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Difficile de mettre des mots sur la soirée de ce mercredi soir, tant pendant 90 minutes j’ai été coupé de toute réalité, dans une ambiance marquant à l’encre indélébile son différent avec toutes les valeurs républicaines que défendent ardemment les jumeaux de la goutte d’or, krissmoha et rayandeuxfois.

Comme toujours, avant le match les supporters barcelonais se sont dirigés ensemble, telle une vague humaine, vers le Camp Nou. Les plus groupies d’entre eux attendaient fermement l’arrivée des joueurs du Barça devant le stade, dans l’espoir de pouvoir effleurer les vitres des Porsche Cayenne de Neymar et autres Messi. La ferveur est présente, le stress moins. Les doses bi-hebdomadaires de MSN dans le sang ont l’air d’être plus efficaces que le prozac, pour ces espagnols en quête de liberté, toujours à l’affût de la moindre brèche qui pourrait leur permettre de s’échapper le temps d’un match de leur quotidien chaotique mêlant chômage, calvitie et peau grasse.

Sans tomber dans une analyse géopolitique, une certitude demeure, aujourd’hui encore plus qu’hier, le FC Barcelone est sûrement la seule raison pour laquelle le peuple espagnol n’est pas condamné par la communauté internationale pour leurs nombreuses atteintes aux Droits de l’Homme : les coupes mulets, les piercings au nez, les maillots floqués « Jordi », la horde de hippies aux chaussures vertes. Le trajet jusqu’au Camp Nou est toujours plus prudent avec un sac à vomi à proximité. Ce pays est un véritable dépotoir aux mœurs légères.

Je vois certains lecteurs connaissant un peu la Catalogne murmurer que la Catalogne et l’Espagne n’ont rien à voir. C’est pas faux. Mais au final… Ce sont tous les mêmes.

Everywhere...
Everywhere…

*Reprend son souffle* Ne nous éternisons pas sur ces affreux personnages.

Nous prenons place dans l’antre, assis entre un couple d’allemands tout droit sorti d’un épisode de la série télé « Le Renard » et un couple de vieux -au sens propre- catalans. Autant dire entre deux feux. Devant moi, un jeune mécheux catalan, piercing au nez, on l’appellera Jordi pour le récit de cette soirée…

As usual me souffle t-on, le Camp Nou est quasiment vide jusqu’à 20h35. Ces enfants à la cuillère en or dans la bouche ne sont même plus intéressés par les échauffements de Ter Stegen qui enchaine les transversales pied droit – pied gauche de 50 mètres avec une précision létale ou encore les enchainements Alves-Messi. Puis mouvement de foule à 20H45, pour le tifo géant, ainsi que tout le protocole Ligue des Champions.

Le Camp Nou plein comme un œuf, l’hymne de la Ligue des Champions… C’est une certaine conception de la vie.

Si j’ai parlé précisément de ma localisation, c’est que ça a une certaine importance sur le déroulement de la soirée. Parce que lorsque l’allemand à ma gauche, appellons-le Tobias, commence à crier « Bayern » à chaque « * clap clap clap * BARCA ! », un grand sentiment de gêne m’envahit et me pousse à réfléchir en profondeur sur la vie . Pourquoi exister, dans quel but, quelle finalité ?

Une raison supplémentaire de se féliciter de nos deux guerres gagnées contre le Reich. Et me dites pas que c’est parce qu’on est allé pleurer dans les jupes américaines !

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Tobias et Jordi, compagnons de match

Mais parlons un peu du match. Tout d’abord une incompréhension totale : le 3-4-3 de Guardiola qui aurait pu sceller le match après même pas un petit quart d’heure de jeu sans deux arrêts monstrueux de Neuer. Sur chaque offensive barcelonaise la défense munichoise était au bord du naufrage ; les appels tranchants de Suarez et Neymar, couverts par une défense jamais alignée étaient à deux doigts de refroidir l’équipe de Pep d’entrée de jeu. Heureusement, la modification a vite été effectué et le Bayern a ainsi pu souffler et filtrer la majorité des offensives barcelonaises. Toutefois, bien que solide, et malgré l’incroyable performance de Lewandowski sur le front de l’attaque (tout comme Toto Müller), le Bayern n’a pas été en mesure d’inquiéter le Barça plus d’une fois en  90 minutes.

