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Le 4 mai 2015, L’Équipe publiait sur son site un reportage intitulé « Petits génies, grandes déceptions ». Le sujet retraçait l’itinéraire de quatre prodiges du football, qu’on a vu trop beau trop tôt, et qui se sont brûlés les ailes tout aussi vite. Ces quatre footballeurs : Vincent Péricard, 32ans, Mourad Meghni, 31ans, Anthony Le Tallec, 30ans, et Gaël Kakuta, 23ans. Naturellement, une question vient à l’esprit. Qu’est-ce qui peut laisser croire que Gaël Kakuta est passé à côté de sa carrière à 23ans ?

Probablement une impression. Kakuta est ce genre de joueur dont on entend parler depuis toujours, croit-on, et qu’on ne voit jamais exploser. Du moins c’est ce qu’on croyait jusqu’à il y a peu. Parce que ce 18 Juin 2015, Gaël Kakuta a répondu à l’appel du Séville FC, champion d’Europe en titre. A 23ans, sa carrière est donc loin d’être un fiasco. Il y a un an de cela, le constat était beaucoup plus mitigé.
Retour sur un itinéraire hors du commun.

Imaginez vous dans la grisaille du Pas de Calais. Au centre de formation de Liévin, entre des cours qui ne vous intéressent absolument pas, et un terrain de foot où vous vous régalez. Ajoutez à cela, en 2007, des recruteurs venus de Londres, du quartier de Chelsea, avec un contrat prêt à être signer. Le rêve de n’importe quel adolescent de 16ans est une réalité pour Gaël Kakuta. Malgré les recommandations de ses coachs, les conseils de sa mère, le jeune prodige traverse la Manche et s’engage chez les Blues.

Le compte de fée se poursuit. Encensé par ses partenaires, il réalise des débuts tonitruants chez les jeunes. 24 matchs, 12 buts. Un ratio phénoménal dès sa première saison. Il évolue alors aux côtés de l’ex-patron de la Mannschaft, l’éternel looser, Michael Ballack. Celui-ci dit alors, s’adressant à des journalistes : « Allez voir le français, c’est lui la star. » Pris sous son aile par Didier Drogba, le prodige régale en club et en sélection, emmenant les français en finale de l’Euro des U17.

Les choses se gâtent

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La suite ressemble beaucoup moins au parcours rêvé. Alors qu’il vient d’être appelé en équipe première, Kakuta se fracture la jambe à l’entraînement. Huit mois d’indisponibilité. Au bout du tunnel, la renaissance ? Sûrement pas. Des ennuis administratifs entre Chelsea et le RC Lens le laissent en dehors des terrains pour quatre mois supplémentaires. A son retour, il revient en équipe A et participe même à une rencontre de Ligue des Champions, à seulement 18ans. Seulement, tout ne se passe pas comme le jeune Gaël l’espère. On ne devient pas titulaire chez un grand d’Europe en quelques matchs. Il perd patience, et demande à s’exiler, pour trouver du temps de jeu. Un défaut qui lui vaudra de faire le tour de l’Europe : six clubs différents en six ans. Fulham, Bolton, Dijon, Vitesse Arnheim, la Lazio et enfin, le Rayo Vallecano en août 2014. Celui qui la presse anglaise surnommait « The Black Zidane » à ses débuts paye son impatience et ne parviendra jamais à s’imposer chez les Blues. Il alterne le bon (40 matchs aux Pays-Bas) et le moins bon (2 à la Lazio).

Avec son caractère bien trempé, il reconnaît que son parcours aurait pu être plus simple. Il admet également qu’il a besoin d’entraîneurs durs au mal. Et c’est ce qui lui a permis de réaliser ses meilleurs saisons, sous la houlette de Fred Rutten au Vitesse et de Jémez au Rayo.

Dans le quartier populaire de Vallecas, au Sud Est de Madrid, Gaël Kakuta a trouvé sa place, enfin. 35 matchs disputés (il est le joueur le plus utilisé par Paco Jémez, l’entraîneur), pour cinq buts et sept passes décisives. C’est ici, entre les barres d’immeubles que le Français semble enfin s’être pleinement épanoui.

La renaissance

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Les conditions sont, il faut le dire, idéales pour un jeune en mal de temps de jeu et de confiance. Le club de la banlieue madrilène est bien loin de la pression médiatique, que peuvent connaître d’autres clubs comme Chelsea ou la Lazio. A l’abri des regards, le talent du jeune Français peut s’exprimer pleinement. Cela n’aurait sûrement pas été possible sans un autre facteur essentiel : Paco Jémez. L’entraîneur emblématique du Rayo est la clé de la réussite du joueur, comme du club, comme il l’explique dans un entretien à El Pais.

