0

Mariano décide de voir plus grand en partant à Seville, Retour sur son parcours en terre bordelaise, entre samba et petits ponts.

Un ballon récupéré et vite relancé côté droit. Un contrôle vers l’avant, un boulevard qui s’ouvre, un sprint qui s’amorce. Mariano Ferreira Filho, c’était une des rares raisons de s’enflammer du côté du Parc Lescure récemment. Au cours de deux saisons bien ternes, suite à l’effondrement général post-titre 2009, le Brésilien apportait une touche de joga bonito qui contrastait avec la morosité ambiante sur les bords de la Garonne. Il est recruté à l’hiver 2012 par le druide Francis Gillot qui était généreux en compliment à son arrivée

« Sur le premier DVD que j’ai vu de lui, il a fait marquer deux buts… Il va vers l’avant, c’est le profil que je voulais. »

11751418_10207100608696354_6109604150300040842_n

Mariano débarque sur un couloir totalement abandonné par Chalmé depuis deux ans, mais également par les frères Sané, Lamine et Salif, qui n’ont pas réussis à reprendre le flambeau. Après avoir été élu meilleur défenseur droit du championnat au pays, il rejoint les Bordelais pour se donner une autre visibilité sur le Vieux Continent, avec l’espoir d’intégrer à moyen terme la Seleçao. À l’heure du bilan, des galettes, des crochets intérieurs en pagaille et une Coupe de France en poche, il était temps pour lui d’aller voir plus haut. Plus haut, c’est donc l’Andalousie, la Liga et la Ligue des Champions pour ce qui est, vraisemblablement le plus gros challenge de sa carrière.

Direction donc Séville, pour rejoindre le champion d’Europe en titre (la vraie coupe d’Europe, de Lech Poznan à Guingamp en passant par l’Astra Giurgiu), véritable machine à recruter en 2015. Respectivement les Sévillans ont engagé Kakuta, Rami, N’Zonzi, Immobile, Krohn-Dehli et Konoplyanka pour la modique somme de 20 millions d’euros. Il retrouvera surtout deux anciens Girondins : le latéral gauche Benoît Trémoulinas et le milieu défensif Grzegorz Krychowiak. Une certitude, il y aura des airs de Garonne la saison prochaine au stade Sánchez Pizjuán.

Mariano quitte donc Bordeaux après 143 rencontres sous le maillot frappé du scapulaire. Un passage seulement récompensé d’une coupe de France et de quelques joutes européennes bien fades, de la courte épopée de 2013 où Mariano avait été un acteur majeur, à la calamiteuse campagne d’il y a deux ans où les Girondins avaient failli collectivement face à l’APOEL Nicosie et l’Hapoel Tel-Aviv. Manque de bol pour le latéral né à São João, il arrive dans une période creuse des Girondins où les dirigeants tentent de reconstruire sur les ruines de Laurent Blanc. Avec un concours de circonstance et une arrivée plus précoce, Mariano aurait sans doute enchaîner les titres et les distinctions personnelles qui auraient amenés un club de Premier League comme Stoke City ou West Brom à poser 15 millions sur lui. Fantasme de courte durée qui ramène à une triste réalité, Mariano a débarqué en royaume bordelais avec la lourde charge de remplacer, faut-il le rappeler, le roi déchu Mathieu Chalmé. Le contraste fut saisissant chez les supporters des Girondins : un latéral qui ose, qui avance, qui sait centrer, malgré des errements défensifs parfois aberrants.

11745930_10207100611136415_5706567297521954721_n

Parce qu’en effet, Mariano est, plus que tout, brésilien : dans son jeu, dans sa vision du poste de latéral droit. Résolument tourné vers l’avant, parfois à l’excès, il est en permanence dans la projection, dans la recherche de la bonne combinaison mais aussi la provocation à travers le duel en 1/1 (comme le prouve ses jolies joutes avec Ntep cette saison). Un profil idéal pour le championnat espagnol, et qui a donc su séduire Monchi, l’éminent directeur sportif et son armada de recruteurs planqué 24h/24 dans les réseaux de Football Manager. L’ancien lieutenant de Fluminense est un symbole du club pour lequel il a évolué trois saisons et demi durant. Il est en effet capable du meilleur comme du pire, entre débordements, centres dévastateurs mais aussi contrôles américains et marquage à huit mètres.

L’ex meilleur latéral du championnat brésilien symbolise aussi Bordeaux, et ce par sa nationalité. Il était le dernier auriverde, avec Jussiê et Nicolas Maurice-Belay, au sein de l’effectif bordelais. Les Girondins ont en effet compté dans leurs rangs de nombreux brésiliens depuis l’ère Ricardo : le spectaculaire Wendel, le charismatique Fernando, ou encore la mitraillette Carlos Henrique pour ne citer qu’eux. Mariano faisait donc figure de trait d’union, dans la pure tradition des citoyens Ordem e Progresso passés à Bordeaux. Si certains n’ont pas laissé un souvenir marquant comme Christian ou Miranda, d’autres ont entretenu une forme de mythe, à l’image de l’élégant Salvio, de l’énigme Denilson ou du rugueux Eduardo Costa. Avec le départ de Mariano, le Haillan semble en fin de cycle pour être l’Eldorado des brésiliens.

Du côté de Bordeaux, alors que l’on connait le nom de son remplaçant, le serbe Gajic, Mariano manque déjà, et ce au sein même de l’effectif.

« C’est un grand joueur mais il va me manquer parce qu’il me donnait beaucoup de bons ballons tout le temps », glissait ainsi Diego Rolan au sujet de son ancien coéquipier.

L’uruguayen a résumé en une phrase ce qu’est ce latéral droit : un mec qui a élevé le caviar au rang de spécialité brésilienne dans son couloir droit.

Plus qu’une chose à te dire Mariano : Obrigado por tudo Irmão.

François et @Scipionista