Bien évidemment lorsque tu es orphelin d’un Arjen Robben et d’un Franck Ribery la tache devient bien plus difficile. Mais il semble que le problème soit plus profond que ces deux absences. Comme décrié par le frère Diezista Elias, lors de son article sur Guardiola que je vous invite à lire ou à relire, face aux grosses équipes, le Bayern qui sous Heynckes avait la réponse adaptée à chaque équipe affrontée manque aujourd’hui cruellement de variété, de percussion, et de créativité nécéssaire pour hausser et élever son niveau de jeu lorsque l’opposition le requiert.

La faute à qui, la faute à quoi ? Des ailes manquant cruellement de percussion (qu’il est loin le temps des couloirs Lahm-Robben et Alaba-Ribery…) un milieu de terrain incapable de transpercer les lignes… Alors certes jusqu’à la 75′ le pari était surement réussi pour le Bayern, mais auraient-ils pu réellement se satisfaire d’un 0-0 lorsque l’on s’appelle le Bayern et que tu es à fortiori incapable de créer le moindre danger ? Qu’est ce que cela aurait-il bien pu changer dans l’optique du match retour ?

À gauche, le Camp Nou à 20h39. À droite, le Camp Nou à 20h41.
À gauche, le Camp Nou à 20h39. À droite, le Camp Nou à 20h41.

En vérité, il y’a beaucoup de choses sur lesquelles j’ai du mal à statuer. Il y’avait un courant d’air, du pollen, ou des gazs lacrymos hier au Camp Nou ? Ou bien était-ce juste les prises de balles et les enchainements de Messi qui me faisaient monter les larmes ? Pourtant, ceux qui lisent nos articles depuis le début et qui me connaissent un peu, savent que je ne porte pas spécialement Messi dans mon cœur. D’ailleurs j’avais moi même écrit un article pas vraiment élogieux à son égard il y’a quelques mois.

Mais lorsque que tu traverses ton écran d’ordinateur ou de télévision et que tu viens au devant de la réalité, elle te frappe durement. Ce joueur, cet homme, enfin ces deux qualificatifs ne tiennent même pas, ne tiennent même plus. Messi est quelque chose d’autre, quelque chose que je suis incapable de vraiment définir. Cela, même bien avant qu’il n’inscrive ses deux buts. Toutes ses prises de balles, tous ses choix sont les bons, chaque toucher de balle rend plus propre la pelouse du Camp Nou qu’elle ne l’est déjà. Et cette vitesse d’exécution … Que dire ? A partir du moment où sur l’un de tes premiers ballons tu exécutes un enchainement petit pont – double contact entre trois joueurs adverses, que peut-il t’arriver ? Qui peut oser à un seul moment juger ta grandeur à part peut-être quelques apprentis journalistes/consultants sportifs aux portes d’une obésité morbide ? Mais encore s’il n’y avait que Messi ? Mais que dire des Mascherano, Iniesta, Alves, ou encore ter Stegen ? Tous ces joueurs n’ont rien à voir avec le commun des mortels, ces joueurs là ont des yeux dans le dos, des cerveaux dans les crampons et des paires de testicules déchues de toute notion de stress.

Ces joueurs (je parle bien de cracks et pas des Yohan Cabaye ou Diego Contento) méritent l’argent, la gloire, et toute la réussite du monde tout simplement parce qu’aujourd’hui qui est capable dans le monde, de transmettre autant de bonheur à des millions de personnes pendant 2 heures ? Certainement pas les hommes politiques ou les chefs d’entreprise. Le football est et restera l’opium du peuple tant que des joueurs de cette classe, de cette dimension continueront à frôler des pelouses.

