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L’élégance. Quête permanente de nombreux footballeurs dans une époque où le paraître et l’image prennent une importance quasi égale au niveau footballistique pur. La dégaine, l’allure, le style, les synonymes pleuvent au contraire des joueurs pouvant se vanter d’être caractérisés par ces mots si difficiles à obtenir. Car l’élégance ne s’obtient pas, l’élégance ne s’achète pas, l’élégance est innée. On naît avec. Ou on naît sans.

Avouons le sans crainte, les joueurs élégants sont aussi rare qu’une Coupe d’Europe dans la vitrine d’un club français. De nos jours, très peu d’entre eux peuvent d’ailleurs se targuer de posséder cette allure qui rend un joueur si beau à voir jouer. Cristiano est une machine parfaitement huilée, Leo est doté de pieds magiques. C’est un plaisir de les voir évoluer, mais aucun n’a la grâce de Zidane, aucun n’a l’allure de Fernando Redondo. Inutile de s’épancher sur le cas Zidane, tout a été dit, tout a été écrit. Nous avons tous admiré ses œuvres qui resteront dans les mémoires collectives pour l’éternité. Fernando Redondo est malheureusement bien moins admiré, Fernando Redondo n’est que rarement cité dans la liste des meilleurs joueurs de ces trente dernières années. Pourtant Fernando Redondo était unique.

Si Fernando était une voiture, ce serait une Aston Martin, élancée et racée. Si Fernando était un peintre, ce serait Michel Ange, un coup de pinceau de génie apposé sur des œuvres mémorables. Si Fernando était un musicien, ce serait un violoniste, une virtuosité au service de la grâce. Si Fernando était un danseur, il danserait le tango où la chorégraphie ne laisse aucune place à l’approximation. Fernando a choisi d’être footballeur et le football a choisi Fernando comme apôtre de la parole divine à propager sur le continent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Fernando fut l’élu : le football sait que le style est la définition même du footballeur argentin. De Riquelme ou Messi en passant par Lucho ou Pastore sans oublier le Dieu Maradona, ce pays a toujours offert au monde des joueurs qui donnent envie de regarder un match de football.

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Redondo le gaucher, comme Diego, comme Leo. Un hasard ? Certainement pas, le hasard n’existe pas dans le génie, le hasard n’existe pas quand il s’agit de définir si un joueur possède l’allure ou ne la possède pas. Cheveux longs au vent, tête levée comme Michael Johnson, torse bombé comme Canto, Fernando ne blague pas, c’est un esthète qui entre sur un terrain comme un acteur de théâtre va délivrer sa dernière grande prestation. La fierté comme fer de lance, le talent comme don du ciel. Contrôle du pied droit, yeux levés, touche de l’extérieur du pied gauche, yeux levés, touche de l’extérieur du pied gauche, yeux levés, crochet du pied gauche, yeux levés, offrande du pied gauche, yeux levés. Tour de contrôle capable de défendre et d’orienter le jeu comme personne grâce à une technique bien plus élevée que la moyenne ou que le commun des mortels. Comme tout génie argentin, Fernando ne court pas des dizaines de kilomètres, il ne sprinte pas. Il contrôle, il analyse, il agit, se place, se déplace, juste ce qu’il faut, juste quand il le faut. Ces choses-là ne s’apprennent pas, c’est un cadeau de la nature qui fait le bonheur des Xavi ou Pirlo.

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C’est à Madrid que Fernando écrira la plus belle œuvre de sa légende en réalisant des partitions XXL qui feront de lui l’une des idoles des socios prêts à payer un billet uniquement pour le voir. Ou plutôt pour le contempler. Il fut le guide, le capitaine, le maestro de cette équipe mythique qui remportera 2 Ligues des Champions. Sa vision du jeu lui permettait de voir avant tout le monde ce qui allait se passer, ses remontées de balle était destructrice et ses dribbles assassins. Il transmettra cet art à une autre légende madrilène au pied gauche magique : Guti.

Il quittera le club en 2000 pour rejoindre le Milan AC laissant le seul Figo être l’unique artiste de cette équipe. Pour combler ce vide laissé par Fernando Redondo, Florentino Perez sera alors obligé de frapper un énorme coup en recrutant celui qui deviendra le vrai successeur de Fernando dans le cœur des socios : Zinedine Zidane. Ça vous donne une idée de ce que représentait Fernando dans le cœur des madrilènes. Fermez les yeux et imaginez une seule seconde ce qu’un milieu de terrain Makélélé – Redondo – Zidane aurait pu causer comme dégâts au football qui certainement ne s’en serait jamais remis.

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En choisissant l’Italie et le Milan AC, c’est un nouveau pays que Fernando voulait conquérir. Mais parfois, Dieu est injuste. Ce qu’il donne d’un côté, il le reprend de l’autre. Après avoir donné à Redondo tout l’attirail d’un footballeur de génie, le seigneur va s’acharner sur l’argentin à travers des blessures récurrentes au genou qui auront raison de sa carrière… En somme, c’est une fin classique lorsqu’on est un joueur à part. Demandez à Zidane, demandez à Maradona, demandez à Ronaldinho. L’élégance se mesure aussi en dehors du terrain, c’est pourquoi Fernando Redondo décidera de ne pas percevoir de salaire durant sa période d’indisponibilité milanaise. No comment.

Les génies ont souvent un problème qui définira le point noir de leur vie. Ce fut la drogue pour Basquiat, la folie pour Van Gogh, ce sera la sélection argentine pour Redondo. 29 petites sélections, une aberration. À 19 ans, il préféra finir ses études que jouer une Coupe du Monde. Quand Passarella alors sélectionneur obligera ses joueurs à se couper les cheveux, Fernando refusera à nouveau de s’exécuter et ne sera pas sélectionné. Plus tard, c’est Marcelo Bielsa qui ne fera pas jouer le gaucher argentin car « il ne l’aime pas ». Quelques temps après, lorsqu’El Loco l’appellera, il refusera. Ces 29 sélections ne l’empêcheront pas de remporter la Copa America en 1993 soit le dernier grand titre de l’équipe Argentine…

J’étais un amoureux de Fernando Redondo, j’aimais tout chez lui, à la fois son jeu, à la fois ce qu’il était, ce qu’il représentait et comment il le présentait. Je ne ratais jamais l’Equipe du Dimanche pour apercevoir ses exploits et je regrette profondément qu’à l’époque nous n’avions ni Youtube ni toutes ces chaines qui nous permettent de voir la quasi totalité des matchs. J’aurai pu alors admirer encore plus Fernando Redondo et ma fascination pour lui serait certainement bien plus grande qu’elle ne l’est aujourd’hui. Malgré tout, même 10 ans après l’arrêt de sa carrière, je suis toujours amoureux de Fernando Redondo et c’est à travers lui que je regrette un peu ce football qui a décidément bien changé aujourd’hui.

@LinoTreize con amor.