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Il aura suffit d’un but. Un but pour qu’Andy Delort marque les esprits. Un but qui compte double car c’est celui de la victoire de son club, le SM Caen, mais aussi celui qui annonce une grosse saison pour le natif de Sète. Tout juste débarqué en Normandie, l’ancien meilleur buteur de Ligue 2 espère enfin trouver sa place dans l’élite. Delort veut briller, il l’a toujours dit. Portrait.

La formation

Né en 1991, Andy fait ses classes au FC Sète et son club voisin, le Pointe Courte Sète. Il ne joue pas encore en pro, même si l’équipe connait de grosses difficultés financières et sportives qui auraient pu laisser une place aux jeunes. Voyant l’avenir du club s’assombrir, Delort décide de quitter sa région d’origine. Il signe en Corse, à l’AC Ajaccio. Il y joue en 18 ans Nationaux et commence à se faire un nom en marquant 31 buts dans la saison, plus quatre buts en quatre matchs de CFA 2 et cinq buts en Gambardella. Ses qualités actuelles sont déjà présentes : rapidité, vélocité et surtout une envie de dingue.

Forcément, un jeune aussi talentueux ne passe pas inaperçu. D’autant plus que les relations avec Ajaccio se compliquent. Une affaire de bagarre impliquant le sétois avec l’équipe de CFA2. Le Borussia Dortmund lui propose alors un essai, qu’il accepte. Il fait un premier essai avec les 19 ans du Borussia et intègre très vite la réserve du club allemand. En équipe B, il est titulaire en compagnie de Mario Götze et Shinji Kagawa, rien que ça. L’association Götze – Delort cartonne puisque le français joue deux matchs amicaux avec la réserve et inscrit deux doublés. Le Borussia lui propose un contrat stagiaire-pro. Il n’a que 17 ans. Il refuse.

Ça ne sera pas le dernier choix étrange dans la carrière d’Andy. Pourquoi refuser une offre de l’un des plus grands clubs européens ? Car il ne sent « pas prêt ». Il ne parle pas allemand, ne connaissais personne sur place. Il choisit d’insister en France plutôt que de se griller à l’étranger. Il fait donc un autre essai, à Bordeaux cette fois ci. Essai positif encore une fois, mais le club lui propose d’intègrer seulement l’équipe de CFA. Delort refuse, il veut jouer chez les pros.

Ça sera donc à Nimes, en Ligue 2.

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Les débuts pro

Avant de signer à Nimes, Andy, jamais là ou on l’attend, décide de rejoindre l’équipe de France … de beach soccer. Il participe aux qualifications pour la Coupe du Monde, claque cinq buts puis s’en va. Il joue quelques minutes en Ligue 2, mais il est bien loin de ce à quoi il s’attendait. Trois petits matchs mais beaucoup d’expérience d’engrangé puisqu’il s’entraîne non stop avec les pros, à peine un an après son arrivée au club, Ajaccio le relance. C’est « son club de coeur » dit il, il accepte donc d’y retourner. 19 ans et déjà trois clubs au compteur.

Mais le retour en terre corse, toujours en Ligue 2, sera très bénéfique à celui qu’on surnomme Le Taureau. 24 matchs de Ligue 2, 4 buts et une petite réputation de joueur costaud à fort potentiel. Trappu, hyper physique, très doué dos au but : le jeune attaquant commence à se faire un nom. Le coach corse, Pantaloni, l’utilise comme joker en sortie de banc et ça marche. Sa fougue finit les adversaires déjà fatigués. Seul bémol sur cette saison, une nouvelle bagarre entre Delort, Medjani son coéquipier et des adversaires nantais. Il sera suspendu plusieurs matches par la fédération. C’est le problème des taureaux, c’est un peu fougueux.

Malgré tout, Ajaccio est promu et Andy va enfin découvrir le très haut niveau. Des débuts compliqués. Toujours dans ce rôle de joker, il rentre souvent en jeu mais n’arrive pas à passer ce cap décisif du but en Ligue 1. A la trêve, Ajaccio recrute Eduardo. Le brésilien brille et Delort plus ou moins mis de côté. Andy Delort est prêté au FC Metz, en Ligue 2 le 31 janvier 2012 pour quatre mois. Il y marque plusieurs buts qui contribuent à sauver le club.

De retour à Ajaccio, il joue surtout avec la CFA2 mais marque quand même son premier but en Ligue 1 lors d’une victoire à Montpellier. Ce sera le seul de sa saison.