A vrai dire, pendant le match je me suis surtout concentré -assez logiquement- sur la performance des joueurs du Barça. Mais après avoir discuté avec des personnes ayant vu le match depuis la télé, tous sans exception m’ont parlé du pressing du Bayern. Bien figurez-vous que du stade cela ne m’avait pas frappé pour la simple et bonne raison que -oui je suis myope- que je n’ai jamais senti la moindre once de précipitation, de panique dans les faits et gestes des joueurs de Barcelone. Jamais pris à la gorge, toujours avec une solution pour le porteur du ballon, et lorsque celle-ci n’existait pas ou était trop peu marquée, eh bien quand tu t’appelles Messi, Neymar, Iniesta ou Suarez, la solution tu te la crées toi même parce que tu es capable d’effacer un, deux ou trois joueurs. Fascinant. Et pourtant, Jordi et tous les supporters barcelonais ne semblent pas l’entendre et le voir. Nourris au délicieux lait barcelonais depuis leur plus tendre enfance, ils n’ont même pas la moindre approche de ce sport, pestant tout le match sur la prestation de Neymar et Suarez, criant à tue tête « Tires ! Tires ! » dès que les barcelonais se rapprochaient des cages de Neuer, comme si la moindre décision de tir prise sans réfléxion pouvait un jour tromper un gardien de cette envergure.

Ne nous y trompons pas, hier, même si j’ai été ébloui par les joueurs barcelonais, et déçu par la prestation collective du Bayern, on était à deux doigts de repartir du Camp Nou sur un score nul et vierge. Mais voilà, comme un éternel recommencement (du lyriciste de Bantou), il y’avait un joueur sur la pelouse qui avait les clés du destin, le droit de laisser vivre ou de prendre la vie d’une équipe. Une  fenêtre de tir de 50 centimètres c’est déjà beaucoup trop lorsqu’il s’agit de Leo Messi. Une frappe du gauche sèche, limpide, imparable. Pourtant Neuer l’a vu partir, il avait même surement anticipé. Mais ça ne suffit pas, de toute façon ça ne suffit jamais. Et Boateng l’a lui aussi appris à ses dépens. Oui Jérome, 99 fois sur 100 Messi s’ouvre une fenêtre de tir sur son pied gauche, oui 99 fois sur 100 il enchaine pied gauche. Alors toi Jerome, comme tu réalises un partidazo jusque là, tu tentes le coup, tu te dis que tu peux intervenir, tu anticipes. Malheureusement Messi le sait, Messi l’a vu, et le reste appartient désormais à l’histoire. Une ambiance indescriptible après ce deuxième but, le couple de vieux se prend dans les bras s’embrasse, les pères de familles saisissent leurs enfants…Cette histoire elle est cruelle Jérome, parce que aujourd’hui qui retient ton énorme prestation face au trio d’attaque le plus terrifiant de l’histoire du foot ?

Le plus merveilleux dans ce trio, outre le fait que leur complémentarité défie toutes lois pré-établies du foot et de la nature, dépasse le cadre même du football en lui même. Suarez aurait pu choisir d’être la star d’un club, d’une ville, c’est le meilleur 9 de la planète (du moins il en est un des tous meilleurs), Neymar aurait pu aussi choisir un club ou il aurait été le numéro 1, étant le phénomène numéro 1 sur cette planète, il est destiné à prendre la succession de Messi dans ce foot jeu, bien lui aussi a fait le choix du Barça. Suarez et Neymar ont certainement moins de fans, moins d’exposition que s’ils avaient choisi un club ou tout aurait été fait pour eux… Plus encore, pour leur jeter encore les dernières roses qu’il me reste, le troisième but ; quel pourcentage de joueurs à la place de Luis Suarez aurait joué la faute sur la charge irrégulière (comme d’habitude) de Xabi Alonso ? 99,9 % ? Suarez est ce 0,01 % ! Cette goutte d’eau dans le désert, qui vit pour le foot, pour le but. Donc Suarez a tenu sur ses appuis, et a servi Messi, lui permettant de délivrer le caviar nécessaire à Junior, qui dans un déconcertant élan de décompression est aller battre Neuer en face à face comme si c’était la finale de la coupe d’Ile-Et-Vilaine.

Je me suis souvent dit que je vivais à une époque ou le meilleur du football était passé, que les Zidane, Bergkamp, Del Piero, Ronaldinho, Rivaldo me manquaient, mais hier finalement tout a changé. Je suis en âge de vivre de plein fouet l’existence du plus fabuleux trio de l’histoire du foot, par leur talent, leur complémentarité, et leur mentalité de gagnant. Ah oui… C’était une belle soirée. Surtout quand Tobias a définitivement bouclé son clapet après le premier but de Messi.

