (0-0) lors du huitième aller face au Shakhtar Donetzk présentent les mêmes symptômes d’impuissance énoncés plus haut. En analysant de plus près les résultats obtenus cette saison on ne peut s’empêcher de constater que votre Bayern est impérial contre les petites équipes mais connaît bien plus de difficultés dès que le niveau s’élève légèrement. L’aspect le plus inquiétant de ce constat est qu’il puisse être dressé en s’appuyant uniquement sur les rencontres contre des équipes d’un bon niveau certes, mais sans que le Bayern n’ait eu à affronter de véritable cador européen. La question que je me pose  est donc la suivante : si vos protégés souffrent tant face aux bonnes équipes de Bundesliga, qu’en sera-t-il lorsqu’ils devront faire face au Barca de Messi ou au Real de Ronaldo ?

Les choix individuels que vous effectuez et qui semblent plus relever de l’affectif et de votre attachement à l’idée du football de possession que de la performance sportive  constituent l’autre raison qui me pousse à penser que vous n’êtes pas l’homme de la situation pour le club. Les exemples ici sont nombreux, à commencer par l’utilisation de Philipp Lahm et David Alaba au milieu de terrain et/ou en défense centrale, des postes déjà qualitativement et quantitativement fournis, et où leur apport est moindre qu’en tant que latéraux. Un autre exemple est l’acharnement à titulariser Xabi Alonso malgré sa série de prestations médiocres qui a succédé à des débuts prometteurs avec le club bavarois. Par conséquent, Bastian Schweinsteiger se voit obligé d’évoluer en milieu offensif, privant l’équipe de la plaque tournante qui a constitué une de ses forces lors des dernières années. L’optimisation des performances d’une équipe passe par l’utilisation des meilleurs joueurs à leurs meilleurs postes. Un précepte que vous semblez avoir oublié dans votre obstination à pousser votre idée du jeu de possession à son paroxysme.

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Le Bayern que vous avez récupéré en été 2013 se trouvait sur le toit de l’Europe. Triplé en poche, dont une Ligue des Champions remportée haut la main, l’équipe semblait inarrêtable et le monde du football tremblait à l’idée de vous voir prendre la tête de cette équipe en l’ajustant avec des apports ponctuels (Mario Götze et Thiago Alcantara). Un an et demi et quelques titres plus tard le constat que l’on doit faire est relativement décevant : le Bayern de Guardiola impressionne moins que celui de Heynckes ! Là ou l’équipe de « Don Jupp » était une machine parfaitement huilée capable, tel un caméléon, d’adapter sa façon de jouer à n’importe quel adversaire pour maximiser les chances de victoire, la votre ne semble avoir qu’une corde à son arc et ne fait qu’inlassablement répéter la même partition désormais connue de tous. Car si vous montrez une ingéniosité admirable en diversifiant constamment les formations, le fond de jeu lui reste monotone et prévisible. Aussi belle soit-elle, une partition que vous avez trop entendu finira inévitablement par vous lasser un jour. Similairement, votre passage au Bayern est en train de me lasser et d’accentuer en moi le désir de vous voir quitter la ville de Munich le plus tôt possible. En direction de la belle Catalogne peut être?