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« Nul n’est prophète en son pays » doit certainement méditer Lionel Messi depuis samedi soir et ce nouvel échec, cuisant, avec sa sélection. Bien qu’il règne sur le football européen depuis 2009, comptabilisant 4 ballons d’or, 3 ligues des champions et d’innombrables records sur ces 6 dernières années, « La Pulga » reste sans réponse une fois le maillot de l’Albiceleste sur les épaules. Alors à qui la faute ? Un collectif pas au niveau ? Une implication trop en dilettante du numéro 10 ? Des sélectionneurs incapables de le mettre dans les meilleures dispositions ? Ou bien un manque de réussite global ?

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Car c’est peut-être là le drame de la carrière internationale de Messi. Serions-nous en train d’écrire un tel article si Pipita Higuain n’affichait pas un taux de masse graisseuse flirtant avec les 25%, et était capable de glisser la balle dans un but vide… à la suite d’un rush de Messi ? Même réflexion en finale de Coupe du Monde lorsque Gonzalo Higuain -toujours lui- et Rodrigo Palacio vendangent deux actions « immanquables » pour le rang d’un attaquant d’une sélection telle que l’Argentine…

Mais l’essentiel est ailleurs et ne se cache pas derrière un simple manque de réussite offensive de ses partenaires. Personne ne peut nier qu’à part Javier Mascherano, Messi n’a pas à faire à de véritables top players en sélection. L’écart de compétitivité entre le Barça et sa sélection est étourdissant pour la Pulga. Mais cela n’est pas une excuse recevable. Car c’est dans la difficulté, l’adversité que l’on mesure la force d’un grand joueur et son aura. Lorsque le poids des responsabilités ne peut être supporté que par lui seul. Si tout le monde s’accorde à dire -à juste titre- que Messi fait partie des plus grands joueurs que ce sport ait vu évoluer, et le range (virtuellement) volontiers aux côtés des Pelé, Maradona, Zidane, et autres Ronaldo Fenomeno, une certitude demeure encore aujourd’hui : tant que Messi ne remportera rien de significatif avec la sélection argentine, il ne sera pas le plus grand.

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Mais plus grave encore, le problème de Messi n’est même pas dans la comparaison avec ces légendes et héros du football dont les accomplissements avec leurs pays respectifs sont sans égal; il l’est aussi avec des joueurs actuels. Diego Forlan en 2010 et 2011, Wesley Sneijder en 2010, Arjen Robben, James Rodriguez ou même Tim Cahill en 2014, et évidemment Arturo Vidal en 2015 en sont les meilleurs exemples. Des joueurs moins talentueux, moins bien dotés  « footballistiquement » que Messi mais dont le cœur, la combativité, l’aura et le dépassement de fonction compensent aisément leurs limites techniques/physiques pour tirer leur équipe et tous leurs coéquipiers vers le haut. Outre leurs performances intrinsèques de haute volée, ces joueurs là ont laissés davantage que des buts, des dribbles, des passes ou des tacles. Ils ont laissés leur traces sur les compétitions, quand bien même ils ne soient pas allés au bout pour certains. Plus que la concrétisation des objectifs, plus qu’une victoire finale, demeurent des faits d’armes. Et c’est peut être aussi cela dont souffre Messi. Prenons le problème à l’envers, si Messi avait gagné la CDM2014 et la Copa America, qu’aurions nous vraiment retenu de ces trophées ? Un grand match face au Paraguay, un but décisif face à l’Iran ? N’est-ce pas pas trop léger pour un joueur aussi magique que Messi ? Les exigences sont proportionnelles au joueur et aux faits établis par le passé. Autant sa carrière au Barça ressemblent à un vrai compte de la mythologie grecques, ou il déplace les montagnes, assassinent des clubs, des défenseurs et des carrières, autant sous le maillot argentin tout ne semble être qu’un long fleuve tranquille, fade, sans saveur. Les titres, les victoires, restent dans les livres, dans les palmarès, les statistiques. Mais quand on pense à Zidane à quoi pense t-on ? Plus que les titres on retiendra son match face au Bresil en 2006, sa panenka folle face à Buffon, son but face à l’Espagne, des actions de génie, de l’émotion et beaucoup d’amour. Dans l’absolu c’est aussi l’un des problèmes de Messi, un joueur devenu si létal, si mécanique, qu’il en manque aujourd’hui le charme, l’imagination ou l’insouciance… Ces vertus qui te permettent de trouver la petite aiguille de réussite dans la botte de foin d’un match compliqué comme a pu l’être le Chili-Argentine. Ces vertus, les Forlan, Vidal, Cahill, Robben ont su les trouver. Par la force de leur caractère, leur combativité. Le talent aussi pur soit-il ne sera jamais rien sans le cœur. Aussi bon soit-il, Messi ne pourra jamais ouvrir la voie à l’Argentine en marchant. Cela ne peut pas, ne peut plus être admis. Il n’est pas question de dire que l’Argentine serait meilleure sans Messi, car c’est une hérésie, par contre est-ce que l’Argentine serait meilleur avec un Messi hors de sa zone de confort ? Assurément. Le Messi privilégié a été incapable de guider sa sélection vers la victoire, dans n’importe quelle compétition que ce soit. Les privilèges doivent s’arrêter, et la Pulga doit prendre conscience que jamais personne n’a triomphé sans mettre du cœur à l’ouvrage. Le cœur de Medel et Vidal en 2014, blessés mais héroïques, la détermination de Cahill et ses 34 balais passés pour balayer toutes les défenses qui osaient se mettre en travers de sa route, la folie et l’insouciance d’Arjen Robben qui avalait les kilomètres plus qu’Hillary Clinton n’a avalé de couleuvres à la Maison Blanche. Il n’est pas question d’insinuer ou d’évoquer la possibilité selon laquelle Messi ne serait pas patriote, ou se croirait au dessus des besoins de sa sélection. Il convient juste de se questionner sur le comportement et l’apport de Messi, et de remarquer que la comparaison avec les leaders des autres sélections est saisissant. Ce déficit dans la combativité, l’influence et le leadership.