Au final quand t’es barcelonais, t’es moche, t’es gras, t’es chauve, t’es pauvre, mais putain, t’es heureux.

Edu

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  1. starfoullah edu putain sale batard quand j’ai lu ton article bordel putain #zizidur, t’as vu de tes propres yeux Léo skills des mamans comme ça et ololo je sais meme plus quoi dire..

  2. Hum que dire à la suite d’un article tel que celui la. Je ne m’étendrai pas sur la vision de l’Espagne propre à l’auteur et que je ne peux décemment pas contredire. Chaque pays a sa « culture » foot, et clairement les espagnols vont au stade pour voir du spectacle, vibrer, et comme cela est si bien dit dans l’article, oublier leur vie pour la plupart morose. Nous ne sommes pas beaucoup mieux lotis en France (l’exemple de l’évolution des tribunes parisiennes est édifiant), et clairement, le niveau de connaissance footballistique est bien moins important dans ces 2 pays que chez nos voisins anglais, italiens et, à un niveau totalement différent, sud américains.
    Sur le match en lui même, je pense qu’il est d abord important de préciser qu’un rendu en « réel » ne peut être comparé à un visionnage tranquillement dans son canapé avec les dizaines de caméra permettant aujourd’hui la retransmission des matchs et qui peuvent, en parti, expliquer une différence dans le ressenti et l’analyse.
    Quand l’auteur dit avoir été déçu par la prestation collective du Bayern, et cela indépendamment du score final, je n’ai pas la même vision des choses. A la 75 ème, aucune des 2 équipes n’a l’avantage, n’a posé son empreinte sur le match de mon point de vu. Certes Neuer réalise 2 miracles (peut on encore appeler cela comme ca quand on connait le bonhomme) mais cela est du à l’erreur tactique de Guardiola sur le premier quart d’heure. Pour moi le Bayern est serein, certes pas réellement dangereux (Lewandowski loupe quand même une occasion énorme) mais gère son match, n’est pas plus que ça mis en difficulté par la triplette MSN (ce qui au vu des dernières sorties barcelonaises, est une sacrée performance) et fait donc jeu égal avec un grand Barca dans son antre. Tout cela sans Ribéry et Robben, les 2 détonateurs, et avec un Lewandowski que l’on ne pourrait pas croire un minimum gêné par son masque. Mais voila, un fait de jeu (le penalty-simulation de Neymar), la petite inattention qui s’en suit et voila ce qu’attendait Messi, une demi seconde de tranquillité, pour, enfin, battre Neuer. Le suite est pour moi ‘anecdotique’ pour la compréhension des forces en présence. Ce match représente pour moi la fine ligne qui va séparer le très bon de l’exceptionnel, ce qui différencie Ronaldo de Messi, et ce qu’il a manqué, peut être, au Bayern, pour battre le barça chez lui. La tactique utilisée par Guardiola a pour moi empêché le Barça de développer son jeu avec facilité, à se créer des occasions sur une passe ou une inspiration et son équipe aurait très bien pu se retrouver favorite avant le match retour. Mais voila, le résultat est la et quand on perd 3-0, il est difficile de défendre son plan d’action.
    Tout comme il est pour moi compliqué de prétendre que le Bayern de Guardiola est moins bon ou moins adapté aux grands matchs que ne l’était le Bayern de Heynckes, que ce dernier aurait trouvé plus de solutions par un jeu plus vertical. Les équipes s’adaptent, il est très rare d’assister à une domination sur le football européen ou mondial sur plusieurs années. Des entraineurs auraient trouvé des solutions au système mis en place par Jupp et on aurait peut être (surement) fini par dire (comme pour la roja lors de la dernière coupe du monde ou le barca justement contre le bayern de Heycknes) qu il est temps de changer, qu’une page se tourne, que le système a vécu etc etc…
    Mais voila je ne pense qu’on ne peut être que d’accord sur l’apport du foot dans les sociétés, le bonheur et le débat qu’il apporte ne cesseront jamais et les pleureuses qui ne comprennent pas cela continueront de râler sur les salaires des joueurs qui font vivre des milliers de personnes, et qui en font rêver des centaines de millions. Je ne saurai trouver meilleure conclusion que celle trouvée par l’auteur de l’article, je vous invite donc à la relire.

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