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«J’écoute toujours le petit garçon enfoui en moi au moment de prendre une décision. Je me demande ce qu’il voudrait. Ce petit garçon en pinçait pour Manchester United.» Nul doute qu’en y repensant, Robin van Persie doit chaleureusement remercier ce petit garçon pour ses sages conseils. Et, à vrai dire, nous aussi. Merci p’tit bonhomme.

Entre un roi sans couronne galopant désespérément derrière son rêve de Premier League et un royaume au trône vacant après avoir laissé filé le Graal au noisy neighbour à la différence de buts, les chemins ne pouvaient que se croiser. A l’aube de la saison 2012/2013, Robin van Persie quitte ainsi les Gunners et débarque à Manchester avec le costume de super-héros. Alors que le numéro 9 se libère suite au départ de Dimitar Berbatov, Sa Majesté n’hésite pas : elle veut garder le numéro 20, pour le 20ème titre de champion. The rest is history.

Esthète dans l’âme…

Entre flow d’argent, volées chirurgicales et déclarations d’amour au club et à Ferguson, RVP ne tarde pas à faire chavirer le Peuple Rouge. Par sa démarche tout d’abord : longiligne, torse bombé, regard fier et bras prêts à le faire décoller. Robin van Persie est une ode à l’élégance, un hymne au football visuel, celui qui fait frémir les yeux de plaisir plus qu’il ne fait réfléchir. Dès ses premiers mois à Old Trafford, le Batave donne la pleine mesure de son talent. Au sein d’un United misant plus sur le fighting-spirit de ses joueurs que sur un réel projet de jeu, van Persie porte sur son dos l’attaque mancunienne à coups de reprises de volées, de talonnade et de frappes enroulées.

Non content d’avoir été adopté si rapidement par Manchester, Robin enfonce le clou en offrant la victoire à United face à City dans les arrêts de jeu pour son premier derby, d’un superbe coup-franc. N’en jetez plus, Robin is a Red and that’s a fact. La suite ? United termine la saison avec 12 points d’avance sur City et remporte son 20ème titre de champion, comme promis par Sa Majesté au dos de son maillot. Point d’orgue de cette merveilleuse saison, c’est lui-même qui offre le titre à Old Trafford en terrassant Aston Villa d’un triplé titanesque, dont cette fameuse reprise de volée en extension du gauche. Venu chercher une médaille de Premier League autour de son cou, RVP termine la saison en héros, acclamé par tout un stade. Champion!

Manchester United's Robin van Persie (right) shoots to score his team's second goal during the Barclays Premier League match at Old Trafford, Manchester. PRESS ASSOCIATION Photo. Picture date: Monday April 22, 2013. See PA Story SOCCER Man Utd. Photo credit should read: Martin Rickett/PA Wire. RESTRICTIONS: Editorial use only. Maximum 45 images during a match. No video emulation or promotion as 'live'. No use in games, competitions, merchandise, betting or single club/player services. No use with unofficial audio, video, data, fixtures or club/league logos.

…mais une âme en peine

Si la première saison de Robin van Persie se conclut en apothéose avec ce titre de champion, elle marque aussi le départ de Sir Alex Ferguson, personnage avec lequel le hollandais a tissé une relation toute particulière. Entre les deux hommes, une réelle affection s’est développée durant ces 9 mois de travail commun. En témoigne la célébration de RVP après son but à Stoke en avril 2013 : après un mois de disette offensive, il trouve enfin le chemin des filets en battant Begovic du point de pénalty. Ensuite ? Une course effrénée vers le banc de touche et une accolade mémorable avec son coach. « Il aurait pu me tuer, j’ai 71 balais putain! » en rigolera d’ailleurs Fergie.

« On avait 18 points d’avance sur City mais ils nous ont battu 1-2 à Old Trafford. On avait toujours 15 points d’avance mais Sir Alex était furieux. Là j’ai réalisé : c’est un winner. » RVP à propos de Ferguson

Ferguson parti, la donne change complètement pour celui qui a admis avoir signé à United en pensant que l’écossais allait rempiler pour trois années supplémentaires. Une baisse de motivation, une forme physique moins certaine et l’arrivée de Moyes semblent avoir complètement transfiguré RVP. Si sa justesse technique et sa première touche restent un fantastique atout pour l’équipe, c’est physiquement que le bât blesse : seulement 28 matchs joués.
Sa Majesté restant Sa Majesté, cela ne l’a pas empêché de planter 18 caramels sur la saison, dont un merveilleux triplé face à l’Olympiakos sauvant la peau de Moyes et envoyant United défier le Bayern en ¼ de finale de la Champions League. Ironie du sort, c’est juste après son troisième but qu’un joueur grec le blesse au genou et lui fera rater la grande majorité de la fin de saison. Foutu corps en sucre.

Manchester-United-v-Swansea-City-Premier-League

Alors que l’arrivée de Louis van Gaal laissait espérer à tous les mancuniens une connexion batave que même la 3G ne pourrait arrêter, c’est finalement un réseau Edge auquel eu le droit Old Trafford. Entre cheveux grisonnants, physique fragile et vivacité perdue, van Persie traîne son blues sur le terrain et donne l’impression d’avoir le pouvoir décisionnel d’une mouette. Sa Majesté restant Sa Majesté, il a aussi su gratifié les supporters de matchs de grande classe et de quelques golazo (son égalisation contre Chelsea en octobre dernier, son match fantastique contre Southampton en décembre) mais globalement bien trop rares pour sauver une saison indigne de son rang.

Parti à Fenerbace il y a quelques jours, l’heure du bilan a sonné pour van Persie. Evidemment, il y aura toujours à redire. Certains diront qu’une saison complète sur trois est insuffisant, pendant que d’autres le taxeront de fantôme sur la scène européenne. Et ils n’auront évidemment pas tort. Mais, sempiternel refrain pour les esthètes du football, au diable les chiffres et les statistiques. Laissez-nous retrouver nos yeux d’enfants et applaudir en admirant un contrôle en extension de Sa Majesté, le temps d’un dimanche après-midi. On aura bien assez de temps pour décortiquer sa fiche de stats le lendemain.
S’il est évident qu’il n’aura jamais le crédit d’un Rooney aux yeux des supporters, le passage de RVP à United aura été une formidable déclaration d’amour d’un homme à un club. Peu importe son passé Gunner, peu importe les moins bonnes périodes, chaque mancunien aura eu l’occasion d’apprécier l’investissement, le professionnalisme et l’attachement aux supporters de Robin van Persie durant ses trois années à Manchester. Mais plus encore, c’est surtout du plaisir et du bonheur qu’aura apporté le hollandais au Peuple Rouge. De sa démarche royale à ses gestes world-class en passant par ses célébrations et déclarations grandiloquentes, Robin van Persie laissera à coup sûr un souvenir impérissable du côté du Vieux Trafford.
Sa Majesté est venue pour gagner la Premier League, Sa Majesté a vu, Sa Majesté a vaincu. Finalement, on peut le dire : merci p’tit bonhomme. Thank you Robin.

Mohamed