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Toutefois, loin de nous l’idée de dire qu’en sélection Messi est un quidam, car ce n’est pas le cas. Ses performances en Coupe du Monde et en Copa America, sont plus que satisfaisantes pour le commun des mortels. Mais là est le problème : « satisfaisant », « commun des mortels » sont des mots qui n’ont aucun sens lorsqu’il s’agit de Leo Messi. Le convenable, l’acceptable n’est pas/plus admis lorsqu’il s’agit de la Pulga, ce joueur incroyable qui nous a biberonné au stratosphérique, au légendaire,  et à l’extraordinaire. Le microcosme du football exige de lui des performances du même standing que celles fournies avec le Barça. La même magie, le même pouvoir de décision. Mais cela est impossible. Impossible car Messi veut jouir des mêmes privilèges qu’au Barça, du même traitement de faveur, or, en sélection, les Suarez, Neymar, Busquets, Iniesta, Xavi, Alves, et toute sa horde de cracks capables de compenser d’éventuelles sautes de motivation, d’implication, ou d’envie ne sont pas là pour l’épauler.

Aujourd’hui, Messi est face à un dilemme. S’il veut un jour éblouir la scène internationale avec le maillot ciel et blanc de l’Argentine et enfin vaincre l’adversité, il va devoir changer, évoluer, mûrir. Ne plus seulement se complaindre dans le rôle du « simple » leader technique. Un joueur de son rang ne peut pas être un maillon de la chaîne, il doit être l’astre autour duquel gravite ses coéquipiers. Pour cela il va devoir sortir de sa zone de confort, se faire violence et mettre sa nonchalance au placard. Le Baron de Coubertin disait : « Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre. ». Tel doit être le combat de Messi désormais. Messi aime le foot, aime son pays. Il est impensable que sa situation internationale actuelle ne le laisse pas meurtri dans sa chair. Nulle doute que la peur de ne pas apporter à l’Argentine la joie, l’amour et les titres que ce pays mérite doit nourrir ses songes. Mais il n’y parviendra jamais sans se faire violence. Sans courir, transpirer, et saigner pour le maillot. Comme le font tous ses coéquipiers, du Jefe Mascherano à Pablo Zabaleta… Il s’agit là du combat de sa carrière, et il est le seul à pouvoir le remporter. C’est un combat dans son âme, dans son amour propre, une profession de foi. Personne n’y pourra rien. Tout ne dépend désormais que de lui. Sans émotions, sans titres, Messi ne restera qu’une anomalie de ce sport, une anomalie légendaire et magnifique, mais une anomalie apatride que les Maradona ou Batistuta regarderont de haut, du hublot.

Edu