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Les vendredi tombant le treizième jour du mois sont souvent considérés comme jours de malheur chez certaines zones culturelles. Cependant c’est aujourd’hui un lundi 13 qui apporte le malheur au football allemand et à la ville de Munich en particulier. En effet, au moment où j’écris ces quelques lignes, le club britannique de Manchester United vient d’officialiser la signature de Bastian Schweinsteiger pour les trois prochaines années, le dotant de ce qui sera probablement son dernier contrat de footballeur professionnel au plus haut niveau.

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Ce faisant, l’homme au nom imprononçable rejoint son ancien entraîneur Louis van Gaal, celui-là même qui l’avait arraché de son aile gauche pour l’installer dans l’axe du milieu de terrain. Quelques mois plus tard Schweinsteiger demandait au technicien néerlandais de le faire reculer d’un cran encore sur la pelouse, donnant un second souffle à la carrière du joueur bavarois et l’installant pour les cinq prochaines années comme l’un des touts meilleurs milieux défensifs de la planète football. Les années qui suivirent furent celles de la consécration pour Bastian Schweinsteiger qui avait déjà tout gagné au niveau national. Aux nombreux championnats remportés (recordman avec 8 titres) et coupes, s’ajoutèrent une victoire en Ligue des Champions pour l’édition 2012/2013 et un titre de champion du Monde glané au Brésil il y a exactement un an de cela.

Le natif de Kolbermoor (même pas 50 kilomètres à vol d’oiseau de Munich) remportait donc enfin le titre ultime, après une série d’échecs non loin de la dernière marche aux côtés de ses coéquipiers de la Nationalmannschaft. Débutant la compétition sur le banc afin de lui permettre de récupérer tranquillement d’une blessure contractée peu avant le Mondial, Schweinsteiger a vite regagné sa place de titulaire dans l’entrejeu teuton, reprenant les commandes de l’équipe tout en exilant le capitaine nominel Philipp Lahm à son poste de latéral droit qu’il n’aurait jamais du quitter. Le « chef » était de retour et il a démontré ce statut au monde entier devant la plus belle des coulisses, en finale de Coupe du Monde face à l’Argentine. Exemple de courage et d’abnégation (en particulier lors des prolongations), Schweinsteiger a probablement été le meilleur allemand de cette finale et un élément clé de ce titre international qui échappait à l’Allemagne depuis 1996.

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Longtemps critiqué par certains journalistes et autres pseudo-experts outre-Rhin, celui qui a un temps été surnommé « Chefchen » (petit chef) par la presse sportive allemande (suite à la finale de Ligue des Champions perdue à domicile contre Chelsea), avait cependant déjà fait taire ses critiques depuis un moment déjà. Pièce maitresse de la machine bavaroise qui a roulé sur l’Europe lors de l’exercice 2012/13, Schweinsteiger était enfin reconnu par l’Europe entière comme le grand champion qu’il est. Formant un trio assez formidable avec le basque Javi Martinez et Toni Kroos dans l’entrejeu bavarois, Schweinsteiger était la plaque tournante de la philosophie de jeu sous Jupp Heynckes, apportant la stabilité défensive nécessaire (allant jusqu’à faire passer Dante pour un bon joueur) et organisant sans relâche le jeu offensif de son équipe grâce à des transversales millimétrées.

Mais la perte que représente Bastian Schweinsteiger pour le Bayern Munich n’est pas sportive avant tout. Certes, ceux qui suivent le club depuis ses débuts et observent avec horreur la tournure que prennent les évènements sur le rectangle vert grinceront des dents à l’idée de laisser partir l’iconique numéro 31 pour titulariser Xabi Alonso qui est à des années lumières de son zénit. Cependant, c’est avant tout en terme d’émotions, d’identification et d’amour que le Bayern perd incroyablement gros. Le départ de Toni Kroos pour le Real Madrid l’été dernier était un coup dur sportivement uniquement. Le retrait des affaires du fameux (ou infâme c’est selon) président Uli Hoeness a par contre été beaucoup plus dur à encaisser. L’exil de l’idole des supporters vers la triste Albion, lui qui était au club depuis 17 ans et incarnait la source primaire d’identification avec le Bayern est maintenant le coup de grâce pour un club qui semble avoir perdu sa voie.

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Le choix de Schweinsteiger est toutefois parfaitement compréhensible. A 31 ans, un joueur de son niveau ne peut se contenter de jouer les seconds rôles, quand bien même ce serait au sein de son club de toujours. Et ces messieurs Sammer et surtout Rummenigge ont beau répéter à qui veut l’entendre que Schweinsteiger ne « fuit » pas face à Guardiola, le contraire est évident. Le technicien catalan ne lui a jamais donné sa chance à son poste de prédilection devant la défense et persiste dans son entêtement légendaire à le considérer comme milieu relayeur (voire offensif) et l’aligner dans une zone de jeu où il ne peut apporter autant à l’équipe. Bastian n’est d’ailleurs pas bête et réalise parfaitement qu’il n’est pas la première option du coach bavarois à ces postes non plus. Thiago Alcantara que Guardiola tenait absolument à faire venir, ainsi que Philipp Lahm qui a été muté en milieu de terrain suite à un énième délire d’expérimentation tactique sont les titulaires désignés dans l’entrejeu du Bayern. Un départ vers d’autres cieux était par conséquent la seule option viable pour Schweinsteiger s’il ne souhaitait pas passer ses dernières belles années comme remplaçant de luxe.

Le choix de Manchester United semble ici logique. En rejoignant les Red Devils il retrouve non seulement son ancien entraîneur dont il connaît la philosophie de jeu et la mentalité (parfois compliquée) sur le bout des doigts, mais également et avant tout un grand club historique, ambitieux sportivement et réputé pour traiter ses joueurs de légende avec respect et dignité. Alors certes, les romantiques du football ont probablement les larmes aux yeux à l’idée de voir le joueur et l’homme quitter les bords de l’Isar après tant d’années de loyaux services, mais ils seront également soulagés de savoir que leur idole sera entre de bonnes mains et encouragé par un public connaisseur et respectueux pour la fin de sa carrière. A Old Trafford Bastian Schweinsteiger ne sera pas le « Fußballgott » (Dieu du foot) tel qu’il a été surnommé par les supporters munichois, mais sauf erreur il ne devrait avoir aucun mal à les conquérir grâce à ses qualités sur et en dehors du terrain. A Munich, on se languit déjà de ton retour pour une future carrière dans l’organigramme du club et c’est avec patience qu’on te dit : Servus und viel Glück !