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« Une chose est sûre, le talent ne se mesure pas à la taille des individus mais à la grandeur de leur âme. C’est en tout cas une façon assez conforme pour expliquer le talent obsédant de l’Argentin Juan Pablo Sorin tout comme le courage dont a une nouvelle fois fait preuve Paris pour s’extirper de ce piège marseillais. »

Psg.fr après le but vainqueur de Juampi au Velodrome

La chevelure raide, les poings et les dents serrés, les yeux remplis de rage, de hargne et de grinta Juan Pablo Sorin « Juampi » est un guerrier. Un immense combattant mais aussi un excellent footballeur, portrait d’un homme capable d’aller à la guerre pour sa nation mais aussi pour son club.

Du quartier à la sélection

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Le jeune Sorin commence son histoire d’amour avec le football à Social Parque un club de quartier de Buenos Aires, au «baby football » (une équipe composée de cinq joueurs et un gardien). C’est dans ce petit club de quartier qu’il fait ses gammes avant de rejoindre Argentinos Juniors club notamment reconnu pour avoir révélé Diego Armando Maradona. Il fait ses grands débuts dans le championnat argentin au poste de latéral gauche en 1994 et connaîtra dans la foulée la sélection nationale des moins de -20 ans de Pekerman. Il y sera capitaine, et remportera la CDM espoirs 95 au Qatar.

La suite est logique, Sorin est ensuite convoqué chez les A par Daniel Passarella en 1998 puis en 2002 avec Marcelo Bielsa. Latéral gauche offensif, Sorin va trouver en Bielsa, un sélectionneur collant parfaitement à sa philosophie. Malheureusement les idéaux offensifs de Bielsa n’empêcheront pas cette sélection, sûrement la meilleure de l’histoire argentine, de passer à côté de son mondial, et d’échouer dès les phases de poules. Un échec qui ne l’a pas traumatisé et qui l’a, au contraire, amené à devenir un véritable « symbole » de la sélection comme l’avait baptisé El Loco. Juampi sera également de l’aventure allemande en 2006, sous la direction de… Pekerman. Comme en 1995, il est désigné capitaine d’une sélection où gravite Riquelme, Ayala, Tevez, Crespo, Mascherano et ou commence à pointer le bout de son nez Messi… Rien que ça.

« Avoir été capitaine de l’Argentine est la plus grande fierté de ma vie.  Je porte le même brassard que Maradona, Passarella et Ruggieri. Avoir représenté mon pays dans des Coupes du Monde, soulever la Coupe du Monde espoir au Qatar que l’Argentine n’avait plus gagné depuis Maradona en 1979 fut un accomplissement historique . Ce fut le début d’une époque dorée. Je remercierais toute ma vie José Pekerman. »

La rage de vaincre

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Le couloir gauche était le jardin de Juan Pablo Sorin. Infatigable, puissant, technique, bon de la tête et aussi efficace que ce soit en défense ou au milieu de terrain. Doté d’une énorme grinta, d’une immense activité, Sorin était la définition même de la notion de « dépassement de soi ». Capitaine naturel et compétiteur hors norme, il insufflait cette envie, cette détermination et cette rage de vaincre à toute son équipe. Sorin était l’archétype du joueur argentin rempli de rage et de grinta.

Comme tout argentin, Juampi aimait ce sport, c’était un romantique du football et un défenseur du coté « humain » de cette profession. Une passion qu’il aimait partager avec les bouillants supporters parisiens lorsqu’il évoluait sous les couleurs parisiennes :

« Il ne peut pas ne pas y avoir de liberté d’expression dans un stade de football, c’est l’expression populaire par excellence dans le monde entier » et « si on en vient à perdre le côté romantique, amateur, le foot est perdu. »

Malheureusement, la carrière de Sorin est ternie par les blessures. Il décide d’y mettre un terme à 33 ans . Et ce malgré la combativité du bonhomme.  Au moment de raccrocher, Juampi déclarait, lucide :

« J’ai travaillé dur. Je suis tombé, je me suis relevé, j’ai eu beaucoup de blessures et j’ai surmonté la plus importante qui fut celle au genou. Mais je crois qu’il est venu le temps de stopper. »

Une carrière mouvementée

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Sorin aura connu de nombreux clubs durant sa carrière, avec des fortunes diverses.  Il devient une idole à River, Cruzeiro, Paris et Villareal, mais connaît des aventures bien plus difficiles à la Juventus, à la Lazio, à Barcelone et Hambourg.