« C’est un perfectionniste. Et quand il voit que tu te relâches et que tu laisses redescendre la pression, il t’en demande le double. Avec lui, tu ne peux pas déconnecter. Si tu déconnectes, tu sors de l’équipe. C’est l’entraîneur dont j’avais besoin. »

Gaël Kakuta voue presque un culte à son désormais ex-coach.  Il se souvient.

« Il demande que tu donnes 100% sur le terrain. Je l’apprécie parce que lors de certains matchs, par exemple, je n’ai pas joué si bien que ça, et malgré ça, il ne m’a pas remplacé. Je savais que je méritais de sortir et je me disais : ‘Ok, il me fait confiance, maintenant je dois lui rendre. Je me souviens du match contre Almeria, où je n’avais pas été bon, et dans les 10-15 dernières minutes, je me disais à moi-même : je dois marquer, je dois marquer pour lui rendre la confiance parce que là, je devrais être sur le banc. Je l’ai fait, j’ai sprinté et j’ai marqué. »

  Sur le plan mental, Jémez a fait un bien fou à Kakuta. Mais que dire de l’aspect footballistique… Si les qualités techniques du natif de Lille sont indéniables, encore faut-il qu’elles puissent s’exprimer sur le terrain, chaque week-end. En cela, le jeu prôné par le technicien espagnol constitue, dès le début de la saison, une véritable aubaine pour Kakuta. Un jeu fait de passes courtes, de combinaisons et de redoublements. Une philosophie décrite comme suicidaire par certains, mais qui a permis au Rayistas de se classer à la 11ème place de la Liga, avec le 19ème budget du championnat. Sur son aile, Gaël Kakuta a profité de ce vent de fraîcheur footballistique pour régaler comme jamais dans sa carrière.

Des débordements, des dribbles ravageurs, des combinaisons avec ses partenaires et quelques buts font de lui un véritable leader technique. Il gagne même un nouveau surnom, plus à sa mesure : le Brésilien français. Selon ses dires, Gaël a glané bien plus qu’un surnom et quelques matchs sous le maillot du Rayo : «J’adore la façon que les gens ont de voir et de vivre la vie ici. Les gens sont proches, nous avons l’habitude de nous rassembler pour manger tous ensemble. Pour moi, c’est très important, tu sens que tu fais partie de quelque chose. » Déraciné à 16ans, puis lors de chaque intersaison, retrouver une deuxième famille était nécessaire pour le jeune homme, afin de s’épanouir. Mais malgré son mètre 73, Gaël Kakuta commençait à devenir trop grand pour Vallecas et son Rayo romantique. La soif de titre, d’Europe et d’Equipe de France est redevenue une réalité palpable dans l’esprit de l’ex-londonien. Une fois de plus, il doit faire sa valise, pour descendre quelques 542 kilomètres au Sud de la Ciudad Deportiva de Vallecas. Direction le Stade Sánchez Pizjuán où il retrouvera d’autres français comme Benoît Trémoulinas, avec qui l’entente sur le côté gauche devrait être explosive.

Rayo Vallecano Midfielder, Gael Kakuta - KAKUTA, number 12 . Round 12 of the BBVA league, soccer match between Rayo Vallecano - Celta de Vigo at the Vallecas stadium, Madrid - Spain by November 23, 2014. . PUBLICATIONxINxGERxSUIxAUTxHUNxONLY Rayo Valle Cano Midfield Gael Kakuta Kakuta Number 12 Round 12 of The BBVA League Soccer Match between Rayo Valle Cano Celta de Vigo AT The Vallecas Stage Madrid Spain by November 23 2014 PUBLICATIONxINxGERxSUIxAUTxHUNxONLY

Gaël Kakuta aura 24 ans le 22 Juin 2015. Il a refusé la sélection nationale congolaise pou privilégier l’Equipe de France. Il signe dans un club champion d’Europe en titre. Il a gagné un Euro des U19 en 2010, dont il a été élu meilleur joueur. Il a régalé le quartier de Vallecas, Madrid et l’Espagne entière par ses dribbles et sa percussion durant une saison. C’est un ailier pur, à l’ancienne, capable de s’inventer de la place, entre la ligne de touche et son vis-à-vis, et capable d’inventer toutes sortes de gestes techniques.

Gaël Kakuta signe dans un grand club, a l’avenir devant lui et une carrière très prometteuse. Comme huit ans auparavant. Sauf qu’un grand joueur ne répète pas les erreurs du passé. A lui de devenir un grand joueur.

François.