0

Depuis le début de saison, Monaco subit une pluie de critique. Dugarry, en chef de fils, suivi de son adjudant Ménes sont les principaux représentants de ce « Monaco Bashing ». Fin de projet, jeu soporifique, qualification face à Arsenal non méritée… Tout est bon pour taper sur le Rocher. Pourtant, les rouges et blanc sont toujours là, et font démentir chaque semaines les langues de vipères médiatiques. Et le club « portugais » le plus riche au monde n’est pas prêt de s’arrêter.

Porto 2

dsc_8400.ashx

Les médias sont unanimes : les départs conjugués de James Rodriguez et Falcao, le remplacement de Ranieri par un illustre inconnu sont synonymes de fin de projet. La vente du club par l’oligarque Rybolovlev est proche. La presse sportive se transforme en média people et évoque différents motifs : divorces, non attribution de la nationalité monégasque, désintéressement de ce dernier envers le club. Face à toutes ces stipulations, nombreux sont ceux à avoir oublié un paramètre essentiel à ce revirement de situation : le fair play financier. Grossièrement, le FPF revient à avoir des dépenses corrélatives aux revenus. Hors avec une des plus faibles affluences de France, et des sponsors « normaux », Monaco ne peut correspondre aux règles du fair play financier. Pendant que Paris recrutait David Luiz et se voyait sanctionner d’une pénalité en Ligue des Champions (Paris n’a eu le droit d’inscrire que 21 joueurs au lieu de 25, tout en conservant l’obligation de mettre 8 joueurs formés en France dans la liste), les dirigeants monégasques décidèrent de changer de cap pour éviter une nouvelle sanction financière, après avoir dû payer 50 millions d’euros pour jouer dans la Sainte Ligue 1. Aujourd’hui, Monaco ne peut plus dépenser sans compter et offrir des salaires mirobolants. Le boaord monégasque a donc choisis une tout autre politique : recruter jeune et juste, vendre cher. Le projet Porto est lancé.

Le Professor

Les premières briques de ce projet ont été posées durant l’été 2013 durant l’agitation de la saga Falcao. Luis Campos, proche de Mourinho et Jorge Mendes, a été recruté par Vasilyev en toute discrétion. Dans un premier temps conseiller, il deviendra par la suite directeur technique du club. Le nouvel homme de l’ombre monégasque ne parle pas, il agit. Ainsi, il met en place une cellule de recrutement performante et cohérente. Il recrutera notamment Admar Lopes, ancien chef scout du FC Porto, ou imposera encore Scouting System, un logiciel de recrutement que seul quelques clubs auraient dans le monde. Le club veut devenir « une référence en matière de scouting ». Les premiers résultats s’appelle alors Bernado Silva, Bakayako, Wallace ou encore Matheus Carvalho. Discret mais influent, il est celui qui a évincé Ranieri et choisi Jardim, son meilleur transfert jusqu’à présent.