Sur le continent sud-américain, la carrière de Juampi explose véritablement à River. De 1996 à 1999, Sorin fait partie intégrante du « Super River » qui remporte de nombreux trophées dont la Copa Libertadores en 1996 . Fort de ce succès, Sorin s’installe ensuite au Bresil à Cruzeiro. Il devient l’un des chouchous des supporters et capitaine du club, une première pour un joueur argentin chez le rival brésilien ! Il remporte la coupe du Bresil avec le club avant de s’en aller et de faire ses adieux devant 75.000 spectateurs.

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Un indien dans la ville Dans les dernières heures du mercato 03/04 Sorin débarque en prêt du FC Barcelone au PSG. Il évolue poste de milieu gauche. Un couloir gauche 100% argentin puisque le latéral gauche cette année la n’est autre que Gaby Heinze. Ce guerrier, qui avalait les kilomètres dans son couloir gauche, qui ne lâchait rien, avait réussi à transmettre sa rage et sa haine de la défaite à ses coéquipiers. En effet sous les couleurs du Paris Saint Germain il n’a perdu aucun match en 30 apparitions cette saison la. C’est le seul joueur de l’histoire du club qui demeure invaincu après autant de matchs disputés. Il était le porte bonheur de l’équipe.

Sorin ne jouait que pour la victoire et rien d’autre. Et c’est l’une des raisons qui lui a valu une entente exécrable avec son entraîneur de l’époque Vahid Hallilodzic, qui prônait lui un jeu plus basé sur la solidité défensive et la prudence, quitte à jouer des matchs pour ne pas les perdre plutôt que de tout faire pour les remporter.

Ce fut le cas lors d’un match à Monaco ou le coach parisien avait demandé à son équipe de rester prudent et de jouer le point du match nul. Les mots de Coach Vahid étaient les suivants :

« Ici, personne ne peut se permettre de rentrer sur le terrain pour gagner. Même le Real Madrid.»

Ce à quoi a répondu Juampi : « Pardon Coach, mais le Real dispute toujours ses matchs pour les gagner. Peu importe le stade. (Je suis bien placé pour le savoir, grâce à mon passé Blaugrana) Nous sommes le PSG et nous pouvons gagner le match mais…certainement pas en jouant la défense! »

Par ses mots, on retrouve les idéaux et les principes du joueur argentin. Peu importe ce qu’en a décidé le coach Juan Pablo Sorin ne déroge pas à ses convictions, et il le fait comprendre.  Quitte à ce que cela ne plaise pas.  Comme lorsque que «Coach Vahid » et le PSG lui ont demandé de ne pas répondre aux convocations de la sélection pour se concentrer sur le PSG.

« Dans ma carrière, j’ai toujours privilégié l’équipe nationale. Sinon je jouerais peut-être encore au PSG. Vahid Halilhodzic m’avait demandé de ne pas répondre à toutes les convocations de mon pays. Je lui ai répondu que ma présence en sélection n’était pas négociable. »

Ballade en sous-marin Après la France, comme un dernier baroud d’honneur, Sorin retente sa chance en Liga du coté de Villareal. Sa hargne, sa rage et ses montées dans le couloir gauche charment le cœur des Socios du sous marin jaune. Il est de la grande épopée du club espagnol qui parvient à se hisser jusqu’en demi finale de la coupe aux grandes oreilles. En quittant le club il reconnaissait être « Très content d’avoir fait partie de l’équipe qui a réalisé les deux meilleures années de l’histoire du club. »

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Juan Pablo Sorin c’est une carrière aussi riche que les valeurs qu’il véhiculait. On a essayé tant bien que mal de retranscrire la grandeur de Juampi et de sa carrière, mais lui le dira mieux que nous, en toute simplicité :

« J’ai vécu des moments incroyables. C’est difficile de parler d’une carrière qui a duré 15 ans, j’ai toujours tenté de donner le meilleur de moi même »