0

Alvaro Recoba, « El Chino », Uruguayen, 1m79, un pied gauche fabuleux, un numéro 20 légendaire, une classe incroyable… Surement le plus grand talent ayant vu le jour en Uruguay. Loin des stats, loin des sprints, loin de tout ça, Alvaro ne court pas, il trottine, dès son plus jeune âge, il n’a jamais été un fervent admirateur de la course de fond. Dans un pays où les joueurs doivent laisser leurs vies sur le terrain, de Diego Perez à Diego Lugano en passant par Paolo Montero et Dario Silva, Alvaro Recoba passe, lui, pour un ovni. Pro à seulement 16 ans, lent, aucun coffre physique, Chino est un Roi, incompris, mais un roi.

alvarorecoba

 

Romance Noir et Bleu


A défaut d’être le meilleur joueur du monde, Chino a eu la chance d’être le joueur le mieux payé du monde en 2001 avec six millions par saison. Pourquoi? Parce que l’Inter et Moratti le considèrent à l’époque comme le meilleur du monde, tout simplement. Dans une période où Ronaldo accumule les blessures, Bobo Vieri ne peut compter que sur l’uruguayen pour tenir avec lui le front de l’attaque Nerazzurra. Bobo sait que Recoba répondra présent. Aux yeux de Moratti, Recoba est le joueur parfait à savoir un joueur qui réussit à faire soulever les foules par son jeu tout en vista et au pied gauche unique. Coups de pieds arrêtés, frappes lointaines, à mi-distance, caviars, râteaux, roulettes, Alvaro régale Giuseppe Meazza, l’Italie et le monde entier. Son corps et ses problèmes de passeport ralentiront son ascension mais cela suffit à ce que Moratti fonde et lui offre le meilleur salaire au monde.

url

Malheureusement, cette romance ne durera pas éternellement, les histoires d’amour finissent mal… Chino n’apportera aucun titre majeur à l’Inter. Chino devient alors l’incarnation de cet Inter de Moratti, l’Inter des années 2000, constellation de cracks qui ne gagne rien. Le numéro 20 aura vu Ronaldo, Zamorano, Crespo, Vieri, Martins, Cruz, Adriano et autre Zlatan, sans pour autant gagner le moindre trophée national (du moins, sur le terrain). Le Roi Chino verra par la suite son statut de star Interista descendre petit à petit jusqu’à devenir un simple faire-valoir. Un joker de luxe capable de mettre un corner rentrant en coupe d’Italie, ou de faire la différence en fin de match. Le Roi est déchu mais garde une chose intacte, l’amour de Moratti et des Nerazzurri. Le légendaire numéro 20 partira, dans le silence le plus total. 229 matchs plus tard, quelques golazos et gestes de très très grande classe par-ci par-la. Rey Chino laissera une trace indélébile du coté de Appiano Gentile mais malheureusement, ses défauts auront eu raison de lui.

 

Pourquoi t’as pas couru plus Chino?


« Tout le monde me dit que je pourrais être le meilleur au monde, mais pour être ainsi, il faut toujours renoncer à quelque chose ». Recoba -comme Bielsa- a parfaitement expliqué le manuel de « Comment devenir le meilleur », pour cela il faut renoncer à quelque chose. Cette chose peut être du temps avec ses amis, sa femme, ses passions… Tu peux devenir le meilleur mais en contrepartie tu dois fermer les yeux sur ces plaisirs de la vie… Recoba est un Sud-Américain, le football est une passion certes, mais ce ne sera jamais lui la star, la star chez les Recoba c’est le père. Le père qui n’a jamais renoncé à travailler à courber l’échine malgré les salaires démesurés de son fils millionnaire. Chino ne ressent pas la pression, il la boit. La pression elle est pour le père de famille qui trime pour gagner un salaire de misère.

url

Cette mentalité, loin de l’apologie de l’argent, cette mentalité où les valeurs morales sont mises en avant, est différente de ce que l’on voit en Europe. Et ça, les supporters de l’Inter l’ont compris indirectement. C’est pourquoi ils n’ont jamais demandé à Chino d’être ballon d’Or car il l’était déjà à leurs yeux. Sur le terrain, Recoba ne défend pas assez, fait preuve de nonchalance, ne sprinte pas, se replie à peine… Comme Riquelme, lorsque son ‘équipe attaque il est parmi les meilleurs du monde, mais quand son équipe défend, cette dernière se retrouve avec un joueur en moins. Louis van Gaal résumait parfaitement la situation de Roman ; avec Recoba il s’agit du même problème. L’équipe devait jouer pour lui si elle ne voulait pas souffrir défensivement. Comment lui faire comprendre cela? Son jeu n’était pas fait pour l’Europe et on ne peut pas lui demander de faire plus que ce qu’il offrait déjà. Ainsi, les Interisti en ont pris acte et lui ont toujours pardonné. Et puis, malgré tout, Reycoba a accompli une carrière fantastique en devenant une icône de l’Inter mais aussi en revenant très tôt en Uruguay, donnant de l’alegria aux hinchas de Danubio et Nacional, et cela n’a pas de prix. En Europe, on parlera de talent gâché, en Amérique du Sud on parle d’un phénomène ayant eu une carrière magnifique. Les titres ou la reconnaissance de tout un continent? Au pays Guarani, Chino est autant estimé que Diego Forlan, parce qu’il a su gagner la reconnaissance de tout un pays tout en restant le même, 20 ans après son départ du pays Celeste.

Alba