Nain de Jardim

FOOTBALL : Metz vs Monaco - Ligue 1 - 20/12/2014

L’histoire de Jardim est celle du coach portugais type, celle d’un piètre footballeur, qui choisit d’entrainer rapidement. Diplômé en éducation physique à la faculté de Madère, élève de Vitor Frate et Manuel Sergio (deux types qui ont révolutionné le football, mais on ne le sait pas en France), il obtient à 24 ans le plus haut diplôme d’entraineur reconnu par l’UEFA, puis commence sa carrière trois années plus tard. Passé par Braga, l’Olympiakos et le Sporting Portugal, il arrive à Monaco avec des idées. Un jeu collectif probant et une méthode d’entrainement, uniquement utilisé par Alain Casanova en France : la périodisation tactique. Vulgairement, il s’agit de considérer le football dans sa globalité, de ne plus séparer les différents aspects du jeu (technique, physique, psychologique et tactique) et de travailler le tout ensemble dans l’objectif de développer un modèle de jeu préalablement définit. Adieu préparation physique, bonjour critiques ! Il prend note, et attend le 13 octobre et une interview dans l’équipe pour remettre quelques points sur les i : « Dans ma carrière, j’ai beaucoup lu Edgar Morin ; il dit qu’il n’est pas possible de regarder les choses de façon analytique, mais qu’il faut avoir une vision globale. Avant, on expliquait nos défaites par un problème physique, et puis la victoire à Montpellier à la 93e minute, c’était grâce à la condition physique. Dans le foot, c’est comme ça, mais il faut arrêter de penser qu’on perd à cause de ça ou à cause de ci. C’est plus complexe, plus global. Edgar Morin est une grande référence, il m’a aidé dans ma vision de la vie, du monde et de mon travail. Il est français et je me dis que les Français n’ont pas beaucoup de considération pour ses idées ». Dans un monde où chaque défaite est expliquée par des excuses tel que la malchance, le terrain, l’arbitre ou encore le calendrier, Jardim arrive comme un ovni. A l’instar de Bielsa, il est sous le feu des critiques à la moindre occasion. Par exemple lorsqu’il remet en cause l’éducation des jeunes joueurs français, qu’il trouve « peu professionnels », il se prend un tollé médiatique. Mais le portugais n’oublie pas. Et dès que l’occasion se présente, répond à ces détracteurs. Comme par exemple à l’issu de la qualification en huitième de finale de Ligue des Champions : « Je rappelle que Monaco, au moins d’août, était considéré comme la pire équipe du groupe. Une revanche ? Non, je suis heureux car nous avons réussi notre objectif. Le groupe a donné une franche réponse aux critiques, et spécialement des Français* qui ont été les premiers à dire en début de saison qu’il n’avait pas le niveau pour se qualifier ». (* la bande à Duga ) Jugé comme étant un entraineur médiocre à ces débuts en L1, puis comme un garant du jeu ennuyeux, il a essuyé nombreuses critiques par les médias. Mais ces derniers oublient un paramètre : jamais Monaco n’a eu un 11 titulaire fixe. L’instabilité de l’effectif du aux blessures auraient dû plomber la saison monégasque. Mais Jardim est un homme qui apporte des solutions. Il sait s’adapter à la conjoncture actuelle, sans se plaindre pour autant. Dans un monde rationnel, Monaco n’aurait jamais dû s’imposer 3-1 à l’Emirats Stadium avec 5 absents majeurs, Fabinho titulaire au milieu de terrain et le jeune Almamy Touré au marquage sur Alexis Sanchez. Pourtant la victoire fut réelle. Et le succès tactique de Jardim total. Ce match a permis de mettre en lumière la principale réussite du lusitanien cette saison : le collectif. Monaco n’est dépendant d’aucun de ces joueurs, et chacun est interchangeable. L’équipe est au-dessus de l’individu. En ayant changé plus de 18 fois de défenses cette saison, les rouges et blancs présentent pour autant la meilleure défense en championnat et en ligue des champions. Un exploit quand on connait le début de saison calamiteux de l’ASM : une victoire en 5 matchs, 9 buts encaissés. A la 28 ème journée, le club en encaissé seulement 20. Jardim et son staff à du réajuster l’équipe tactiquement. Fini les défenses hautes et les espaces dans le dos, fini les possessions stériles, Monaco va retrouver des valeurs « Ranieresque » : une défense basse, de la hargne et des contres rapides. Le premier essai fut concluant. Leverkusen est venu se casser les dents sur le Rocher. 13 tirs, mais seulement 2 cadrés. Ce match fut les prémisses d’un nouveau Monaco en quête de reconquête. Depuis l’équipe ne cesse de progresser, malgré les blessures à répétition. Au point d’arrivée à l’Emirats avec des certitudes que personne n’estimait. Placée sous la houlette d’intellos issues de l’école portugaise, à base de périodisation tactique, de sciences humaines et de scouting intenses, Monaco peut espérer voir de beaux jours arrivés. Et pourquoi pas un jour, entendre un compliment sortir de la bouche de Dugarry.

Hugo