L’explosion

A l’intersaison 2013, son coach et mentor Olivier Pantaloni quitte la corse pour rejoindre les frères Ettori à Tours, en Ligue 2. Andy, en manque de temps de jeu, le rejoint. Titulaire à la pointe de l’attaque tourangelle, il explose. Il score 24 fois pour finir co-meilleur buteur du championnat de Ligue 2. Tous les observateurs s’accordent à dire que ce joueur à un truc en plus. En Touraine, on ne s’était pas autant emballé pour un joueur depuis un certain … Olivier Giroud. Plus affûté qu’a Ajaccio, sa puissance physique est incroyable. Il gagne également en vitesse et en finition, tout en gardant son mental de fer.

Mais encore une fois, les choses se compliquent. Tours est dans une merde financière incroyable et doit vendre ses meilleurs éléments. En l’occurrence, Andy Delort. De son côté, il n’est pas fermé à un départ, mais seulement pour rejoindre un club de l’élite. Le problème c’est que les offres des clubs de Ligue 1 ne conviennent pas à Tours. Lens attend du cash, Rennes se montre trop frileux, Bordeaux et Marseille ne font pas d’offres concrètes.

Très maladroit dans sa communication, le tourangeau multiplie les appels du pied envers Lens, notamment sur Twitter. Il retweet tous les messages de soutien lensois, alors qu’il est encore sous contrat à Tours. Le temps passe et fin août, rien ne se passe. Mis de côté par le président Ettori pour éviter une blessure de sa poule aux oeufs d’or, Andy râle et finit par être réintégré au groupe pro avant de quitter le club. Il ne râle pas parcque le club refuse des offres de clubs de Ligue 1 : il râle parcqu’il ne joue pas. Un bon résumé du garçon : bourru, mais intègre et très pro. Finalement, le club passe un accord avec Wigan, alors en D2 Anglaise. 4 millions, offre la plus juteuse, qui permet de sauver le club. Delort n’est pas chaud. Mais soit il signe, soit le club met la clé sous la porte. Il accepte et rejoint l’Angleterre à 23h59, le dernier jour du mercato. Les Tourangeaux savent ce qu’ils lui doivent.

L’étranger et le re-Tours

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À Wigan, il est présenté comme une rock star. Le club nourrit de grandes ambitions et l’arrivée d’un jeune prodige français est très bien perçu Mais dans l’emballement, Wigan oublie un peu vite que le joueur à peut être besoin d’un temps d’adaptation. Peu importe, il est titulaire d’entrée. Moins technique, plus physique et à base de longs ballons devant, le jeu anglais est difficile à assimiler pour le Frenchie. Ses performances sont moyennes. En 4 matchs, il se retrouve sur le banc. Le club accumule les défaites, rien ne va plus. Le coach est viré (Uwe Rösler a été remplacé par Malky Mackay) et le nouveau lui fait clairement comprendre que la saison se fera sans lui. Grosse désillusion pour Andy mais qui fidèle à sa réputation, ne lâche rien et retourne en équipe réserve, ou il aligne les buts.

Au mercato hivernal, Delort tombe d’accord avec Wigan : il faut qu’il parte pour jouer plus. Lui commence à rouiller et le club voit sa valeur chuter, tout le monde y perd. « Au niveau des options, elles étaient restreintes mais j’avais la possibilité d’aller en MLS, Philadelphia Union était intéressé. C’était tentant, mais mon premier choix était de revenir en France, avec cette mission qu’est le maintien avec Tours, avec des mecs que je connais bien. C’était l’offre la plus intéressante pour moi. » avoue t’il au site Hat-Trick en février dernier.

Il est donc prêté à Tours, ou son départ à fait beaucoup de mal : le club lutte pour le maintien. Il mettre un peu de temps à retrouver ses jambes, mais il participe grandement à la sauvegarde du club en Ligue 2.

Le haut niveau, enfin

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Désireux de quitter l’enfer de Wigan, il signe cet été à Caen. Il y fait une préparation estivale phénoménale, alignant doublé sur doublé. Avant de commencer la Ligue 1 et d’y claquer son second but personnel mais son premier avec le club normand. Une lucarne au vélodrome. Andy Delort n’est jamais dans la demi mesure. Après son échec anglais, il a la rage. Il veut tout exploser. Il en est capable. Très bon attaquant en contre, parce que très bon le dos au but et dans la conservation , il correspond bien au projet caennais et causera bien des soucis aux défenseurs de Ligue 1.

Fidèle, professionnel et motivé comme personne, toujours. En dehors des stades, Andy ne changera pas non p​lus. C’est un animal à sang froid, un taiseux. Un peu rustre mais terriblement attachant.

Un taureau, en quelque sorte.

@Freezze