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Samedi soir, l’Argentine de Leo Messi, grande favorite de de la Copa America, a concédé un match nul face au Paraguay (2-2) pour son entrée dans la compétition. Pas la meilleure des manières d’entamer sa quête du graal, et même s’il y a eu du positif, la frustration prédomine.

En quête d’équilibre

Le score de parité est désappointant compte tenu du déroulement du match, eu égard, surtout, à la première période maitrisée des vice-champions du monde : possession du ballon outrancière, changements de rythme aux moments idoines et prolifération d’occasions de buts générées en face d’un opposant acculé devant sa surface. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

« La première mi-temps, on aurait dit Barcelone » estime Alejandro Valente, chef des sports à RFI, arguant sur la fluidité du football produit par le groupe de Tata Martino : « ça jouait très bien, surtout c’était la composition idéale par rapport à ce que Ramón Díaz avait mis en place, décidant d’avoir deux lignes très resserrés derrière et de jouer le contre, donc à ce moment là, il n’ y a pas eu de problème. »

En seconde période en revanche, les argentins ont vu leur avantage altéré par les paraguayens – revenus des vestiaires avec une ambition sui generis. D’une part à cause du coaching gagnant de Ramón Díaz symbolisé par l’entrée de Derlis González, conférant un supplément de vélocité à son équipe mais également en raison de l’intégration réussie de Lucas Barrios, auteur du but de égalisateur à la 89 eme minute.

D’autre part, les changements opérés par Gerardo Martino ont eu une incidence non négligeable sur le résultat final. A la 75 ème minute, l’ancien coach du Barça a ainsi fait rentrer Carlos Tevez et Gonzalo Higuain en substitution de Javier Pastore et Sergio Agüero.

Deux changements qui dénotent d’un désir manifeste d’obtenir la victoire, de bénéficier d’une force de frappe encore plus impressionnante que lors du coup d’envoi de la rencontre. Cependant, ces changements ont également induit un équilibre précaire pour l’Argentine, Tevez jouant en lieu et place de Pastore, en tant que relayeur. Ce qui n’a pas manqué de susciter quelques critiques virulentes à l’encontre de Tata Martino, affublé d’une note de 4 dans le quotidien de référence Olé : « Un plan moyen. Son idée s’est vue en première période mais il a empiré avec les deux changements. Tevez relayeur ? Biglia aurait dû rentrer plus tôt pour apporter de l’équilibre. »

Substitution Complex

Le sens du coaching « Bielsiste » de Martino aurait pu (dû ?) permettre à l’Argentine d’amplifier son avance, de se défaire d’un adversaire coriace. Les faits se sont montré plus cruel envers l’Albiceleste qui a semblé analogue à une Argentine maradoniene : coupée en 2, avec un pivot esseulé devant sa défense (Mascherano) et une multitude d’éléments offensifs aux accointances vaines, un syncrétisme défectueux, aux antipodes des diverses interactions qu’on peut observer au sein de l’univers de Sense8, en somme.

Alors comment expliquer la disparité conséquente entre les deux périodes du match : l’une pleine d’assurance et la seconde semblable à un No man’s land dans l’entrejeu ?

Il y a deux alternatives selon Alejandro Valente : « Soit il n’a pas fait la bonne lecture du match, ce qui paraît étrange notamment lorsqu’on a vu des paraguayens plus agressifs et plus présents lors des sorties de balles argentines, on a vu une équipe qui avait du mal à tenir ses lignes, on s’attendait à ce que Martino renforce l’entrejeu, ça ne paraissait pas très logique de faire entrer Higuain et Tevez. D’ailleurs, après le match, Martino a dit qu’il avait demandé de faire un travail défensif sur les sorties de balle paraguayennes. C’est étrange car ce n’est pas l’habitude de Tevez », souligne-t-il avant de renchérir : « Tevez n’a jamais eu l’intention de le faire, il n’avait aucune envie de faire ça. Ces changements ont contribué à faire perdre le fil du match à l’Argentine même s’ils ont eu des occasions de faire la différence. »

Cette « perte de contrôle », Tata Martino l’a déploré lors de la conférence de presse d’après-match : « Nous avons contrôlé le jeu pendant 50 minutes et nous aurions pu encore marquer davantage. Mais ensuite, le doute s’est installé. Nous nous sommes repliés dans notre propre camp et nous ne sommes pas parvenus à maintenir la pression que nous exercions en première période », a jugé le sélectionneur au terme de la rencontre, mettant également en exergue le manque de réalisme de son secteur offensif : « Ce match aurait pu se terminer à 5-2 en notre faveur, on n’a pas concrétisé notre domination territoriale, mais il n’y a rien à changer pour l’avenir. »

Lorsqu’il fut entraîneur du FC Barcelone lors de la saison 2013-2014, une saison blanche pour le club catalan, Martino avait également montré quelques lacunes dans la lecture des matchs, couplée à des remplacements intervenant souvent trop tardivement. S’il souhaite mettre à fin la longue période de disette Argentine dans la compétition et offrir au peuple argentin cette Copa America tant attendue depuis 1993, il devra gérer son effectif et les égos de ses joueurs offensifs de manière optimal. « Cette deuxième mi temps laisse planer des doutes sur la capacité de l’Argentine à faire face à un adversaire qui serait très agressif et très présent dans l’entrejeu », admet Alejandro Valente.

Du changement face à l’Uruguay ?

Au vu du déséquilibre global de son onze, Tata Martino pourrait être amené à procéder à quelques changements mardi soir face à l’Uruguay dans un match très important pour l’Albiceleste. « Martino n’a jamais caché qu’il envisageait éventuellement un retour de Zabaleta à la place de Roncaglia et Biglia à la place de Banega. Pour lui, ce sont les titulaires, notamment Biglia qu’il considère très bien armé pour accompagner Mascherano au milieu », déclame Alejandro Valente.

Face à la Celeste, il faut s’attendre à une rencontre très disputée, au moins au niveau de l’intensité, comme souvent entre les deux antagonistes. « ça va être un match dur, l’Uruguay a sûrement bien observer l’Argentine, elle ne pas va pas se comporter en victime expiratoire et regarder l’Argentine jouer comme a semblé le faire le Paraguay au début du match », a-t-il supposé, arguant sur le point faible des partenaires de Javier Mascherano : le milieu de terrain. « L’Uruguay va, à mon avis, appuyer sur cette faiblesse constaté dans l’entrejeu argentin. Elle ne m’a pas impressionné face à la Jamaïque mais elle ne fait pas de complexe face à l’Argentine et elle bénéficie de la tranquillité d’avoir gagner son premier match donc d’avoir quasiment la qualification en assurée. »